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Age de la Mort Rampante (AoW in french and in Greyhawk, Hero System)


Campaign Journals

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Author’s note, to frustrated English speakers : do a story written in french have its place on Paizo’s forum ? Well, I think so (until proven wrong by the webmaster, of course), because it’s based on the Age of Worms, which is Paizo’s sweet baby. I am conscious that most of you won’t be able to read it, but I also do know that I couldn’t write something enjoyable in english, even if the life of my favourite character depended on it. That said,

Salutations aux (éventuels) francophones présents !

Vous trouverez ci-après un journal de campagne écrit à la troisième personne, relatant les aventures de mon groupe de joueurs dans la campagne de la Mort Rampante (traduction libre de « Age of Worms ») dans le Monde de Greyhawk.

D’un point de vue technique, nous utilisons les règles du « HERO System », 5ème édition. Vous retrouverez des notions et des noms de sorts familiers, mais avec des effets parfois différents de DD3.5. Grosso-modo, tous les Mages lancent leurs sorts comme des sorciers. Ils peuvent le faire quasi-automatiquement et à volonté hors situation de combat, mais peuvent échouer et épuiser leur énergie par une utilisation intensive, voire tomber dans l’inconscience ou mourir s’ils tirent trop sur la corde. Pas de pause dodo à répétition donc, mais des limites tout de même.

Pour la narration, les mesures de distance sont exprimées en toises (deux mètres, soit un Hex, unité de base du HERO System), en pieds (environ 33 cm; 6 pieds = 1 toise) et en pouces (2,75 cm; 1 pied = 12 pouces).

Place à l’action !


Livre Ier
Le Cairn aux Murmures

__________________________________________________

DRAMATIS PERSONAE

NdMJ: les notices biographiques ci-dessous ne contiennent que des éléments ouvertement connus, et sont susceptibles d'être mises à jour si de nouveaux éléments du passé de chacun des personnages venaient à être révélés au grand jour.

* Aloïs Cicaeda, Compagnon de la Guilde des Cartographes de la Cité de Greyhawk et aspirant aventurier
Description physique : humain d'ascendance majoritairement oeridienne, haut de cinq pieds et trois pouces (1m75) et pesant 75 kg, aux yeux
Historique : natif de la Cité de Greyhawk mais élevé à Lac-Diamant, Alois s'ennuie mortellement dans l'exercice de la profession de cartographe que lui a imposé son père Dietrik Cicaeda, (titulaire de la charge cadastrale de la ville), malgré des dispositions naturelles évidentes. Aussi longtemps qu'il s'en souvienne, il a toujours aspiré à un destin plus mouvementé et moins sédentaire. Outre sa formation de cartographe, il a bénéficié de l'enseignement de Merris (qu'il considère comme un oncle), chef éclaireur de la garnison de Lac-Diamant, et est un archer et un coureur des bois passable.
Mentalité : Très jeune d'esprit, prompt à s'emballer, il a la réputation d'être un jeune chien fou.

* Barnabé Bouillabise, hobniz natif d’Elmshire
Description physique : hobniz grand-gaillard à la peau claire, aux cheveux châtains bouclés et aux yeux marron chocolat, haut de deux pieds et dix pouces (93 cm) et pesant 23 kg.
Historique : natif d'Elmshire, havre de paix hobniz sur les rives du Nyr-Dyv, Barnabé a comme bon nombre de ses concitoyens choisi d'émigrer vers la Cité de Greyhawk, où il a exercé de nombreux métiers dont celui de cuisinier. Récemment arrivé à Lac-Diamant, il loge au Relais de l'Habile Cocher et travaille au Bazar en tant que garçon de cuisine et desserveur (il suit en salle un serveur humain en portant un plateau sur la tête).
Mentalité : spécimen assez représentatif de sa race, il est doté d'une curiosité insatiable, d'un coeur d'or et d'un intérêt considérable pour les plaisirs de la table.

* Hélebrank, Mage amnésique et va-nu-pieds
Description physique : humain d'ascendance indéfinissable, à la peau brune, aux cheveux acajou et aux yeux noirs, haut de cinq pieds et trois pouces (1m75) et pesant 70 kg. Son visage et son crâne sont couturés de scarifications pointillistes lui donnant un aspect peu avenant.
Historique : complètement amnésique, ses souvenirs ne remontent qu'à l'instant où il a repris conscience sur les rives boueuses du lac à proximité de Lac-Diamant, il y a de cela quelques mois. Le nom qu'il se donne lui vient des premiers mots du premier individu qu'il a croisé. Avec l'aide de Barnabé, rencontré par hasard, il a pu trouver un travail de mineur à la mine Pierrerude. Ce n'est que récemment qu'il a découvert fortuitement qu'il possédait des pouvoirs magiques, qu'il cherche à développer par un travail assidu pour devenir un véritable Mage et échapper à sa condition de prolétaire.
Mentalité : discret et taisant, Hélebrank reste un mystère pour ses camarades.

* Kalen le Bleu, Mage pédant
Description physique : œridien de pure souche à la peau olivâtre, aux cheveux brun roux et aux yeux ambrés, haut de cinq pieds et deux pouces (1m70) et pesant 65 kg, sans signes particuliers. Tente de se laisser pousser une barbe.
Historique : Kalen, dit le Bleu, est un ancien étudiant de l'Université des Arts Magiques de Greyhawk venu faire son apprentissage auprès du Mage résident de Lac-Diamant, Allustan Neff, et plus généralement lui servir d'assistant en toutes choses. Il est particulièrement spécialisé en Thaumaturgie.
Mentalité : brillant mais volontiers hautain, Kalen semble avoir une très haute opinion de ses capacités.

* Khalil ibn Ahmad, moine de Zuoken originaire du lointain et exotique Ponant
Description physique : baklunien typé, à la peau dorée, aux yeux verts et au crâne rasé. Son front est tatoué (en noir) du symbole de son dieu, un entrelacs stylisé de flèches dans un cercle. Ses avant-bras portent de même des arabesques noires, tatouées. Il porte le pantalon bouffant et le petit gilet brodé typiques de sa culture.
Historique : natif du lointain Ponant, Khalil a été envoyé au monastère de Flannae-tel il y a de cela quatre ans, alors qu’il n’était qu’un jeune Al’Nek Shatain (Moine Aspirant) tout frais émoulu.
Mentalité : volontiers énigmatique, Khalil dit avoir été envoyé par ses supérieurs pour protéger ses compagnons. Il est prompt à agir, parfois au détriment de sa sécurité.

* Mathieu, aspirant Paladin d’Heironéous
Description physique : métis flanno-oeridien (prédominance œridienne) à la peau hâlée, aux cheveux bruns et aux yeux marrons, haut de cinq pieds et sept pouces (1m85) et pesant 110 kg, à la musculature phénoménale.
Historique : natif du lointain Furyondy, Mathieu est arrivé à Lac-Diamant il y a de cela deux ans (en 593 AC), en compagnie de sa lige Dame Mélinde, Paladine d'Heironéous, et du Parangon Valkus, suite à la disparition mystérieuse du Parangon Kyre. Tout d'abord simple écuyer, Mathieu est désormais un Paladin d'Heironéous à part entière, investi des pouvoirs miraculeux de son dieu.
Mentalité : parfois prêcheur mais jamais pontifiant, Mathieu est le produit de son éducation religieuse, suivant scrupuleusement les préceptes de sa Foi.


__________________________________________________

BAPTEME DU F… DE L’AIR
(séance du 29 mai 2009)

A l’aube du 1er Jour des Dieux du Mois des Semailles de l’Année Commune 595, Alois, adossé au tronc d'un arbre de façon à habilement dissimuler sa silhouette, scrutait au travers des brumes du petit matin le chemin menant à la piste d'Urnst, et au-delà, à Lac-Diamant. Barnabé tardait à venir. Non loin de lui, Mathieu et Kalen bavardaient insouciamment au beau milieu du vallon, non loin des ruines du bâtiment minier où avait été fixé le rendez-vous.

Pour tromper l'attente, il se remémora avec jubilation les évènements de la veille, jour qui il en était désormais certain marquerait un tournant majeur dans sa vie. La journée s'était pourtant annoncée comme aussi morne et ennuyeuse que de coutume : à la demande expresse de son Maître cartographe de père, parti sur le terrain effectuer des relevés topographiques, il devait assurer la permanence dans le bureau du Cadastre et si possible travailler à la duplication minutieuse des cartes dont il avait la garde. Il avait à peine commencé à se résoudre à entamer cette pénible tâche lorsque le destin frappa à sa porte en la personne d'un individu à la mise sombre, portant robes rouges et barbichette noire, qui se présenta à lui sous le nom de « Khellek de Greyhawk » et demanda à voir des cartes détaillées des environs.

Son attention se porta tout particulièrement sur une carte à petite échelle mentionnant puits de mine et cairns abandonnés, qu’Aloïs avait lui-même dupliqué à partir de cartes plus anciennes. Compulsant fébrilement un petit carnet relié de cuir aux pages couvertes d’une écriture serrée et de croquis, Khellek semblait chercher quelque chose de précis et ne pas parvenir à le trouver. Aloïs l’entendit distinctement marmonner, se plaignant « que cet imbécile », probablement l’auteur du carnet, « ne mentionnait pas de traversée ».

Au bout de près d’une heure de recherches infructueuses, se résignant manifestement à contrecœur à réclamer de l’aide à un parfait étranger, Khellek interrogea Aloïs de façon directe sur la présence dans les environs immédiats de Lac-Diamant d’un cairn connu pour émettre des sons étranges.

En un éclair, Aloïs comprit que le Mage était à la recherche du Cairn aux Murmures, un ancien tumulus qui avait servi de repaire secret à la bande de gamins dont il avait fait partie étant plus jeune, et qui effectivement ne figurait pas sur la carte mise à la disposition du public, puisque lui-même avait sciemment omis de l’y faire figurer lors de sa reproduction dans une tentative à la fois infantile et romanesque d’en préserver le mystère. Avec une logique imparable, il en arriva également à la conclusion que le Cairn aux Murmures devait forcément contenir un trésor, puisqu’un véritable aventurier était à sa recherche…

Fort heureusement, Khellek prit son silence pour le signe d’une profonde réflexion, laissant le temps à Aloïs d’improviser une fable sur le Cairn aux Stirges, un autre tumulus situé fort loin de l’autre côté du lac, l’assurant que d’aucuns affirmeraient que parfois, l’on peut entendre des sifflements ou des lamentations s’en échapper. Le temps qu’il aille s’en assurer par lui-même… Khellek sembla se satisfaire de ces explications et prit congé.

Le reste de la journée ne fut qu’un long trépignement d’impatience. Le soir venu, prenant tout juste le temps de demander à son ami Mathieu de le suivre, Aloïs se précipita au Bazar pour rejoindre Barnabé, impatient de raconter toute l’histoire à ses amis. Une fois son auditoire rassemblé, il préféra néanmoins ne pas mentionner le caractère trompeur de la carte consultée par Khellek et le (pieux ?) mensonge proféré pour l’éloigner, afin de ne pas risquer de blesser la sensibilité de son ami Mathieu, qui en tant qu’aspirant Paladin d’Heironéous était souvent très à cheval sur les questions morales.

Barnabé mentionna à son tour qu’un certain Auric, montagne de muscles blonde portant un espadon et arborant autour de la taille une ceinture de Champion des Jeux de Greyhawk, avait passé toute l’après-midi au Bazar à s’enfiler des hydromels en clamant à qui voulait l’entendre qu’il s’appelait Auric, qu’il était le plus puissant guerrier de la contrée, et que « lui et son ami Khellek, un gars futé, allaient devenir riches en moins de deux », jusqu’à ce qu’un humain vêtu d’une robe de Mage avec une petite barbichette arrive et le fasse taire d’un seul regard très noir avant de l’emmener « rejoindre Tirra ».

Les trois compères tombèrent d’accord sur la nécessité de saisir l’opportunité qui se présentait à eux, désireux qui de partir en aventure, qui de connaître enfin une occasion de gloire. Aloïs insista toutefois sur la nécessité d’étoffer leur petit groupe en invitant autant de Mages que possible à s’y joindre, sa grande connaissance des balades héroïques chantées par les ménestrels lui ayant appris qu’un groupe d’aventuriers digne de ce nom ne peut être complet sans Mage.

Ils se séparèrent après s’être donné rendez-vous le lendemain à l’aube dans les vestiges d’une mine abandonnée à une heure de marche à l’est de Lac-Diamant.

Le reste de la soirée d’Aloïs, après un rapide crochet chez Allustan pour inviter son apprenti Kalen le Bleu à se joindre à l’expédition, fut consacré à la préparation du matériel indispensable à tout aventurier qui se respecte, patiemment rassemblé au fil des ans en l’attente de ce grand jour : perche d’une toise et demie, lanterne, corde… sans oublier la fiole de feu grégeois précautionneusement emballée que lui avait offert son oncle Merris en cas de mauvaise rencontre avec un troll, et la dague de bronze destinée à d’éventuels monstres rouilleurs.
_________________

La longue rêverie d'Aloïs fut soudain interrompue par l'arrivée de Barnabé, accompagné d'un humain de taille moyenne à la trogne patibulaire, vêtu de hardes de paysan.

- « Hff... Hfff... Excusez-nous, nous sommes un peu en retard », commença Barnabé, un peu haletant, « nous avons eu du mal à trouver le bon embranchement sur la piste. Permettez-moi de vous présenter Hélebrank, un Mage de ma connaissance. »
- « Enchanté, si j’ose dire, cher collègue! » dit Kalen en s'avançant. « Où avez-vous fait vos études? Quelle est votre spécialité ? »
- « Ah oui, j'oubliais ce détail », le coupa Barnabé. « Hélebrank est amnésique et ne se souvient de rien avant son arrivée à Lac-Diamant, il y a de cela moins de deux mois. »
- « Comment cela, amnésique ? Mais s'il ne se souvient de rien, comment fait-il pour mémoriser ses sortilèges ? Un Mage ne peut être amnésique ! » protesta Kalen.
- « Mais je peux te garantir qu'il réussit bel et bien à lancer des sorts. Je l'ai vu de mes yeux transpercer une chope avec un rayon incandescent », répliqua vertement Barnabé.
- « Oui, et je peux aussi faire de la lumière avec mes yeux, » intervint Hélebrank. « Je ne souviens plus trop des détails techniques, mais cela me vient naturellement. »
- « Ca a l'air... impressionnant », conclut Kalen en pensant manifestement le contraire, mais préférant ne pas poursuivre plus avant la discussion. Se tournant vers Aloïs, il changea de sujet : « Dis moi Aloïs, maintenant que nous sommes tous réunis, pourrais-tu nous expliquer plus précisément ce que nous sommes venus chercher ici ? »
- « Ben tu vois, c’est une sorte de cairn » commença Aloïs avec l’esprit de synthèse le caractérisant, « on y venait la nuit quand on étaient jeunes, on jouait à se faire peur quoi. Dedans il y a un trésor. »
- « Oui ça tu me l’as déjà dit hier soir. Tu as de la chance qu’Allustan soit obsédé ces temps-ci par la rédaction d’un traité définitif sur les monuments funéraires des Collines-aux-Cairns, sinon il ne m’aurait jamais laissé partir aussi facilement. Ce que je veux savoir, c’est comment tu sais qu’il y a un trésor, et pourquoi tu ne l’as jamais trouvé avant ? »
- « Ah ça. Je sais qu’il y a un trésor, parce qu’il y a un groupe d’aventuriers, des vrais aventuriers je veux dire, avec de l’expérience et tout, qui cherchaient ce cairn. Mais ils se sont… trompés, et sont partis en explorer un autre. Comme on dit, là où il y a des aventuriers, y’a du trésor, pas vrai ? », conclut Aloïs, tout sourire.
- « Je savais que c’était une mauvaise idée… » soupira Kalen. « Admettons. Et ensuite ? Si toi et tous les gamins des environs ont exploré le cairn de fond en comble sans rien trouver, qu’est ce qui te fait penser que nous aurons plus de succès ? »
- « Et bien, nous ne l’avons pas exactement exploré. En fait, on a jamais pénétré plus loin que de euh… quelques toises. Et on a carrément arrêté de venir après la disparition de Zabelle, il y a quelque chose comme six ans de cela. Elle est allée au cairn mais n’en est jamais revenue, et plus personne n’a osé y remettre les pieds depuis. »
- « Charmant ! » commenta Kalen.
_________________

Les présentations achevées, les compagnons partirent vers le Cairn aux Murmures, Aloïs prenant la tête de leur colonne pour leur en indiquer le chemin.

Très vite à la traîne, Barnabé dût se résoudre à confier une bonne partie du contenu de son sac à Hélebrank pour s’alléger et accélérer la cadence.

En à peine un quart d’heure de marche à travers collines et vallons sauvages, les compagnons arrivèrent à proximité d’une ouverture béante partiellement dissimulée dans les broussailles et les rochers au flanc d’une colline, flanquée de deux monolithes sobrement gravés.

Se retournant brusquement, Aloïs arrêta ses compagnons d’un geste.

- « Pas un pas de plus, malheureux, vous allez tout me piétiner avec vos gros sabots ! Ecartez-vous et laissez moi le temps de rechercher des traces de passage. Voyez, là », dit-il courbé sur la terre meuble devant l’entrée, « il y a des traces de loup qui entrent et sortent à de nombreuses reprises. Ils ont probablement élu tanière quelque part dans le cairn ».
Alors qu’il s’apprêtait à franchir le seuil, il est à son tour arrêté par Kalen.
- « Pas si vite ! Nous avons des préparatifs à faire, des sorts à lancer avant de nous engager là-dedans à l’aveuglette ».
- « Justement, à ce sujet, » intervint Barnabé, « j’aurais quelque chose à vous proposer. Une lanterne nous rendrait visibles de loin, ce qui n’est forcément une bonne chose. Or je dispose justement de euh… un sort qui nous permettrait à tous de voir comme en plein jour dans les ténèbres les plus totales ».
- « Ah bon, » s’étonna Kalen, « vous êtes Mage vous aussi ? »
- « Disons que j’ai quelques… lumières en la matière » lui rétorqua Barnabé en souriant. « Je vous demanderai toutefois de rester très discret à ce sujet et de ne surtout pas en parler en ville. Maintenant, si vous voulez bien vous donner la main, je vais lancer mon sort de Vision Sombre collective ».
-
Barnabé entonna une courte incantation tout en saupoudrant ses compagnons avec une étrange poudre orange. Ils ne ressentirent aucun effet, si ce n’est un fugace éblouissement, mais s’aperçurent rapidement que leur vision était désormais modifiée : ils pouvaient voir dans le couloir d’entrée du cairn, auparavant enténébré, jusqu’à une distance de huit toises, mais en noir et blanc seulement. Là où il y avait de la lumière, ils pouvaient toujours percevoir les couleurs, mais le sort de Barnabé ne leur permettait qu’une vision monochrome.

- « Pas mal » admit Kalen. « A mon tour maintenant. Je dispose d’un sort d’Armure de Mage protégeant efficacement contre les coups et les énergies magiques, et peux vous le lancer à tous. Sauf à toi, Mathieu, pour toi ça va pas être possible ».
-
Tout le monde s’étant déclaré intéressé, et Mathieu n’ayant pas daigné l’interroger sur les raisons de cette restriction, Kalen entreprit de lancer son sort sur chacun de ses compagnons, l’un après l’autre. Bientôt, tous furent recouverts d’une étrange armure de chevalerie à l’aspect fantomatique, composée de champs de force bleutés.

Satisfaits de ces préparatifs, les compagnons pénétrèrent dans le cairn, comme autant de gros vers luisants nyctalopes.

Une fois franchie l’entrée, les dimensions du passage augmentaient rapidement, jusqu’à atteindre trois toises de large et deux toises de haut. Ce long couloir, étonnament spacieux pour un tombeau, s’enfonçait vers le nord dans les ténèbres ; la lumière du jour en provenance de l’entrée n’en éclairait faiblement que les premières toises. Les murs de pierre lisse n’étaient décorés que par des frises gravées dans la pierre à hauteur d’homme, de simples bandes horizontales composées de motifs géométriques d’une élégante simplicité. Par endroits, ces frises étaient étonnamment détaillées ; à d’autres, elles semblaient endommagées par des outils ou érodés par la simple usure du temps. Ca et là, quelques écailles d’antiques peintures pourpre brillant ou moutarde étaient encore visibles, seuls vestiges de ce qui devait être jadis une fresque murale vivement colorée. Une fine couche de poussière recouvrait le sol. Un faible murmure, presque un soupir, se faisait entendre ; alors que le vent se levait un peu, il se transforma en véritable chœur sifflant.

Craignant la présence d’esprits malveillants, Mathieu invoqua rapidement les pouvoirs que lui octroyait Heironéous avant de rassurer ses camarades :

- « Je ne détecte aucune présence maléfique. Quoi que ce soit qui fasse ce bruit, ce n’est pas un mort-vivant. Ou alors il est trop loin. »
- « Cet endroit est carrément sinistre », commenta Kalen. « Mais au moins il fait frais ».
- « Bien évidemment que c’est sinistre ! » lui répondit Aloïs. « C’est pour ça que rester une nuit entière dans ce cairn constituait une épreuve de courage pour les jeunes de Lac-Diamant. Allez venez, les alcôves où nous campions sont juste là-bas », dit-il en pointant du doigt deux ouvertures de part et d’autre du couloir situées à sept toises de l’entrée, à la limite de leur vision magique.
- « Attends un instant, je veux d’abord examiner ces frises » dit Kalen, se collant le nez au mur sans attendre de réponse. « Hmmm, les symboles me semblent être purement décoratifs, mais j’aperçois d’étranges petits trous dissimulés dans les figures géométriques. On dirait que les murmures en proviennent. Peut-être un piège ? ».
-
Barnabé s’avança à son tour pour examiner les dits trous.

- « Laisse-moi voir ça », dit Barnabé, s’avançant à son tour au plus près des frises. Après un rapide examen, il reprit : « il s’agit bien de conduits tubulaires et non de simples trous, mais ils sont courbés ce qui exclut tout piège mécanique, basé sur la projection d’aiguilles empoisonnées par exemple. Par contre, un piège basé sur la diffusion d’un gaz toxique n’est pas à exclure. »
-
Leur attention toute entière tournée vers ce docte examen, aucun des compagnons ne vit surgir des ténèbres deux loups efflanqués qui se ruèrent vers les proies les plus proches, à savoir Aloïs et Mathieu.

Aloïs n’eut pas la moindre chance de se défendre : immédiatement plaqué au sol et mordu au côté, il perdit connaissance sous la violence de l’assaut. Par contre, bien que pris au dépourvu, Mathieu parvint à repousser son adversaire, qui fut bientôt rejoint par un loup bien plus gros et mieux nourri, vraisemblablement le chef de meute.

N’écoutant que son courage, Mathieu asséna un solide coup de hache au loup qui s’acharnait sur le pauvre Aloïs, le blessant sévèrement à une patte et le mettant en déroute, tout en écartant dédaigneusement ses propres adversaires de son bouclier.

Volant au secours de la victoire, Kalen fit jaillir par magie de sa main un arc électrique, cherchant à son tour à atteindre le loup déjà blessé, mais ne parvenant qu’à toucher Aloïs, fort heureusement protégé par son Armure de Mage. Un rayon incandescent jailli de la main d’Hélebrank zébra le couloir sans toucher personne.

Tandis que le loup blessé prenait la fuite sans que personne n’ait l’idée saugrenue de s’interposer entre lui et la sortie du cairn, les deux loups affrontant Mathieu le contournèrent au large de part et d’autre à la recherche de proies plus faciles, en l’occurrence Barnabé et Hélebrank, les précipitant violemment tous deux au sol.

Mathieu se précipita au secours du pauvre hobniz, manifestement sonné, sans parvenir à abattre son adversaire. Kalen en fit de même avec un nouvel arc électrique qui cette fois toucha sa cible, tirant un glapissement aigu du loup et lui hérissant le pelage de façon comique.

De son côté, Hélebrank invoqua de nouveau un rayon incandescent, oubliant dans la fièvre du combat d’accomplir ses incantations et gesticulations habituelles, transperçant de part et d’autre le poitrail du pauvre loup qui après avoir titubé quelques pas s’écroula au sol raide mort.

Le temps pour Mathieu d’abattre d’un coup de hache précis le dernier loup alors qu’il prenait la fuite avec un hobniz dans la gueule, le calme revint dans le cairn.

- « Je crois que nous avions un peu perdu de vue la présence des loups », commenta Aloïs en un superbe euphémisme.
-
Personne ne daigna lui répondre.

Fort heureusement et grâce aux protections magiques dispensées par Kalen, personne ne fut sérieusement blessé. Invoquant une nouvelle fois le pouvoir de son dieu, Mathieu parvint à guérir complètement les morsures subies par Barnabé.

Dans le même temps, Aloïs, scrutant attentivement les ténèbres du couloir pour prévenir toute nouvelle mauvaise surprise, crut apercevoir une étrange lueur verte dans les profondeurs du cairn et en avertit de suite ses camarades. Cette lumière était si faible que l’on aurait pu croire à une illusion d’optique ; seul un léger vacillement, une variation cyclique de son intensité, témoignait de sa réalité.

Poursuivant leur chemin, les compagnons parvinrent à l’intersection où deux alcôves peu profondes de trois toises de large et de trois toises et demi de profondeur aboutissant en un mur arrondi s’ouvraient dans le couloir principal. Leurs murs étaient particulièrement endommagés par des dizaines et des dizaines de messages maladroitement gravés, défigurant l’antique maçonnerie comme autant de graffitis sur les murs d’un quartier malfamé.

Au sol, la poussière laissait place à un sol de pierre lisse immaculé. Au fond de l’alcôve de gauche, l’on pouvait voir ce qui semblait être un gros tas de vêtements sales était abandonné.

- « Parfait, ne bougez pas, j’ai justement l’outil adapté à la situation », dit Aloïs, péremptoire, tout en détachant de son dos sa perche d’une toise et demie.

Il s’approcha pas à pas de l’intersection. Le nez rivé au sol, il constata que les traces de loups continuaient tout droit le long du couloir, avant de disparaître sur le sol de pierre lisse. La délimitation trop nette entre sol poussiéreux et sol immaculé donnait l’impression que le cairn n’était pas si abandonné que cela, ou du moins que quelqu’un ou quelque chose en assurait encore l’entretien.

S’approchant à quelques pas du tas de vêtements, il entreprit de le brasser du bout de sa perche, réduisant le tissu moisi de ce qui se révéla être un antique sac de couchage en lambeaux. Aloïs ne puit réprimer un petit pincement au cœur en apercevant autour des débris du sac de petits copeaux de bois, comme ceux produits par la taille d’un bâton avec un couteau. Son amie Zabelle avait justement coutume de tuer le temps en taillant le bois…

Aloïs avisa ses compagnons de sa découverte, et après une fouille rapide des alcôves, ils poursuivirent leur progression le long du couloir central jusqu’à atteindre une nouvelle intersection : s’ouvraient de part et d’autre deux nouvelles alcôves de trois toises de large.

Celle à main droite était complètement obstruée par un éboulement à peine trois toises plus loin.

Celle à main gauche s’étendait sur une demi-douzaine de toises vers l’ouest avant de déboucher sur un petit piédestal de marbre blanc d’environ un demi pied de haut, surmonté d’un étrange artefact, manifestement magique mais brisé. Son cadre ovale n’était pas sans rappeller la forme d’une psyché, une sorte de grand miroir comme en possèdent certains nobles. N’en subsistait toutefois qu’un gros tiers. Un glyphe étrange de la taille d’une tête humaine était finement gravé à la base du piédestal.

Tandis que Mathieu prenait position près du couloir pour protéger leurs arrières, Kalen, Barnabé et Hélebrank entreprirent de fouiller la pièce de fond en comble, se répartissant la tâche en fonction de leurs spécialités respectives.

Ainsi, Barnabé et Kalen se mirent d’accord sur un protocole de fouille systématique : dans chaque pièce, le premier userait d’un sort de « Détection des Portes Secrètes » et le second d’un sort de « Détection de la Magie » pour ne rien omettre.

Ces divinations n’ayant donné aucun résultat, Kalen s’approcha du cadre brisé pour le soumettre à un examen visuel attentif.

Autour du piédestal, étaient disséminés sur le sol de pierre lisse de nombreux petits éclats d’une étrange matière noire et brillante qu’il ne pût identifier. Prenant en main l’un de ces fragments, il constata que sa texture était similaire à une pierre dure, comme l’obsidienne ou le jade, mais aussi qu’il était légèrement plus froid que la température ambiante… Il rassembla tous les fragments qu’il pût trouver dans sa bourse en vue d’une étude ultérieure plus poussée.

Le glyphe du piédestal lui évoqua de lointain souvenirs de l’Académie des Arts Magiques ; il lui semblait présenter des similitudes avec certains symboles arcaniques lié à l’Air Elémentaire.

Revenant crânement vers ses camarades, Kalen entreprit de leur présenter doctement ses découvertes et conclusions, si maigres fussent-elles. Ainsi, il se trouva fort déconfit lorsque Hélebrank, qui manifestement n’accordait pas à son exposé toute l’attention qu’il méritait et était parti soumettre le cadre brisé à un nouvel examen, lui demanda à brûle-pourpoint à quoi correspondaient les runes minuscules gravées au fond d’une cornière creusée dans le bord intérieur du cadre…

Se précipitant sur la cadre, Kalen constata qu’effectivement et inexpliquablement, certains détails avaient pu lui échapper. Fort heureusement, il sauva la face en parvenant à identifier de façon concluante ces runes comme relevant de sa spécialité, la Thaumaturgie, et plus précisément des transports éthériques et autres translocations magiques, à la satisfaction générale.

Poursuivant leur progression le long du couloir central, les compagnons débouchèrent sans une vaste salle octogonale, de huit toises de large sur huit toises de long, dont le plafond plat se perdait à trois toises de haut. Les murs est et ouest étaient percés de deux larges passages. En face du couloir, vers le nord, une arche béante de 3 toises de large était intégralement recouverte sur toute sa hauteur par de très nombreuses toiles d’araignées, composant un voile translucide. La lueur verte fantomatique et vacillante aperçue depuis l’entrée provenait de quelque part derrière ce voile, projetant des ombres étranges dans la salle. Les murs portaient la même frise géométrique que le couloir d’accès. Une forte odeur de musc et de fourrure humide baignait l’endroit.

Les murmures sifflants, quasi humains, qui se faisaient entendre dans le couloir d’accès devenaient un véritable chœur dans cette immense salle, se réverbérant étrangement sur ses murs.

- « Silence ! », ordonna Kalen. « Les murmures… Ils me semblent qu’ils ont un sens… Oui c’est cela, j’y discerne des mots, ou plutôt des menaces. Il est question de ‘désespoir’, de ‘sacrilège’ ou d’ennemi’ ».
- « Ah bon ? J’entends que des sifflements bizarres, moi », lui répondit Aloïs.
- « Evidemment. Ce n’est pas du Commun, c’est de l’Auran, la langue utilisée sur le Plan de l’Air par les djinns et autres Elémentaires Aériens. En tant que Mage, j’en ai une certaine connaissance », rétorqua sèchement Kalen. « Il est hors de question que l’on touche à quoi que ce soit dans ce cairn, il se peut que des esprits nous observent et ne nous fassent payer chèrement toute profanation ».
- « C’est pas des petits tubes dans les frises qui font ce bruit, comme dans l’entrée ? », le coupa Aloïs, peu enclin par nature aux peurs superstitieuses.
- « Euh, si, c’est bien possible », admit Kalen. « Mais cela ne change rien au sens du message : nous n’en sommes pas moins avertis que toute profanation aura de sévères conséquences. Nous devons en tenir compte ».
- « C’est bizarre quand même. Si le but est de dissuader les visiteurs indésirables, pourquoi des mots en Auran ? Ca vise uniquement les pilleurs de tombe érudits ? », fit fort justement observer Barnabé.
-
Cette judicieuse question ne pouvant pour l’heure trouver de réponse, les compagnons pénétrèrent dans la salle pour un examen plus poussé, tout en prenant bien garde de ne pas s’approcher de l’arche couverte de toiles d’araignée. Dans le passage ouest, large de quatre toises et haut de deux, trois marches étroites donnaient accès à une vaste plate-forme de marbre blanc, dont l’extrémité se perdait dans les ténèbres. Quant au passage est, de dimensions identiques, il était très visiblement obstrué par d’énormes blocs de maçonnerie effondrée et des piles de débris divers.

Les divinations de Kalen et de Barnabé n’ayant donné aucun résultat probant, la troupe prit ensuite la direction du passage ouest, pour constater qu’il se terminait un peu plus de six toises plus loin sur un mur en arc de cercle, un peu comme la nef d’une église. Un large dais en occupait tout le fond, attirant l’œil sur une fresque murale en trompe l’œil, un peu ternie mais admirablement bien conservée, couvrant les murs nord, ouest et sud. Pour un observateur situé au milieu de la plateforme, la fresque donnait l’illusion d’être au milieu d’une gigantesque salle, d’où partaient sept petits couloirs comme autant de rayons convergeant vers un point central. Au bout de chacun de ces couloirs, une chaîne portant une lanterne brillante et colorée pendait du plafond. De gauche à droite, les couleurs des lanternes étaient le rouge, l’orange, le jaune, le vert, le bleu, l’indigo et le violet ; pour signifier que les lanternes étaient allumées, l’artiste les avaient toutes entourées de rayons de la couleur correspondante.

Rebroussant chemin, les compagnons reportèrent leur attention sur les éboulis obstruant le passage est. L’odeur de fauve était plus forte de ce côté de la pièce, mais au grand étonnement d’Aloïs, aucune déjection canine n’était visible, lui faisant douter de l’emplacement de la tanière des loups. Il ne fut pas long à repérer des traces dans les éboulis, menant à un étroit passage juste en dessous du plafond à main gauche, juste assez haut pour permettre le passage d’un homme à quatre pattes, ou d’un hobniz à peine courbé.

Après un bref conciliabule, les compagnons décidèrent toutefois de reporter la fouille de la tanière des loups à plus tôt, préférant tourner leur attention vers l’arche centrale.

Le plus long fut de se mettre d’accord sur une méthode pour franchir l’écran de toiles d’araignée qui en barrait l’accès, Kalen exhortant vivement ses compagnons à faire preuve de la plus grande prudence dans cette opération. Il s’opposa notamment à l’usage d’une torche pour brûler les toiles, de peur de ce qui pourrait tomber sur le malheureux désigné pour l’opération.

Finalement, Hélebrank proposa ses services. Fermement campé sur ses deux pieds à bonne distance, tandis que ses camarades restaient groupés près du couloir d’accès, il s’adonna aux incantations et gesticulations dont il usait toujours pour lancer un sort. Pendant quelques secondes, ses yeux brillèrent d’un feu argenté tandis que des arcs de lumière irisée se formaient autour de sa tête, s’élargissant lentement avant de disparaître comme autant de bulles de savon une toise plus loin. Aucun effet n’était visible du côté de l’arche, mais les toiles d’araignée commencèrent à se déchirer toutes seules et à tomber au sol, poignée par poignée.

L’arche fut rapidement entièrement dégagée, laissant apparâitre un large escalier débouchant trois toises plus loin et deux toises plus bas sur une nouvelle salle, d’où provenait la lumière verte. La frise murale ne se poursuivait pas sur les murs de l’escalier, lisses et nus.

Une fois au pied de l’escalier, les compagnons pénétrèrent dans une salle aux dimensions si imposantes que leur vision magique, limitée à une portée de huit toises, ne put immédiatement l’appréhender totalement. Son plafond en dôme prenait naissance à environ une toise et demie au dessus du sol, pour culminer à environ cinq toises au dessus du centre de la salle. Elle était de forme carrée, de onze toises de côté ; l’escalier en occupait un angle. Au milieu de chacun de ses côtés et au sommet de chacun de ses angles s’ouvrait un couloir ; la disposition de l’ensemble évoquait les branches d’une étoile convergeant vers le centre de la salle. Juste en face de l’escalier, au fond d’un court tunnel de cinq toises de long sur une toise et demie de haut, s’achevant sur un mur en arrondi, une lanterne d’un vert éclatant contenant ce qui semblait être une torche pendait sur une chaîne, jetant une lumière étrange et vacillante dans la pièce. Cette faible lumière était réfléchie par d’innombrables éclats de verre ou de métal sertis dans le plafond en dôme de la salle, lui donnant l’apparence d’un ciel étoilé chargé de flocons de neige. Au beau milieu de la salle, juste en dessous de la clé de voûte, ce qui semblait être un sarcophage de marbre blanc reposait sur une longue plateforme aux formes anguleuses, elle-même située au milieu d’une dalle rectangulaire de marbre blanc de trois toises de long sur une toise et demie de large. Sur le couvercle, était gravé en bas-relief un gisant d’un blanc de lait.

Il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait là de la pièce représentée sur la fresque murale. L’impression d’écrasement et d’étrangeté qui s’en dégageait était encore renforcée par le fait que, contrairement au reste du cairn, cette salle était complètement silencieuse.

Kalen n’eut pas besoin de réitérer ses consignes de prudence à ses compagnons, pénétrés qu’ils étaient par la majesté se dégageant des lieux. Ils se tinrent bien sagement derrière lui, le temps qu’il recherche les éventuelles auras magiques présentes dans la salle au moyen du sort approprié.

- « Je le savais ! », s’exclama Kalen. « Il y a une aura magique de Feu sur le sarcophage, certainement un piège destiné à calciner les pilleurs de tombe. Que personne ne s’en approche ! »
-
Tandis que le gros de la troupe restait groupé au pied de l’escalier, prêts à intervenir (ou à détaler ?) au moindre signe de danger, Kalen, accompagné de Mathieu, fit très lentement le tour de la salle en maintenant sa concentration sur son sortilège, passant tout à tour devant chacun des couloirs. Il put ainsi constater qu’ils étaient tous de dimensions identiques (trois toises de large, cinq toises de long et une toise et demi de haut), s’achevant sur un mur arrrondi au plafond plus élevé, et que dans chacun d’entre eux une chaîne destinée à porter une lanterne pendait du plafond. Les seules différences avec la fresque de l’étage supérieur étaient en fait l’absence des lanternes correspondant aux couleurs rouge et indigo, ainsi que la présence au fond du couloir de la lanterne bleue d’un squelette humain figé dans une position incongrue, comme prostré sur lui-même.

En l’absence de tout danger immédiat, les compagnons convinrent de commencer leur examen de la salle par ce squelette, longeant les murs pour rester à bonne distance du sarcophage. En particulier, Aloïs craignait qu’il ne s’agisse de son amie disparue, Zabelle.

Ses connaissances anatomiques limitées ne permirent pas à Mathieu de trancher ce point, ni même de déterminer avec un quelconque degré de certitude l’ancienneté du squelette. Toutefois, au vu de la dislocation des cervicales, d’une double fracture des avants-bras et de la disposition du squelette, il put conclure que la cause probable de la mort était une chute d’une grande hauteur.

Comme un seul homme, les compagnons levèrent lentement les yeux vers le plafond. L’extrémité de la chaîne supportant la lanterne était en fait scellée au centre d’un dôme bien plus élevé que l’on aurait pu s’y attendre, culminant à près de sept toises et demie du sol. L’impression d’être au fond d’un silo à grains était frappante. Un couloir large de deux toises et haut d’une toise et demie s’ouvrait à six toises du sol, dans la prolongation du couloir d’accès, juste au-delà du rayon d’illumination d’une torche ou d’une lanterne. Un observateur dépourvu de la vision magique octrooyée par le sortilège de Barnabé aurait facilement pu ne pas l’apercevoir…

Un rapide tour d’horizon des autres couloirs permit de vérifier que leur plafond en dôme ne culminait qu’à six toises de haut et ne comportait aucune ouverture : la configuration du couloir de la lanterne bleue était unique.

Leur curiosité ayant été aiguisée, ce fut unanimement que les compagnons décidèrent d’explorer plus avant le passage en hauteur juste découvert. Personne n’ayant souhaité se hisser à la force des bras le long de la chaîne, qui constituait le seul moyen d’accès apparent, Kalen proposa d’utiliser un sort de « Lévitation mineure » pour convoyer un par un ses compagnons. Hélebrank renchérit aussitôt, indiquant que pour sa part il pouvait non seulement en faire de même, mais aussi octroyer le pouvoir de léviter dans les airs à qui voudrait bien…

A son grand dam, Kalen ne put faire de meilleure offre. Se lançant son sort, il s’éleva rapidement et en silence ves les hauteurs de la pièce, laissant sur place cette bande de rustres ingrats.

Hélebrank accomplit ses gesticulations et simagrées habituelles avant de tendre la main vers Aloïs, volontaire pour partir en reconnaissance. Une étrange odeur florale flotta dans l’air tandis qu’Alois, ravi, s’élevait pied par pied dans les airs, à la poursuite de Kalen. Son premier réflexe, une fois arrivé au niveau du plafond, fut de s’encorder et d’attacher l’autre extrémité de sa corde à l’anneau soutenant la chaîne.

Ayant pris pied dans le couloir, Kalen et Aloïs purent constater qu’il s’étendait dans les ténèbres vers le nord-est sur dix toises, avant de buter sur ce qui semblait être une énorme tête humanoïde occupant tout le mur du fond, la bouche ouverte comme en un cri de colère. Fort sagement, ils s’abstinrent de la moindre initiative avant d’être rejoints par leurs compagnons, soulevés un à un par la magie d’Hélebrank.

Le petit groupe s’avança pas à pas dans le couloir ; tous avaient la conviction qu’il devait dissimuler un horrible piège, impression encore confirmée par la découverte de plusieurs longues éraflures sur le sol de pierre nue, comme celles qu’aurait laissé une lourde charge traînée sur le sol. Néanmoins, personne n’osa suggérer à haute voix de faire demi-tour de peur de passer pour poltron. Les plus prudents préférèrent plutôt se laisser distancer par les plus intrépides, de peur qu’un pas de plus ne conduise à la catastrophe, tant et si bien qu’Hélebrank se retrouva bientôt seul en tête de cortège.

Alors qu’il arrivait à une toise du bout du couloir, presque assez près pour toucher du doigt la tête de pierre, celle-ci s’anima, ouvrant plus largement encore la bouche. Un terrible vent s’en échappa, balayant le couloir tout entier, tandis que des lueurs multicolores captivantes tourbillonnaient dans ses yeux et dansaient dans le couloir.

Les réactions des compagnons à cette catastrophe annoncée furent diverses. La violence du vent empêchant toute communication intelligible, ils ne purent se concerter sur la conduite à tenir.

Aloïs eut de suite le réflexe de courir vers le puits d’accès et d’y sauter en se rattrapant à la chaîne, mais ne parvint pas à maîtriser sa descente ; fort heureusement, sa corde de rappel brisa sa chute à une demi-toise au-dessus du sol. Barnabé lança avec succès un sortilège de « Pas de l’Araignée » afin de mieux résister à la force du vent, qui déjà menaçait de l’emporter. Mathieu invoqua un miracle d’Heironéous pour se protéger des influences maléfiques, sans bénéfice apparent. Hélebrank lévita vers le plafond, haut d’une toise et demie, espérant que l’air y serait plus calme. Cette attente fut déçue, mais il fit de son mieux pour s’agripper et offrir aussi peu de prise au vent que possible. Enfin, Kalen ne put résister à la puissance hypnotique des lumières dansantes et perdit de précieuses secondes à les contempler, les yeux dans le vague.

Le vent forcit encore, atteignant la vitesse d’une tempête. Aloïs, désormais à l’abri, entreprit de se détacher, craignant non sans raison que ses compagnons ne lui tombent sur la tête. Kalen recouvra ses esprits, courut vers le puits d’accès et s’y laissa tomber, descendant en tourbillonnant sous l’effet conjugué de son sort de « Lévitation » et de la violence du vent. Hélas, à l’inverse, Mathieu, Barnabé et Hélebrank succombèrent tous trois aux lumières hypnotiques. Le premier resta debout les bras ballants, résistant à la force du vent par la simple vertu du poids de son armure et de sa masse corporelle. Le deuxième fut soulevé par le vent, mais resta collé par une main au sol du couloir grâce à son sort de « Pas de l’Araignée », battant au vent tel un drapeau vivant. Le troisième lâcha prise et fut entraîné comme un fétu de paille vers le puits d’accès, toujours lévitant et prenant de la vitesse…

A ce stade, le vent aurait pu sans rougir soutenir la comparaison avec un ouragan. Aloïs termina de se détacher et courut se mettre à l’abri dans le couloir d’accès. Kalen poursuivait sa descente, balloté de ci de là par les vents tourbillonnants. Hélebrank ne parvint pas à s’arracher à la contemplation fascinée des lueurs dansant dans le couloir, et toujours lévitant, percuta le mur opposé du puits d’accès à une vitesse considérable. Le choc fut suffisamment violent pour lui faire perdre sa concentration : de nouveau sujet à la pesanteur, il fit une chute de six toises, malgré une tentative désespérée de Kalen pour le rattraper au passage, avant de percuter le sol et de perdre connaissance. Au même instant, Mathieu et Barnabé reprirent leurs esprits et coururent comme un seul homme vers le puits d’accès, dans l’idée de renouveler l’exploit d’Aloïs. Malheureusement, Mathieu qui faisait la course en tête fut déséquilibré par la force du vent, trébucha, et tomba plus ou moins la tête la première, heurtant le sol en même temps qu’Hélebrank mais parvenant par on ne sait quel miracle à se recevoir sans grands dommages, juste le souffle coupé. Quant à Barnabé, qui le suivait de près, il fut littéralement arraché du sol et projeté contre le mur opposé du puits d’accès, où il resta collé de par l’effet de son sortilège, tel le moucheron sur le heaume du chevalier lancé au grand galop, perdant peu à peu connaissance sous la violence des assauts du vent.

Mathieu invoqua immédiatement un miracle de guérison pour soigner partiellement les côtes fêlées d’Hélebrank, lui permettant également de reprendre connaissance. S’ensuivit un long conciliabule sur la meilleure façon de procéder pour aller secourir Barnabé. Kalen envisagea un court instant d’utiliser son sort de « Saut Dimensionnel mineur » pour le rejoindre, toujours lévitant, et lui attacher une corde autour de la taille, avant de se raviser en réalisant qu’il risquait fort de rester lui-aussi plaqué au mur…

Le problème se solutionna de lui-même cinq minutes plus tard, lorsque le vent cessa enfin de souffler. Hélebrank put rejoindre sans risques Barnabé, inconscient mais sinon indemne, le décoller de la paroi et le ramener au sol pour le confier aux bons soins de Mathieu.

Barnabé ne fut pas long à reprendre conscience et, une fois sur pieds poilus, entreprit de faire le tour de la salle au sarcophage escorté par Mathieu, en usant d’un sort de Divination pour trouver d’éventuelles portes secrètes.

Hélebrank en profita pour s’approcher pour la première fois du sarcophage lui-même. S’arrêtant à la distance prudente d’une toise, il put constater que le gisant gravé en bas-relief sur le couvercle représentait un humanoïde de plus d’une toise de haut, complètement glabre, aux traits androgynes et subtilement inhumains rappelant ceux de la tête du couloir-au-vent, vêtu d’une toge de coupe simple et ample. L’ensemble dégageait une impression inexplicable de grande antiquité. Ses bras reposaient le long de ses flancs. La main gauche était fermée en poing, mais la droite était paume en l’air, tous les doigts étendus à l’exception du pouce, replié, et de l’index, cassé et manifestement emporté par quelque pilleur de tombe. Une amulette en forme de scarabée autour du cou du gisant portait un glyphe inconnu, similaire mais différent de celui gravé sur le piédestal du miroir.

Appelé à la rescousse, Kalen ne put pas plus déchiffer ce glyphe que le précédent, mais confirma qu’il présentait des analogies troublantes avec certains symboles arcaniques liés à l’Air Elémentaire.

Les investigations de Barnabé n’ayant permis de trouver aucune autre issue, les compagnons décidèrent de reporter leur attention sur la tanière des loups, à l’étage supérieur. Toutefois, avant de quitter la salle au sarcophage, Aloïs insista pour récupérer dans un grand sac le squelette précédemment découvert, convaincu qu’il s’agissait probablement de la dépouille de son amie Zabelle, afin de le soumettre à l’examen des prêtres d’Heironéous et de lui donner une sépulture décente à Lac-Diamant.

Rebrousser chemin vers la salle octogonale, juste en haut des escaliers, ne leur prit qu’un instant. Aloïs, Barnabé et Hélebrank se portèrent volontaires pour franchir les éboulis par l’étroit passage aperçu précédemment. Après une pénible progression, ils débouchèrent de l’autre côté sur un espace clos d’environ deux toises sur quatre, au sol jonché de piles irrégulières de gravats, de déjections et d’ossements, pour la plupart animaux. L’odeur de fauve y était presque insoutenable. Pas découragés pour autant, ils soumirent l’endroit à une fouille en règle, et furent récompensés de leur persévérance par plusieurs trouvailles intéressantes : un vieux sac à dos en cuir à moitié enfoui sous un pile d’os humanoïdes, contenant la lanterne indigo manquante ; un bracelet d’argent ouvragé, de facture manifestement olve, orné d’une frise de feuilles ; et enfin, enfoui parmi les gravats bloquant le passage, ce qui semblait être un doigt en marbre, peut-être même l’index faisant défaut sur le gisant du sarcophage.

Aloïs s’empressa de redescendre les escaliers pour vérifier ce point. Oubliant complètement toute prudence, il s’approcha ua plus près du sarcophage et put ainsi constater que la correspondance entre le doigt brisé et la main du gisant était parfaite. Une fois remis en place, l’index était replié sur le pouce de sorte que seuls trois doigts de la main droite étaient dépliés. Aloïs émit la supposition que l’intention du sculpteur était d’attirer l’attention sur le troisième couloir à main droite en entrant, c’est-à-dire sur celui de la lanterne bleue, où était dissimulé le couloir au visage. Cette explication parut satisfaire tout le monde.

Ne sachant plus où diriger leurs pas, et rompus de fatigue par les évènements des deux dernières heures, les compagnons prirent la décision de ne pas poursuivre plus loin leur exploration du cairn et de rentrer à Lac-Diamant pour un repos mérité.

En chemin, par acquit de conscience, ils prirent néanmoins le temps de soumettre les ruines du bâtiment minier à une fouille approfondie. Construit en pierre mais très endommagé, ce dernier devait autrefois abriter les bureaux et les quartiers des contremaîtres de la mine voisine, abandonnée depuis belle lurette. L’ensemble était entouré d’un jardinet envahi de brouissailles, ceint d’un muret encore debout sur une bonne partie du périmètre. Le premier étage et une partie du rez-de-chaussée s’étaient écroulés sous le poids des ans. Les murs couverts de lierre étaient percés d’ouvertures désormais dépourvues de fenêtres ; l’ensemble n’était pas sans évoquer les orbites vides d’un crâne moussu.

Depuis un porche en piteux état, pour partie écroulé, étaient accessibles au rez-de-chaussée une grande salle commune, une cuisine, un bureau, et une salle à manger, au sol jonché de débris et ne contenant que des débris de mobilier et d’ustensiles, sans valeur ni utilité. Deux escaliers, un extérieur et un dans la cuisine, donnnaient accès à une cave encombrée de gravats provenant de l’éboulement de l’un de ses murs, ne contenant en tout et pour tout qu’un casier à vin branlant et une pile de bouteilles vides, laissées là par des générations de pillards assoiffés.

Sur la suggestion de Barnabé, les compagnons retournèrent au cairn pour récupérer les lanternes et le doigt et les enterrèrent du mieux qu’ils purent, avec leur butin, dans le sol de la cave du bâtiment minier. Tous s’accordaient sur le fait que les lanternes devaient avoir une fonction précise dans le cairn, même si elle leur restait encore inconnue ; en les dissimulant de la sorte, leur intention était donc d’éviter de se faire « doubler » par d’autres aventuriers durant leur absence.

Ces opérations effectuées, ils prirent enfin le chemin de leurs pénates, discutant en route de leurs futurs exploits.

Taldor

Alors tu auras au moins un lecteur. ;)
Ca fait vraiment weird de lire Age of Worms en francais! Lac-Diamant... hehe. Ca me fait rigoler. ;)

Ca a l'air cool votre HERO system, c'est un truc officiel ou c'est des house-rules? Dans mon groupe, on n'aime pas tellement le Vancian system, ni le "5 minutes adventure day", alors ca pourrait etre un truc qui nous interesse.

Tu es le DM ou un des joueurs?
C'est normal que Khalil ne soit pas dans l'histoire? Il joindra le groupe plus tard?
Et dans le groupe, le paladin peut guerir comme un cleric? J'espere, sinon ca va etre une campagne difficile. ;)

Ca m'a fait rire de lire "hobniz"... C'est un truc de 5e edition, ou c'est comme ca que vous appelez les Halflings en France? J'ai jamais entendu ca. ;) (je suis Quebecois).


Salut cousin !

Lac Diamant est en fait la traduction officielle, telle qu’elle apparaît dans les rares suppléments Greyhawk traduits (commercialisés en France, mais doivent bien être dispos au Valet de Cœur, si ça existe toujours…). Je l’ai retenue parce qu’elle n’est pas trop moche, mais en règle générale je préfère conserver le nom anglais, c’est plus exotique… :)

Quant à « hobniz », c’est le nom d’origine flannae (cf. Atlas de Greyhawk de 86 et suivants) utilisé pour désigner les hobbits dans le monde de Greyhawk. De même, « dwur » pour les nains, « olve » pour les elfes, « noniz » pour les gnomes, « euroz » pour les orcs, etc. C’est parfaitement normal que tu n’en aies jamais entendu parler si tu joues habituellement dans un autre monde que Greyhawk.

Le HERO system est américain ; sa première incarnation remonte au début des années 80 (c’était Champions, un jeu de super-héros). Tu pourras trouver plus d’infos sur ce site : www.herogames.com ; On a une traduction partielle et non officielle de la cinquième édition sous le coude, pour ceux que ça intéresse, mais ça ne devrait pas être le cas de quiconque est un habitué de ce forum. En résumé, c’est un système sans classes, basé sur la construction « à la carte » des persos avec des points. GURPS en est un dérivé, en plus complexe et moins universel. Donc, fort heureusement pour les persos, le paladin s’est payé une capacité de soins (un « miracle » pour reprendre la terminologie consacrée) pas trop dégueulasse…

Je suis le DM, ce qui explique la narration à la troisième personne et le souci du détail parfois un peu lourd. Je compile les notes des joueurs, et j’en tire ce journal qui devient la version définitive de ce qui s’est passé en séance, pour référence future. Quant à Khalil, tu as deviné : le joueur était indisponible pour la première séance ; son perso n’a donc fait son apparition qu’à la seconde (en cours de rédaction).

En attendant, voici la suite…


INTERLUDE
(échanges de courriels entre sessions)

Les compagnons arrivèrent en vue de Lac-Diamant peu après midi. Aloïs tint alors à mettre solennellement en garde ses camarades, par un petit discours ampoulé qu’il avait de toute évidence longuement préparé, destiné à immortaliser la fin de cette toute première matinée d’aventure.

- « Chers compagnons, il est vital que le nom du Cairn aux Murmures et l'emplacement de celui-ci restent secrets pour le moment. Viendra le jour où nous pourrons narrer nos aventures et nos exploits pour devenir de vrais héros, mais ce jour n'est pas encore venu. »

Il s’interrompit un instant pour se racler la gorge, constatant avec plaisir que l’attention de son auditoire lui était toute acquise.

- « Hem. Pardon. Donc, faut qu’on reste très discrets et vigilants pendant nos recherches d'informations diverses, et puis vu le trésor amassé pour l'instant il n'y a pas de quoi s'enflammer. J'aimerais assez que les trois aventuriers, Khellek, Auris et Tirra, qui sont également à la recherche de notre Cairn en restent éloignés. Faites gaffe à rester évasifs, même avec vos proches, du genre "on est allés dans les Collines aux Cairns, on a trouvé un vieux cairn, on s'est fait attaquer à l'entrée par des loups, on est revenus". Attention aussi Kalen avec tes recherches sur les symboles, Khellek est aussi magicien et c'est peut-être un ami d'Allustan, qui sait ? Méfiance, méfiance ! »

Sur ces sages paroles, les compagnons convinrent de se séparer avant de rentrer en ville pour plus de discrétion, et de se retrouver el soir même à la buvette de la Galerie des Sciences du Bazar pour faire le point.
_________________

Aloïs et Mathieu prirent ensemble le chemin le plus direct et le plus rapide vers le fort, traversant Lac-Diamant par son artère principale, affublée du nom fort imagé pour une ville minière de « Filon ».

Après avoir échangé quelques salutations avec la sentinelle, ils se dirigèrent de suite vers la chapelle d’Heironéous et y trouvèrent le Glorieux Vélias, assurant comme toujours ou presque la permanence pour les éventuelles âmes éprouvant le besoin d’un conseil religieux. S’apercevant de leur présence, il s’avança vers eux en abandonnant le remplacement des cierges consumés lors de l’office du matin.

- « Ah, bienvenue mes petits. Dame Mélinde m’avait informé de ce que vous étiez partis de bon matin vous dégourdir les jambes et la hache dans les collines. Je ne pensais pas que vous seriez de retour si tôt, mais me réjouis de vous voir revenir sans une égratignure. Avez-vous au moins pu trouver ce que vous cherchiez ?
- « Eh bien, en quelque sorte, Glorieux. », répondit Mathieu, ignorant le regard alarmé que lui jeta Aloïs. « Je ne m’attendais pas à ce que tout le monde soit déjà au courant, mais de fait nous avons trouvé une sorte de vieux cairn et été attaqués par des loups qui y avaient établi leur tanière. L’un de nos compagnons a été blessé, alors nous sommes rentrés plus tôt que prévu », conclut précipitamment Mathieu, ravi d’avoir pu éluder la question sans avoir à proférer de mensonges.
- « Ah, et où est-il, ce compagnon blessé ? J’espère que ce n’est pas lui qui est dans le gros sac que tu as sur l’épaule, Aloïs ? »
- « Hein ? Euh non bien sûr ! En fait, euh, dans la tanière des loups, et bien, nous avons trouvé un squelette et on se demandait s’il ne pouvait pas s’agir de Zabelle », répondit Aloïs en bafouillant. « Une fille de mineur. De la ville, vous pouvez pas l’avoir connue, bien sûr, mais elle a disparu il y a de cela cinq ou six ans ».
- « De fait, nous pensions que vous pourriez invoquer la puissance de notre Seigneur Invincible, et apprendre l’identité de cette personne par un miracle de Nécromancie Vraie. », intervint Mathieu, volant au secours d’Aloïs. « Quant à notre compagnon, il a certes été blessé, mais j’ai pu lui apporter secours. Avec une nouvelle imposition des mains, il devrait être complètement guéri demain. »
- « Fort bien. Si ses blessures excèdent tes capacités, n’hésite pas à me l’envoyer. Quant au miracle de Nécromancie Vraie, je crains qu’il n’excède les quelques pouvoirs que m’accorde Heironéous. Ce devrait toutefois être un jeu d’enfant pour le Parangon Valkus. Je vais l’aviser de votre requête. Laissez-moi la dépouille de ce pauvre hère, je me charge de la préparer pour le rituel. Vous avez tout juste le temps de passer au réfectoire manger un morceau, vous devez être affamés. Allez, ouste, filez maintenant ! J’ai du travail ! ».

Congédiés comme deux écoliers, Aloïs et Mathieu se rendirent au réfectoire pour quémander un peu de rab’, qui leur fut accordé sans trop de difficultés par la très gironde et maternelle cantinière, Dame Yolande. Alors qu’ils étaient occupés à vider leurs écuelles, Dame Mélinde fit irruption dans la salle et se dirigea d’un pas rapide vers la très longue table où ils étaient installés, superbe comme toujours dans sa cotte de mailles, son surcot bleu complimentant joliment la rousseur de sa crinière.

- « Ah, Mathieu. On m’a dit que tu étais de retour. Salut à toi également, Aloïs », dit elle en s’arrêtant à leur table, tandis qu’Aloïs s’efforçait de déglutir avec grâce le trop gros bout de saucisse qu’il venait tout juste de s’enfourner dans la bouche. « Je me joindrais bien volontiers à vous pour écouter le récit détaillé de votre escapade, mais le Glorieux Vélias vous fait mander ».

Lui emboîtant précipitamment le pas, les deux compères retournèrent à la chapelle. Les ossements du squelette avaient été méticuleusement réassemblés sur un grand drap de toile bleue disposé à même l’autel. A leur arrivée, le Glorieux Vélias était occupé à jeter les hardes pourries dont il avait été revêtu dans le sac d’Aloïs.

- « Tiens mon garçon, soit gentil, tu me jetteras ça au dépotoir en partant », dit il en restituant son bien à Aloïs. « Le Parangon Valkus n’est pas encore prêt, mais j’ai déjà quelques réponses à vous donner et quelques questions à vous poser. Vous devez vous demander ce qui a causé la mort de cette pauvre âme, hein ? »
- « On sait ! Elle s’est tuée dans une chute ! », l’interrompit Aloïs, tout heureux de briller devant la paladine.
- « Euh, oui, effectivement, mon Père, » reprit Mathieu avec plus de tact. « Nous l’avons trouvée au pied d’un… d’une… hauteur, et vu que son squelette portait beaucoup de fractures ».
- « C’est ça, très bien mon petit », reprit le Glorieux Vélias, un peu vexé d’avoir raté son effet. « Les fractures sur les avant-bras et le désalignement des vertèbres cervicales sont caractéristiques. Cet homme s’est rompu le cou ».
- « Un homme ? Vous avez bien dit un homme ? » s’écrièrent d’une même voix Mathieu et Aloïs.
- « Tout à fait, un homme. Observez les os du bassin, ainsi que l’angle de l’articulation de la hanche. Ce squelette est celui d’un homme, assez jeune de surcroît. La croissance n’est pas tout à fait achevée. Un adolescent ou un jeune adulte, de condition modeste à en juger par ses hardes faites de laine tissée maison. Curieusement, pour un corps trouvé dans une tanière de loup, les os ne portent aucune trace de dents ou de détériorations post-mortem. A en juger par la décomposition complète du corps, la couleur des ossements et la subsistance de lambeaux de vêtements, et compte tenu de son positionnement dans un lieu souterrain à l’abri des éléments, la mort remonterait à mon avis à au moins une décennie, mais pas plus de trois ».

Le Glorieux Vélias s’interrompit un instant, tout sourire. Le spectacle des mines éberluées de son auditoire lui ayant manifestement donné satisfaction, il reprit son exposé.

- « Ce qui nous amène à mes questions. Je te rappelle Mathieu que le miracle de Nécromancie Vraie permet (lorsque le corps est raisonnablement intact, ce qui est fort heureusement le cas) de lui insuffler temporairement un semblant de vie, juste assez pour lui permettre de répondre brièvement aux questions posées par l’officiant à partir des souvenirs que l’âme qui l’animait y a imprimés. Toutefois, le rituel ne peut être renouvelé avant une semaine sur un même corps. Il est donc crucial d’établir la liste des questions que devra poser le Parangon Valkus avant même de commencer le rituel ; sa durée limitée ne laisse guère de place à l’improvisation. La toute première chose me paraît être de demander son nom et sa divinité tutélaire à ce pauvre hère, afin de pouvoir lui offrir une sépulture décente. Y’a-t-il d’autres questions que vous souhaiteriez lui poser ? »
- « Oui, Glorieux, » répondit de suite Mathieu, « pourrions nous lui demander depuis combien de temps il est mort ? »
- « Ah, ah ! C’est là un excellent exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Je t’ai dit que le rituel fait appel aux souvenirs imprimés par l’âme dans le corps, et non à ceux de l’âme elle-même. Ce qui veut dire que depuis la mort et le départ de l’âme vers l’au-delà, aucun souvenir nouveau ne peut être recueilli ; autrement dit un cadavre n’a aucune notion du temps écoulé depuis sa mort, ou des évènements qui l’ont suivie. Pour obtenir le renseignement désiré, il faudrait plutôt lui demander la date du jour où il est mort ».
- « Très bien, j’ai compris Glorieux. Aloïs et moi allons préparer une liste des questions que nous souhaiterions poser ».

S’attelant à la tâche, Aloïs et Mathieu jetèrent sur le papier toutes les questions leur semblant présenter un intérêt pour la poursuite de leurs explorations. Ils avaient à peine terminé lorsque le Parangon Valkus pénètra dans la chapelle depuis le presbytère, portant ses robes de cérémonie. Après les salutations d’usage, il prit possession du bout de parchemin portant la quinzaine de questions retenues et en fit brièvement lecture, fronçant les sourcils. Puis, s’avançant vers l’autel, il entama le long rituel destiné à insuffler au squelette un semblant de vie.

Au fil des minutes, une aura de lumière apparut peu à peu, nimbant le squelette et lui donnant l’apparence d’un corps fait de chair lumineuse. Elle était tout particulièrement concentrée sur le crâne, qui semblait ainsi avoir retrouvé muscles, chair, tendons et langue. Le squelette se souleva peu à peu, porté par cette aura lumineuse.

Soudain, le Parangon Valkus élèva la voix et tendit la main d’un geste brusque au dessus du crâne du squelette, qui s’anima, arquant le dos comme parcouru d’une décharge électrique :

- « Parle, au nom d’Heironéous, je t’en conjure ! Quel est ton nom ? »
- « Alastor… Land… » répondit le squelette, sa langue ectoplasmique articulant lentement chaque mot.
- « Quand es-tu mort ? »
- « Le troisième… Jour du Soleil… du Mois des Apprêts de l’Année… Commune 565… », reprit le squelette avec une plus grande aisance.
- « A quel culte appartiens-tu ? »
- « J’ai été… oint… du corps de la Mère… »
- « Beory, » murmura le Glorieux Vélias à l’intention d’Aloïs et de Mathieu, « la Mère Taerre du panthéon Flannae. Les fidèles sont baptisés d’un trait de glaise sacrée sur le front, en symbole de leur lien indéfectible avec la Taerre nourricière. J’ignorais qu’il y avait des fidèles de ce culte dans la région. »
- « Que cherchais-tu dans le Cairn aux Murmures ? », poursuivit le Parangon Valkus.
- « un abri… »
- « Dis-nous à quoi servent les lanternes ? »
- « A éclairer… »
- « Celle-là, elle vous pendait au nez les enfants », ne put s’empêcher de souligner en aparté le Glorieux Vélias avec un grand sourire.
- « Où est la lanterne rouge ? », reprit le Parangon Valkus.
- « Je ne… sais pas… »
- « Dis-nous qui est représenté sur le sarcophage de la grande pièce du Cairn aux Murmures ? »
- « Je ne… sais pas… »
- « Y’a-t-il une pièce ou une issue derrière la… hem… bouche qui souffle ? »
- « Je ne… sais pas… »
- « Connais tu des passages secrets dans le Cairn aux Murmures ? »

- « Non… »
- « Que sais-tu du symbole au cou du bas-relief du sarcophage ?»
- « Rien… »
- « Que sais-tu du symbole du miroir ?»
- « Rien… »
- « Qui t’accompagnais dans le Cairn aux Murmures ? »
- « Personne… »
- « Es-tu un aventurier ? »
- « Oui… Non… Je ne sais pas… »
- « Où habites-tu ? »
- « A la ferme Land… »

Le Parangon Valkus retira sa main et la lumière nimbant le squelette s’éteignit brusquement, le laissant retomber inanimé sur l’autel.

- « Très bien. Vous avez les réponses à vos questions, et nous en savons assez pour lui donner les derniers sacrements. Glorieux Vélias, prenez toutes dispositions utiles pour qu’il soit enterré dès demain dans le cimetière, disons en début d’après-midi. Vous deux, vous pourrez bien sûr y assister si le cœur vous en dit. Rompez. »

A peine la porte de la chapelle refermée, Aloïs et Mathieu pressèrent le Glorieux Vélias de questions. Il ne put rien leur apprendre sur l’existence d’une « ferme Land » dans les environs, ce nom ne lui évoquant rien (si ce n’est qu’il correspondait à un mot de vieil œridien signifiant « Taerre »). Il fut bien plus loquace sur le sujet du culte de Béory, se lançant dans un discours enflammé.

- « Béory est une divinité archaïque, un culte primitif du panthéon flannae. Son principal dogme veut que la Taerre sur laquelle nous marchons constiturait le corps même de la divinité. Tout ce qui en fait partie, y pousse ou y vit participerait de son essence divine, du plus petit caillou aux animaux, humains compris, en passant par les insectes et les arbres. Même dans les nations de culture flannae, c’est un culte qui de nos jours est en voie d’extinction, tout simplement parce que ses valeurs morales fondamentales correspondent plus à un peuple de nomades chasseurs-cueilleurs, comme les Vagabonds des Landes Désolées, qu’à des sédentaires bâtisseurs. C’est bien simple : pour poser deux malheureux cailloux l’un sur l’autre ou couper une branche, il faut probablement accomplir une demi-douzaine de rituels en signe de pénitence, ou pour apaiser les esprits, ou je ne sais quoi. J’exagère sans doute un petit peu, étant de parti pris, mais dans les grandes lignes c’est ça. A ma connaissance, les plus grandes congrégations de fidèles du monde civilisé sont dans le Comté d’Ulek, le Perrenland ou le Duché de Géoff. Il y en avait surtout dans le défunt Duché de Tehn, et je suppose qu’il en reste parmi les survivants. Mais ça fait belle lurette que la grande majorité des peuples flannae civilisés se sont tournés vers des dieux plus proches de leur mode de vie, comme Pélor ou Rao bien sûr, mais aussi Allitur (une divinité de l’éthique et de la vie sociale), Bereï (agriculture et famille), ou Obad-Haï (nature, faune et chasse), comme les druides de la Loge du Bois de Bronze. Qu’il y ait eu dans les environs des fidèles de ce culte, aussi loin des pays de culture flannae, me semble étonnant. Mais bon, pourquoi pas ? »

Leur curiosité enfin satisfaite, Aloïs et Mathieu convinrent de se séparer, le premier pour accomplir des recherches complémentaires dans les archives du Cadastre, le second pour faire un rapport complet et circonstancié de ses activités à sa Lige, Dame Mélinde.


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Après avoir pris congé de ses compagnons, Hélebrank dirigea ses pas vers son lieu de travail, la mine Pierrerude. Saluant au passage les gardes de l’entrée, il suivit la galerie principale, descendant en colimaçon dans les entrailles de la colline. La galerie secondaire désaffectée mise à la disposition des mineurs désireux de se loger, contre paiement d’une modeste redevance bien sûr, était la plus proche de la surface. Hélebrank montra au tenancier le jeton de bois signifiant qu’il avait droit d’accès à un grabat pour la semaine ; il avait préféré payer d’avance à un taux préférentiel (2 nobles par semaine au lieu de 3 communs par nuit), faisant ainsi l’économie d’un précieux commun chaque semaine. Il déclina l’offre d’une chandelle de suif, préférant attendre le retour de ses collègues mineurs et en partager le avec eux le coût. Assis sur sa paillasse, il mangea ses rations fraîches avant qu’elles ne se gâtent ; de toute façon, la soupe commune était réservée aux mineurs, et il était arrivé trop tard pour prétendre à un emploi journalier aujourd’hui. Sans compter que ses rations étaient bien meilleures que l’ignoble gruau qui constituait l’ordinaire…

Hélebrank trouvait la pénombre et le silence de ce boyau souterrain étrangement réconfortants ; il s’y sentait bien, comme chez lui. Il se demanda un instant s’il avait du sang dwur dans les veines... Repliant ses jambes sous ses cuisses, il détendit ses bras, les faisant reposer sur ses genoux. Le terme du « position du lotus » lui traversa brièvement l’esprit, comme une fulgurance venue de son passé oublié. Si seulement il pouvait se rappeler quelle sorte de créature était un « lotus » ! Faisant le vide dans son esprit, il entreprit de se plonger dans une transe profonde pour accomplir ses exercices de concentration quotidiens ; ceux-ci lui venaient naturellement, sans qu’il puisse se rappeler où il avait bien pu les apprendre. Hélas, il n’y parvint pas avec l’aisance habituelle. Une sourde discordance interne semblait le retenir. D’une pression mentale agacée, il élimina cette anomalie malvenue, et glissa sans efforts vers l’état de conscience désiré. Plongé dans une transe profonde, il n’entendit pas le claquement sec produit par ses côtes se remettant d’elles-mêmes en place, se ressoudant instantanément. Sur le coup de six heures, lorsque il sortit de sa transe peu avant la fin de la journée de travail et l’arrivée de ses collègues mineurs, il fut ainsi très étonné de constater que ses côtes fêlées ne le faisaient plus du tout souffrir.

Il prit le temps de discuter le bout de gars avec eux, prétendant avoir passé la journée à explorer une vieille mine abandonnée et y avoir fait une mauvaise chute pour expliquer son absence de la journée. Les mineurs étaient de fait une source inépuisable de rumeurs et de ragots, l’un des rares plaisirs qui leur étaient accessibles à Lac-Diamant étant le potinage (puisque gratuit).


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Dès le lever du soleil, le 1er Jour des Dieux du mois des Semailles de l’an 3254 de l’Hégire Baklunien, Khalil ibn Ahmad fut convoqué par Mahmoud ben Bassam, le Shatain Qadi (moine supérieur) du monastère de Flannae-tel.

Khalil était un Al’Nek Shatain (moine aspirant) de Zuoken, venu quatre années plus tôt du monastère d’Azor-Khem aux confins de la lointaine Ull, un périple de plusieurs centaines de lieux au travers de la Trouée de la Tuflik, entre les Pics Barrière et les Monts Yatil. Comme des centaines de ses coreligionnaires avant lui, il était venu pour participer à la quête sacrée devant aboutir à la libération de sa divinité tutélaire, dont l’avatar était emprisonné dans un lieu inconnu des Flanesses depuis près de quatre-vingt dix ans. Depuis son arrivée, il avait consacré tout son temps à son entraînement physique et mental, ainsi qu’à l’apprentissage du Commun. Cette routine n’avait été interrompue qu’à de très rares occasions, notamment pour escorter jusqu’à Lac-Diamant une cargaison de kalamanthis, une herbe à pipe aux vertus euphorisantes, très prisée dans certains cercles de la Cité de Greyhawk, dont la culture et le commerce constituait la principale source de revenus du monastère.

A son entrée, la grande salle de conseil était déserte. N’étaient présents que Mahmoud et Izenfen l’Occulte, agenouillés côte à côte sur le sol de pierre. Une fois accomplies les courbettes et dévotions rituelles, Khalil s’agenouilla face à eux.

Mahmoud prit la parole en premier.

- « Khalil, le jour est venu d’apporter ta contribution à la libération du Maître Suprême. Entends Izenfen et obéis ».
- « Qu’il en soit ainsi, puisque tel est mon destin », répondis Khalil, se conformant au rituel.

Izenfen était comme toujours vêtue de pied en cap dans les habits noirs traditionnels des prêtres de Xan Yae. Dans la pénombre, Khalil avait du mal à discerner sa silhouette ; sa voix douce et basse, murmurante, semblait surgir des ténèbres elles-mêmes.

- « Ecoute et accomplit à la lettre mes instructions. Observe cette carte avec attention et mémorise la. A deux lieues à l’est de Lac-Diamant sur la Piste d’Urnst, une piste mène au site d’une mine abandonnée. Tu passeras la nuit dans les ruines d’un bâtiment que tu y trouveras. Ne fais pas de feu et ta nuit sera paisible. Au petit matin, cinq étrangers se rassembleront à proximité ; quatre de la taille d’un adulte, et un de la taille d’un enfant.Tu te présenteras à eux comme un homme de paix et leur proposeras de les accompagner ; il est probable qu’ils acceptent. S’ils viennent à refuser, suis-les discrètement néanmoins, et ne reviens que s’ils se montrent violents et menacent ta vie. Sache toutefois qu’il est peu probable que le cours du destin suive ce chemin. Accompagne-les et efforce-toi de les protéger dans leur quête. Les fils de leur destin ne sont pas encore noués, mais il est possible qu’en prenant les bonnes décisions, de point nodal en point nodal, ils soient en positon de contribuer à la libération de Zuoken, ou du moins qu’ils écartent certains futurs possibles qui lui seraient défavorables. Il t’est interdit de les en informer, pour ne pas influer sur le cours de leur destin ; s’ils te questionnent sur le motif de ta présence, réponds leur véridiquement que tu a été envoyé par tes supérieurs pour les aider. Porte une attention particulière au deux-fois-né : le jour viendra où tu devras me l’amener au monastère. Tu sauras reconnaître le moment opportun, lorsque le premier point nodal aura été atteint et franchi. N’oublie pas également que c’est la tête qui montre le chemin, et non les pieds. Va et porte nos espoirs ».
- « J’entends et j’obéis » fut la seule réponse de Khalil, avant de prendre congé de ses supérieurs et de son monastère.

Son baluchon avait déjà été préparé dans sa cellule. Moins de cinq minutes plus tard, il était en route pour sa destination et son propre destin.

Taldor

C'est vraiment bien ecrit. Est-ce que toi ou un de tes joueurs prenez des notes durant la partie, ou si tu ecris tout ca de memoire?


Merciiiiiiiii... (dit-il en rougissant comme une jouvencelle)

Les deux, mon général.

Pour ce qui est des parties à proprement parler, ceux de mes joueurs qui le souhaitent peuvent bénéficier chaque fois d’un bonus en points d’expérience s’ils apportent une contribution à la rédaction du journal de campagne, sous n’importe quelle forme (journal du perso écrit à la première personne, notes détaillées, etc.). La dernière fois, y’en a même un qui s’est pointé avec un dictaphone, et qui m’a envoyé ensuite une retranscription in-extenso des dialogues ! Après, je n’ai plus qu’à combiner ces documents entre eux, en y ajoutant mes propres souvenirs, pour avoir un reflet assez fidèle de la séance.

Quant aux interludes, vu que cela se passe par courriel ou sur des forums, c’est plus facile encore, vu que c’est déjà écrit … :)

Ce système présente à mon sens un triple avantage : 1) j’ai moins de boulot pour écrire le journal, et il est de meilleure qualité ; 2) en tant que MJ, je bénéficie durant les parties de joueurs attentifs au moindre détail, qui prennent des notes et n’ont pas la tête ailleurs ; 3) les joueurs eux-mêmes sont motivés par la qualité du résultat. Ils ont plus de plaisir à jouer, et n’oublient pas tout d’une partie sur l’autre (qui sont assez espacées, vu nos agendas chargés). Jusqu’à présent (deux parties) c’est gagnant-gagnant… On verra si cela dure.


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PLUS SURE SERA LA CHUTE
(séance du 26 juin 2009)

Les compagnons se retrouvèrent donc comme convenu le soir même, à la Galerie des Sciences. Après s’être acquitté d’un droit d’entrée de trois communs auprès de Gaspard, le zélé et souriant portier du Bazar arborant moustache effilée en pointe et calvitie prononcée, qui accueillait tous les visiteurs derrière son petit comptoir peint de couleurs vives, ils s’attablèrent une bière à la main aussi loin que possible des oreilles indiscrètes.

Aloïs et Mathieu ouvrirent la conversation par un récit fort bref de leurs activités de l’après-midi, se bornant à indiquer que le seul résultat probant du rituel de Nécromancie Vraie avait été de permettre de déterminer l’identité du squelette, qui en définitive était celui d’un jeune fermier du nom d’Alastor Land, un adorateur de Béory, et non celui de Zabelle.

Aloïs ajouta que par des recherches au cadastre, il avait ensuite pu trouver l’emplacement de la ferme Land, dont la propriété était revenue à la Cité de Greyhawk en 578 AC pour cause de « décès sans succession ». De fait, elle se situait non loin de Lac-Diamant, à l’est sur la Piste d’Urnst, soit dans la même direction générale que le Cairn aux Murmures.

La conversation dévia ensuite longuement sur les raisons qui auraient pu pousser Alastor à chercher refuge dans le cairn, puis à l’explorer, malgré son relatif éloignement, la difficulté à en trouver l’entrée, et les terrifiants murmures qui s’en échappent.

Barnabé coupa court à ces spéculations oiseuses en demandant si quelqu’un avait pu obtenir des informations concrètes sur Khellek et sa bande.

Hélebrank fit part de divers ragots recueillis auprès de ses collègues mineurs, selon lesquels le trio d’aventuriers serait arrivé l’avant-veille au soir (le 1er Jour du Soleil, donc) par diligence au Relais de l’Habile Cocher, mais n’y logerait pas. Auric, portant très ostensiblement une ceinture de Champion des Jeux de Greyhawk, aurait passé le plus clair de la journée d’hier au Bazar à siroter de la bière en se vantant de ses hauts faits. Tirra aurait quant à elle élu domicile au Chien Féroce, détrônant le champion local de lancer de dagues, et défiant quiconque serait intéressé par une petite partie amicale. Par contre, nul ne semblait savoir quelles avaient été les activités de Khellek. Hélebrank ajouta également pêle-mêle que selon des sources plus ou moins fiables, le Vieil Observatoire aurait fait l’objet de travaux de rénovation dans les semaines écoulées ; que Corella Bouche-Ardente, l’une des plus populaires des pensionnaires du Salut de Minuit, ne serait autre qu’une authentique princesse du Duché de Tehn en exil ; et que Ellival Moonmeadow, le très hautain olve propriétaire de l’unique mine d’argent de la ville, serait en fait un agent à la solde du Royaume de Célène.

Barnabé rapporta que Durskin, alcoolique notoire et dernier spécimen survivant des pêcheurs de Lac-Diamant, fier Capitaine et unique membre d’équipage du Coureur d’Automne, était venu en début d’après-midi au Bazar avec une bourse bien rebondie pour faire provision de gnôle, et supputa que cette subite rentrée d’argent pouvait avoir un lien avec les allées et venues de Khellek et de ses associés, son unique source de revenus connue étant le convoyage de passagers d’une rive du lac à une autre.

Jusqu’alors, Kalen était resté silencieux, avec sur le visage le sourire mystérieux et satisfait du gros chat qui vient de gober une souris bien grasse. Se raclant la gorge, il prit la parole.

- « Vos trouvailles sont - comment dirais-je ? - très… intéressantes, mais je crois que comme il se doit, nous avons gardé le meilleur pour la fin. Voyons, j’ai tant d’informations cruciales à vous transmettre, par laquelle pourrais-je bien commencer ? »
-
Ignorant les grognements dégoûtés de ses camarades, Kalen poursuivit son monologue.

- « Ah je sais, commençons par la signification des glyphes. Un simple sort de Divination m’a permis de déterminer que celui du piédestal désigne une personne du nom de « Icosiol », et celui du sarcophage, une autre personne du nom de « Zosiel ». Vous voyez les appendicules hiérarchiques, ces sortes de virgules en bas à gauche ? Ils indiquent qu’Icosiol était un personnage plus important que Zosiel. »
- « Ah bon ? », l’interrompit innocemment Aloïs, « Dis-moi, Kalen, pourquoi n’avais tu pas lancé ce sort pendant que nous étions au cairn ? »
- « Parce que… Ce n’était pas le moment opportun. Il y a un temps pour tout, et… Bon, je peux continuer sans être interrompu, oui ou non ? », coupa Kalen en foudroyant son auditoire du regard, le mettant au défi de relever la contradiction. « Vous vous souvenez que je vous avais indiqué qu’à mon sens, ces glyphes étaient liés à l’Air Elémentaire ? Et bien, je les ai soumis à mon maître Allustan, qui non seulement a confirmé mon analyse, mais m’a indiqué que ces hiéroglyphes pourraient constituer selon les théories de certains sages la forme originelle de l’écriture de l’Auran, appelée Vaati, bien antérieure à l’alphabet draconique actuellement utilisé. Encore mieux, le mot Vaati signifie ‘’Duc du vent’’ en Auran, et fait référence à une très ancienne race d’élémentaires, aujourd’hui éteinte, j’ai nommé… les Ducs du Vent d’Aqaa. »
-
Il s’interrompit un instant pour observer les réactions de son auditoire. Devant les regards bovins de ses camarades, visiblement perdus, il reprit sur un ton agacé.

- « Bon, s’il faut vraiment tout vous dire, les Ducs des Vents étaient une race liée à l’Air, mais aussi à la Loi. »
- « Ah d’accord », le coupa à nouveau Aloïs, « je comprends mieux pourquoi le cairn est construit tout en angles, avec des formes géométriques parfaites partout… »
- « C’est ça, tu as tout compris », reprit Kalen. « Les Ducs du Vent ont même été les champions de la Loi dans la grande lutte primordiale contre le Chaos. Et là je vous parle d’une époque ancienne au point d’être impossible à dater, antérieure à l’histoire écrite, antérieure au Calendrier Olve, antérieure à la lutte du Bien contre le Mal, et peut-être même antérieure au peuplement de la Taerre par les races que nous connaissons aujourd’hui. Les champions du Chaos étaient les Obyriths, une antique race de démons. Ils avaient créé une race de serviteurs pour composer leurs armées, les Tanar’ri. Leur général en chef était un Prince Tanar’ri du nom de Mishka, qui était également le concubin de la plus puissante des Obyriths, celle qu’on appelait la Reine du Chaos. Ses hordes ravageaient monde après monde, et ne visaient pas moins que la destruction de toute la création et le retour de l’univers à son état chaotique primordial. Les Ducs des Vents et leurs alliés luttaient pied à pied, mais cédaient partout du terrain. Sept de leurs plus grands guerriers parcoururent l’univers à la recherche d’une solution, et forgèrent ou trouvèrent le Sceptre de Loi. L’un d’entre eux l’a utilisé lors de l’ultime bataille de cette guerre, bataille dite des « Plaines de Pesh », pour frapper, bannir et emprisonner Mishka, brisant toute cohésion de l’armée ennemie. Le contrecoup fut tel que le Sceptre de Loi se brisa pour devenir la relique connue sous le nom de Sceptre aux Sept Morceaux. »
- « Eh, je connais cette légende ! », glapit Aloïs complètement surexcité. « C’est une relique majeure, comme… la Hache des Seigneurs Dwurs, ou la Masse de St Cuthbert. Quel rapport avec notre cairn ? Y’a un rapport avec notre cairn ? Tu crois qu’on va y trouver un morceau du sceptre ? »
- « Je l’ignore », lâcha Kalen, trop heureux de l’effet produit pour s’irriter de cette nouvelle interruption. « Allustan pense que le cairn pourrait avoir été érigé par les Ducs des Vents, auquel cas il serait inimaginablement ancien. Il a fait commander copie d’un ouvrage traitant de cette bataille à la Guilde des Mages, et pourra nous en dire plus sous une ou deux semaines. Enfin bref, les forces du Chaos, décapitées, furent vaincues, et l’univers resta tel que nous le connaissons. La défaite provoqua une révolte des Tanar’ri contre leurs maîtres Obyriths. Ceux qui échappèrent au massacre durent s’exiler dans les recoins les plus reculés des Abysses, qui encore aujourd’hui sont aux mains de la race des Tanar’ri, plus connus sous le nom de ‘’démons’’. Ce qui importe est qu’Allustan souhaite que nous retournions au cairn dès que possible, et offre de nous payer rubis sur l’ongle toute trouvaille d’importance. En particulier, Aloïs, il te paiera 10 orbes pour des cartes détaillées du cairn. Et il m’en donne 5 pour chaque glyphe découvert. »
-
Suite à ces révélations, les compagnons discutèrent de leurs plans pour les jours à venir, mais sans parvenir à tomber d’accord.

Parmi ceux qui souhaitaient retourner au cairn dès le lendemain, l’on pouvait compter Aloïs, jetant délibérément aux orties ses obligations vis-à-vis du cadastre, appuyé par Kalen, suivant en cela les instructions reçues de son mentor.

Parmi ceux d’un avis opposé, Barnabé plaidait éloquemment sa cause en faisant observer qu’il n’aurait aucune jour de congé avant une semaine et qu’il tenait encore à conserver son emploi de desserveur au Bazar pour deux raisons essentielles : primo, parce que la carrière d’aventurier ne lui permettait pas encore de dégager un revenu suffisant pour se passer de son maigre salaire ; et deusio, parce que cet emploi lui permettait d’être fort bien placé pour recueillir les rumeurs circulant en ville. Mathieu et Hélebrank abondaient en son sens, chacun pour des motifs différents, le premier souhaitant disposer d’un délai pour enquêter sur la bande de Khellek, le second, désargenté, devant absolument travailler pour manger.

Chacun campant sur ses positions, la conversation s’enlisa rapidement. En l’attente, il fut décidé d’envoyer Aloïs vérifier les informations obtenues par Hélebrank et Barnabé.

Il revint plus d’une heure plus tard, porteur des renseignements désirés. Il n’avait eu aucun mal à trouver Durskin sur son bateau et à lui faire vider son sac, tellement il était ivre. Il s’avérait qu’il avait été engagé et payé d’avance par Khellek et ses amis pour leur faire traverser le lac, et pour retourner les attendre chaque soir au même endroit pendant une semaine. Il avait également pu vérifier dans ses registres cadastraux que le vieil observatoire avait bel et bien été cédé par la Cité de Greyhawk à un certain « Rebbala » il y avait de cela plus d’un mois ; la transaction avait été enregistrée par son père, Dietrik Cicaeda, ce qui expliquait qu’il n’en avait pas eu vent plus tôt.

Aloïs insista de nouveau pour repartir au cairn dès le lendemain, puisqu’en l’absence des aventuriers concurrents, il était vain d’espérer en apprendre plus à leur sujet. Devant le refus réitéré de ses camarades, il dut leur avouer qu’en fait il ne s’était pas borné à laisser Khellek se tromper de cairn, mais qu’il l’avait bel et bien délibérément induit en erreur et lancé sur une fausse piste, et qu’il était fort probable qu’il en serait très courroucé à son retour. En outre, il n’était pas le seul en ville à connaître le Cairn aux Murmures ; son secret était partagé par tous les anciens membres de sa bande d’adolescents, devenus pour la plupart des mineurs. Pour peu que Khellek et ses amis prennent la peine de se renseigner en ville, la découverte de son existence et de son emplacement précis n’était qu’une question de temps… Il y avait donc une certaine urgence à en terminer l’exploration et le pillage.

Cet argument emporta l’adhésion d’Hélebrank et de Mathieu. Fort curieusement, ce dernier ne parut pas tenir rigueur à son ami d’avoir sciemment dupé l’un de ses clients pour en tirer un profit personnel. Seul Barnabé manifestait encore quelques réticences.

- « C’est bien beau », insistait t’il, « mais que comptez-vous faire, une fois revenus là-bas ? Si je ne m’abuse, nous avons fait le tour de toutes les issues possibles. A mon avis, nous ne pourrons progresser plus avant qu’après avoir retrouvé la lanterne rouge. Or nous savons que ces trois aventuriers ne sont pas là par hasard : Aloïs nous a bien dit que Khellek consultait un petit carnet, sans doute écrit par quelqu’un qui a déjà visité le cairn. Qu’est ce qui nous dit que ce quelqu’un n’est pas reparti avec cette lanterne, et qu’elle n’est pas actuellement en possession de Khellek ? »
- « Ben, y’a le sarcophage », intervint Hélebrank. « On y a pas touché, au sarcophage ».
- « C’est vrai », ajouta Mathieu. « Pour ce qu’on en sait, il pourrait y avoir un escalier dedans, ou même la lanterne rouge, pourquoi pas ? »
- « Alors là, je vous arrête de suite », coupa Kalen. « Est-il vraiment nécessaire que je vous rappelle la très probable présence d’un piège magique sur ce sarcophage ? Vous tenez vraiment à périr hideusement carbonisés ? »
- « Euh, pas vraiment », admit Mathieu. « Au fait, lorsque tu as utilisé ton sort, as-tu pu obtenir une idée de la puissance de ce piège ? Tu ne nous en as jamais parlé. »
- « La raison en est qu’il est difficile d’expliquer ce genre de choses dans des termes compréhensibles pour les profanes. Disons qu’au vu de l’aura magique de Feu dégagée par le sarcophage, le piège magique qui y est placé est, en gros, d’une puissance équivalente à celle du plus puissant de mes sorts. Mais enfin, pourquoi vous rigolez ? », poursuivit-il, vexé par la soudaine hilarité de ses compagnons.
- « Ah, je meurs », haleta Mathieu en écrasant une larme. « Bon c’est entendu, on l’ouvre ce sarcophage. Ton sort d’Armure de Mage, il suffirait à nous protéger ? »
- « Evidemment. Il est tout particulièrement efficace contre les énergies magiques », se rengorgea Kalen.
- « Et bien voila, la cause est entendue », conclut Mathieu. « Nous avons au moins cette piste à suivre. De toute façon, en l’absence de Khellek et de sa bande, il est vain de compter leur soutirer des renseignements ou quoi que ce soit d’autre. On peut tout aussi bien aller au cairn. »
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Ne restait plus à régler que la question des obligations et moyens de subsistance de certains des compagnons. Kalen avait d’ores et déjà reçu carte blanche d’Allustan. De même, Mathieu avait reçu de sa lige Dame Mélinde l’autorisation de poursuivre l’exploration du cairn après lui donné un compte-rendu détaillé de ses activités plus tôt dans la soirée ; lui permettre d’escorter ses camarades lui semblait être une activité plus formatrice pour son jeune écuyer que de rester au fort l’arme au pied pour assurer avec elle la protection rapprochée du Parangon Vélias. Quant à Aloïs, en l’absence de son père, il n’avait aucun scrupule à fermer d’autorité le cadastre durant toute la journée du lendemain pour un supposé inventaire. Mais d’autres ne jouissaient pas de la même liberté : une absence en dehors de son jour de congé hebdomadaire vaudrait sans doute à Barnabé d’être congédié sur le champ. Quant à Hélebrank, il était employé à la journée comme mineur à la Mine Pierrerude et en théorie pouvait donc s’absenter sans manquer à quiconque ; mais son salaire journalier, une fois grevé des frais de location de matériel, de bouche et de gîte prélevés par son radin d’employeur, lui laissait tout juste de quoi vivre au quotidien. Sans travail, il ne tarderait pas à crever de faim.

Afin de mettre un terme à leurs problèmes de revenus, Mathieu et Aloïs proposèrent respectivement à Barnabé et à Hélebrank de les prendre à leur service comme valets contre un gage d’un noble par jour, logé et nourri. Barnabé déclina poliment l’offre, indiquant qu’il y réfléchirait à l’occasion, mais que ses économies lui permettraient de tenir encore un certain temps sans avoir à en arriver à de telles extrémités. Quant à Hélebrank, il accepta avec joie cet emploi providentiel.

Sur ces entrefaites, chacun rentra dans ses quartiers pour un repos bien mérité.


Le lendemain, 1er Jour de l’Eau du Mois des Semailles de l’Année Commune 595, Aloïs, Mathieu et Hélebrank partirent ensemble dès l’aube au bâtiment minier en ruines. Ils y retrouvèrent Barnabé et Kalen, encore plus matinaux.

A peine avaient-ils échangé les salutations d’usage que, de derrière le muret entourant le jardin du bâtiment, surgit brusquement un baklunien typé, à la peau dorée et aux yeux verts. Sous un crâne rasé, son front arborait un tatouage complexe représentant des flèches stylisées entrelacées dans un cercle. Ses avant-bras étaient de même recouverts d’arabesques noires tatouées. Un pantalon bouffant et un petit gilet brodé sur un torse musclé complétaient la panoplie.

- « Salaam, voyageurs » dit-il les mains levées en signe de paix, « Mon nom est Khalil ibn Ahmad. Que la trame du Destin vous soit favorable où que vous portent vos pas. Puis-je me joindre à vous sur votre chemin ? »

S’ensuivirent diverses réactions de panique plus ou moins confuses. Mathieu dégaina sa hache en poussant un cri de guerre. Kalen fit un bond sur place, entama en catastrophe un sortilège, puis trébucha et le rata, tombant de façon indigne sur son postérieur. Hélebrank, Barnabé et Aloïs firent preuve de plus de sang froid et retournèrent son salut à l’étranger.

- « Heu… Salut », hasarda Aloïs. « Voici Barnabé et Hélebrank. Le balaise avec la hache, c’est Mathieu. Il est pas méchant, hein Mathieu ? Lui par terre c’est Kalen, et moi c’est Aloïs. Qu’est ce que vous faites là exactement ? »
- « Je vous attendais », lui répondit simplement Khalil avec un grand sourire.
- « Ah le c**, le foutu c**, j’ai été à deux doigts de lui cramer sa sale gueule avec un sort », haleta Kalen une main sur le cœur, toujours assis par terre, en usant d’un langage bien plus coloré que de coutume.
- « Aloïs ! », intervint Mathieu, toujours en position de combat. « On ne déballe pas son sac comme ça devant le premier venu ! Et vous, là, qu’est ce que ça veut dire ça, que vous nous attendiez ? Comment saviez-vous que nous viendrions ? Et comment êtes vous sûr que nous sommes bien les personnes que vous attendiez, d’abord ? »
- « Je suis un Al’Nek Shatain, ce que vous appelez un moine de Zuoken, et viens du Monastère du Crépuscule. Ma supérieure Izenfen l’Occulte m’a ordonné d’attendre ici même au petit matin un groupe de cinq individus, dont un de petite taille. Mes instructions sont de vous accompagner et de vous protéger. »
- « Mais je m’en fous moi, de votre protection », répondit Mathieu d’un air buté. « Et je ne veux pas de votre compagnie non plus. Je vous interdis de venir avec nous, nos affaires ne regardent ni vous, ni votre culte ! »
- « Auquel cas je vous suivrai de plus loin », rétorqua Khalil.
- « Aujourd’hui seulement ? », intervint naïvement Barnabé.
- « Demain suit aujourd’hui. Si Istus le veut, nous continuerons jour après jour à parcourir ensemble le même chemin », conclut Khalil avec la philosophie typique d’un homme du Ponant.
- « Et si je te mets un grand coup de hache dans ta gueule ? », reprit Mathieu, introduisant dans la conversation un nouvel argument, beaucoup plus prosaïque.
- « Halte là ! », coupa Aloïs avant même que Khalil ne puisse répondre. « Tu ne vas pas le frapper juste parce qu’il veut nous suivre, quand même ? Je te rappelle qu’il ne faut pas trop les énerver, ces gens-là. Y’en a à qui ça a porté malheur », conclut-il, faisant référence à la mort subite et inexpliquée d’une quinzaine de mineurs après qu’ils aient donné l’assaut au Monastère, dix ans auparavant, pour tenter de contraindre Izenfen l’Occulte à utiliser ses talents de divination pour leur profit personnel.
- « Personne ne va frapper personne », déclara Barnabé sur un ton définitif, à l’intention de Mathieu, « mais je dois dire que cela ne me plait pas, cette façon d’arriver tout d'un coup comme ça, sans explications. Il y aurait plus d'explications, je ne serais pas contre, mais là ! Je ne comprends pas pourquoi il est là, et lui non plus n’a pas l’air de le savoir ! »
- « C’est exactement ça ! », surenchérit Mathieu. « Si vos supérieurs souhaitaient que vous nous accompagniez, ils auraient du nous le faire savoir à l’avance. J’ai bien envie d’aller de suite à votre Monastère leur réclamer des explications. Je trouve cela extrêmement louche, cette façon de débarquer sans crier gare, en prétendant ne pas savoir exactement pourquoi ! »
- « Là, vous me permettrez d’intervenir », l’interrompit Kalen, qui entre-temps s’était relevé. « Je suis thaumaturge ET devin, et en tant que spécialiste de la question, je puis vous assurer que le résultat d’une divination est rarement limpide. On obtient plutôt des réponses vagues et obscures, que des détails précis tels que le tour de heaume tel ou tel individu que l’on rencontrera le lendemain. Le futur n’est pas un livre ouvert. Que Dame Izenfen soit parvenue à fixer une date, une heure, un lieu, et un nombre de personnes relève déjà de l’exploit. »
- « Ah je vois », dit Hélebrank, intervenant pour la première fois dans la conversation, l’air inspiré de celui qui vient de tout comprendre. « Sa patronne lui a juste dit ‘va là-bas et tu trouveras’ ! ». Se tournant vers Khalil, il lui demanda tout à trac : « Est-ce que vous êtes un espion ? »
- « Euh non », lui répondit Khalil. « Si vous deviez qualifier mon emploi parmi vous, le plus approchant serait sans doute garde du corps. »
- « Et bien c’est bon, on ne risque rien, il peut venir avec nous », déclara Hélebrank en se retournant vers ses camarades.
- « Mais enfin, qu’est ce qui te permet de dire ça, Hélebrank ? », répliqua Mathieu, consterné par l’apparente naïveté de son compagnon.
- « Ben parce que c’est pas un moine vraiment moine, donc si il y avait vraiment du danger, sa patronne aurait envoyé quelqu'un de plus puissant. S’il est là, c’est pour nous protéger des petits dangers. Donc, on peut ouvrir le sarcophage, y’a pas de risques ! C'est un signe du destin », répondit d’une traite Hélebrank manifestement convaincu de l’infaillibilité de son raisonnement.
- « Il n’y a pas que la mémoire qui flanche, chez toi », observa finement Mathieu.
- « Il a raison, c’est sans doute un signe du destin ! », s’enthousiasma Aloïs, sans faire de cas de la remarque de Mathieu. « Ca arrive tout le temps dans les vraies aventures. On rencontre des gens qui arrivent comme ça, envoyés par les dieux. Tant que c'est des humains, c’n’est pas trop mal, faut pas se plaindre ! Je connais plein d’histoires où les héros rencontrent des trucs ailés avec des crocs. Là on peut se poser des questions, mais Khalil, lui, il a pas l’air méchant... »
- « C’est un signe du destin », renchérit Hélebrank, martelant cette phrase comme une évidence.

S’ensuivit un court silence gêné, Mathieu, Kalen et Barnabé observant avec des yeux ronds le numéro de duettistes d’Aloïs et d’Hélebrank.

- « Moi, j’abandonne », reprit Mathieu. « Khalil, vous pouvez nous accompagner, mais pour ma part, je ne souhaite pas spécialement votre protection. Ne soyez pas trop dans mes pattes, c'est tout ce que je vous demande. »
- « Une petite précision, Khalil », demanda Kalen. « Ôtez-moi d’un doute. Vous nous avez dit que vous nous suivriez quand bien même nous ne serions pas d’accord. Mathieu ici présent vous dit qu'il ne veut pas être protégé : allez-vous accéder à sa demande, ou bien passer outre et le protéger malgré lui ? »
- « C’est cela. Mes instructions sont de tous vous protéger », admit Khalil, au grand amusement de Kalen.

S’ensuivit une discussion confuse, au cours de laquelle les compagnons se concertèrent à grands renforts de sous-entendus et de mots couverts, pour finalement décider qu’il était préférable de laisser lanternes et butin enterrés au fond de la cave du bâtiment minier tant que Khalil serait présent et n’aurait pas fait ses preuves.
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Le trajet vers le cairn fut rapide et sans histoires.

Une fois arrivés devant la gueule béante de son entrée, les compagnons procédèrent aux mêmes préparatifs que la veille : Barnabé fit profiter tout le monde de son sort de « Vision Sombre collective », tandis que Kalen proposa à qui le voulait bien (à l’exception de Mathieu, à qui il consentit cette fois à expliquer que son armure métallique interfèrerait avec les énergies du sort) de recevoir le bénéfice d’une « Armure de Mage ». Hélebrank et Khalil déclinèrent cette offre généreuse, déclarant préférer se protéger par leurs propres moyens. Mathieu fut quelque peu surpris lorsque Hélebrank refusa de recevoir de nouveaux soins magiques, prétendant aller beaucoup mieux, mais n’en fit pas de cas.

La première chose qu’ils purent constater est que les murmures émanant du cairn étaient beaucoup moins forts que la veille, presque inaudibles. Ils ne furent pas longs à faire le lien avec la quasi-absence de vent à l’extérieur, confirmant ainsi que ces bruits devaient être produits par un quelconque artifice mécanique.

Un rapide tour du propriétaire leur permit de constater que le cairn était dans l’état où ils l’avaient laissé, et en particulier qu’il n’abritait pas de nouveaux occupants. Ils entreprirent donc d’en refaire méticuleusement l’examen, toise carrée par toise carrée, examen qui eut pour seul résultat probant la découverte dans chacune des deux alcôves les plus proches de l’entrée (qui la veille n’avaient été que sommairement fouillées) d’une dépression circulaire d’un pied de large et d’un demi-pouce de profondeur au milieu du sol, comportant sur sa périphérie quatre trous également répartis, vraisemblablement destinés à l’ancrage d’éléments mobiliers depuis longtemps disparus.

Après une courte et vaine tentative faite par Hélebrank pour déblayer les éboulis obstruant la deuxième alcôve à droite depuis l’entrée, consistant à les faire exploser un à un d’une décharge d’énergie sonique, les compagnons décidèrent de reporter enfin leur attention sur le sarcophage.

Arrivés au pied des escaliers, Aloïs, Hélebrank et Mathieu furent frappés par la même idée. Depuis l’endroit où ils se tenaient, la forme d’ensemble de la plate-forme portant le sarcophage, composée d’une partie allongée et d’un losange centré sur la tête du gisant, ressemblait beaucoup à une flèche géante pointée vers le couloir de la lanterne orange… Hélebrank s’approcha pour confirmer cette intuition, et pût constater qu’effectivement, un mince interstice était nettement visible entre cette plate-forme et la dalle rectangulaire de marbre blanc sur laquelle elle était apparemment posée. Rien ne s’opposait donc à ce que l’ensemble soit mobile.

De suite, Hélebrank proposa d’utiliser l’un de ses sorts pour exercer à distance une forte pression sur le sarcophage sans avoir à le toucher, au cas où le piège magique décelé par Kalen se déclencherait par un simple contact. Tous prirent position à bonne distance, laissant Hélebrank gesticuler et entonner un chant inarticulé, comme à son habitude. Ses yeux s’illuminèrent brièvement d’un feu argenté, et il pointa le doigt vers le sarcophage. Un impact sourd se fit entendre.

Comme délogé d’un point d’équilibre, le sarcophage se mit à pivoter tout seul sur un axe central dans le sens des aiguilles d’une horloge, dans un grand bruit sourd de roulements, avant de s’arrêter avec un cliquètement audible, pointé droit vers le couloir de la lanterne jaune.

Une seconde plus tard, un sourd grondement se fit entendre au fond de ce couloir, faisant vibrer le sol. Malheureusement, tels qu’ils étaient positionnés, aucun des compagnons ne pouvait en apercevoir la source avec leur vision magique limitée à huit toises. Ce sourd grondement ne dura que quelques secondes, durant lesquelles personne n’osa bouger. Un bref bruit métallique se fit entendre, puis plus rien.

Tout doucement, Mathieu se rapprocha de l’entrée du couloir de la lanterne jaune. Il pût ainsi constater qu’au bout du couloir, juste en dessous de la chaîne pendant du plafond, un cylindre métallique de cinq pieds de diamètre et d’une toise de haut avait surgi hors du sol, tel un gros champignon surmonté d’un chapeau de pierre. Son flanc était percé d’une ouverture, donnant accès à une étroite cavité d’une toise de haut sur quatre pieds de diamètre.

Un rapide tour d’horizon des six autres couloirs permit de trouver, dans chacun d’entre eux, un disque de pierre de cinq pieds de diamètre situé à l’aplomb de la chaîne, délimité par une fente à peine plus large qu’un cheveu.

Les compagnons prirent la décision de faire à nouveau pivoter le sarcophage, mais en prenant cette fois la précaution de disposer une lanterne allumée dans le couloir suivant pour ne rien rater de la suite des évènements.

De nouveau, Hélebrank se livra à une sorte de gigue ponctuée d’onomatopées décousues, avant de simplement pointer le doigt vers le sarcophage, qui s’ébranla avec un bruit sourd, tandis que ses yeux s’illuminaient d’un feu argenté.

Immédiatement, deux portes coulissantes fermèrent l’ouverture du cylindre de métal du couloir jaune, qui commença à rentrer dans le sol, produisant les mêmes sons métalliques et grondements sourds que précédemment.

Lorsque le sarcophage arrêta sa course, pointé en direction du couloir « vert », le sourd grondement attendu fut accompagné d’une cacophonie de grincements inquiétants et de coups de boutoir réguliers faisant visiblement tressauter la lanterne posée au sol.

Sans plus attendre, ses yeux brillant d’un feu argenté, Hélebrank pointa de nouveau le doigt vers le sarcophage, qui s’ébranla de nouveau, mettant fin au vacarme.

Kalen observa en son for intérieur que, d’une fois sur l’autre, même s’il semblait utiliser encore et toujours le même sort, Hélebrank était incapable de reproduire à l’identique les mêmes incantations et gestuelles, quand il ne s’en passait pas entièrement. Pourtant, malgré cette entorse aux règles les plus élémentaires de la Magie hermétique, ses sorts n’en fonctionnaient pas moins comme souhaité, sans résonances éthériques ou autres effets nuisibles apparents. Il s’abstint pour l’heure de faire la moindre remarque, mais se jura de tirer au clair ce mystère à la première occasion.

Aloïs se précipita vers l’entrée, constatant avec soulagement qu’elle ne s’était pas effondrée. A son retour, le sarcophage s’était de nouveau immobilisé, pointant cette fois vers le couloir de la lanterne bleue, sans produire aucun effet visible.

Après une courte discussion, ils convinrent qu’il était nécessaire de monter dans le couloir au visage vérifier si cette configuration n’avait pas pour effet d’ouvrir un nouveau passage, ou du moins de désamorcer le piège à vent. Au cas où il n’en serait rien, Kalen précisa que selon Allustan, fermer les yeux suffirait très probablement à contrer les effets hypnotiques des lueurs dansantes.

Aloïs se porta volontaire d’emblée. Hélebrank lui permit à nouveau de bénéficier de son sort de lévitation, à grands renforts de moulinets des bras, alors qu’une étrange odeur florale se répandait dans l’atmosphère. Une fois arrivé au niveau du plafond, Aloïs prit soin comme la veille d’attacher une corde de rappel à l’anneau de la chaîne, lui laissant juste assez de mou pour ne pas risquer de s’écraser au sol plus de sept toises en contrebas. Il n’eut plus ensuite qu’à se diriger vers le couloir au visage, prenant appui sur le plafond comme s’il marchait sur les mains.

Il y fut rejoint par Khalil, qui sans rien demander à personne, avait grimpé à la force des bras le long de la chaîne, franchissant un large vide par un bond acrobatique du plus bel effet, sans efforts apparents et sans élan.

Ils purent de suite constater qu’aucune nouvelle issue n’était visible. Très rapidement, Aloïs se rendit également compte qu’une corde de rappel mesurée pour briser une chute de sept toises ne lui permettrait pas d’atteindre le visage de pierre situé au fond d’un couloir long de dix toises, même en s’aidant de sa fidèle perche d’une toise et demie.

Ce fut donc Khalil qui eut le privilège de déclencher une seconde fois le piège, en s’approchant à moins d’une toise du dit visage de pierre. Celui-ci s’anima : de sa bouche grande ouverte s’échappa en hurlant un vent terrible ; de ses yeux écarquillés jaillirent des lumières tourbillonnantes aux sept couleurs de l’arc-en-ciel.

De nouveau, Aloïs courut vers le puits d’accès pour sauter, parvenant cette fois à s’accrocher fermement à la chaîne, arrêtant sa chute une toise en contrebas du couloir, avant de se laisser descendre doucement vers le sol. Khalil, plus confiant en ses capacités ou mésestimant la dangerosité du piège, ferma les yeux pour échapper aux effets hypnotiques des lumières dansantes et continua de s’approcher à tâtons du visage en pierre, jusqu’à le toucher. Puis sentant que la force du vent allait crescendo et menaçait de l’emporter, il fit volte-face et commença à courir, toujours à l’aveuglette, vers le puits d’accès. Il trébucha non loin du rebord, tombant la tête la première dans le vide.

A la grande surprise de ses compagnons, faisant appel aux techniques exotiques enseignées par ses maîtres, il frappa des pieds et des poings la paroi du puits d’accès, parvenant durant une seconde à ralentir notablement sa chute. Puis la gravité reprit ses droits, et il percuta le sol de pierre avec une violence certes amoindrie par ses efforts, mais encore considérable, manquant d’un cheveu (qu’il n’avait pas) de perdre connaissance sous le choc.

Mathieu se précipita sur lui et fit appel aux pouvoirs divins conférés par l’Archipaladin pour soigner partiellement ses blessures et contusions, qui heureusement étaient sans grande gravité.

La démonstration de l’activation du piège à vent ayant été faite, les compagnons décidèrent de faire à nouveau pivoter le sarcophage. Après que la lanterne ait été déplacée du couloir « vert » au couloir « indigo », Hélebrank accomplit quelques pas de danse en braillant à pleins poumons puis, essoufflé, s’interrompit et tendit le doigt. Ses yeux lancèrent les éclairs argentés habituels, un choc sourd se fit entendre, et le sarcophage s’ébranla.

Lorsqu’il s’arrêta enfin face au couloir « indigo », les compagnons purent assister à la sortie du sol d’un cylindre métallique surmonté d’un disque de pierre, en tous points identique à celui du couloir « jaune ». Après l’arrêt complet, deux minces portes coulissèrent dans l’épaisseur du cylindre avec un bref bruit métallique, révélant une étroite cavité d’une toise de haut sur quatre pieds de diamètre.

Se rapprochant pour voir plus près, Mathieu et Aloïs constatèrent qu’il existait toutefois une différence notable. Le sol de la cavité intérieure de ce cylindre n’était pas métallique, comme celui du précédent, mais recouvert d’une sorte de patchwork, composé d’un amalgame de bouts de cuir, de métal et d’autres substances qu’ils ne purent immédiatement identifier.

Méfiant, Aloïs garda ses distances et gratta ces débris du bout de sa perche. Ses soupçons furent confirmés par la découverte, entre divers restes humains putréfiés, d’une galette de métal reconnaissable comme les restes d’un grand heaume aplati, contenant encore de petits fragments osseux. A l’évidence, le cylindre n’était rien d’autre qu’un piège mortel. Sa persévérance fut récompensée quelques instants plus tard par une bourse de cuir défraîchi contenant une somme rondelette en pièces de la Cité de Greyhawk ainsi qu’une petite gemme rouge.

Satisfait de son examen, Aloïs transféra la lanterne dans le couloir « violet » et fit signe à Hélebrank qu’il pouvait lancer son sort pour faire pivoter le sarcophage. Hélas, ce dernier refusa de se mettre en mouvement malgré plusieurs tentatives ponctuées d’autant de coups sourds.

Perdant patience, Mathieu se fit prêter sa perche par Aloïs, et l’utilisa pour exercer « manuellement » une pression sur le sarcophage, mettant derrière toute sa considérable force. Il pivota sans se faire plus prier, tandis que le pilier métallique du couloir « indigo » rentrait dans son logement dans un grondement sourd.

Rien ne se produisit lorsque le sarcophage s’arrêta, pointé vers le couloir de la lanterne violette.

De peur d’un éventuel effet indésirable déclenché par l’orientation du sarcophage vers l’escalier d’accès, du genre éboulement ou fermeture du cairn, les compagnons essayèrent par acquit de conscience de le faire pivoter dans le sens inverse des aiguilles d’une horloge. Cette tentative ayant été infructueuse, ils durent se résoudre à courir le risque, laissant Mathieu pousser à nouveau le sarcophage.

Celui-ci passa sans s’arrêter devant l’escalier d’accès, avant de s’immobiliser en direction du couloir « rouge » sans produire d’effets visibles. Il en fut de même avec le couloir « orange ».

La lanterne ayant cette fois été mise en place au préalable, les compagnons purent ensuite assister à la sortie du cylindre métallique dans le couloir « jaune », suivie de l’ouverture de ses portes. La décision fut prise de procéder à un test avant de laisser quiconque y pénétrer ; Aloïs alla donc chercher le crâne d’un animal quelconque dans la tanière des loups avant de le poser sur le sol métallique du cylindre, l’idée étant de faire faire à nouveau un tour complet au sarcophage pour voir ce qu’il adviendrait de ce crâne lors de la rétractation du cylindre.

Dans le même temps, convaincu de ce qu’un blocage du bouchon de pierre fermant le logement du cylindre métallique était la cause des bruits mécaniques anormaux entendus dans le couloir « vert », Hélebrank utilisa à plusieurs reprises son rayon d’énergie sonique sur le dit bouchon pour le fragiliser, ne s’interrompant que lorsque de grandes lézardes commencèrent à courir sur le sol.

La procédure à suivre était désormais bien rodée. La lanterne fut déplacée d’un couloir ; tout le monde se disposa en position de combat, Barnabé à proximité du couloir « vert », Khalil face à lui, Kalen abrité non loin à l’entrée du couloir « bleu », Mathieu en retrait au milieu de la salle, Aloïs et Hélebrank à proximité de l’escalier. Puis Mathieu donna au sarcophage l’impulsion nécessaire pour le faire pivoter.

Comme prévu, le cylindre de métal du couloir « jaune » rentra dans le sol, et dès que le sarcophage arrêta sa course, pointé en direction du couloir « vert », le sourd grondement attendu fut accompagné d’une cacophonie de grincements inquiétants, puis de coups de boutoir répétés.

Ce qui n’était pas prévu était que, dès le second coup de boutoir, le sol au fond du couloir se soulève comme mû par une explosion, avant de retomber et de s’effondrer complètement, creusant un large cratère et entraînant avec lui la lanterne vers les profondeurs.

Leur unique source de lumière disparue, les compagnons ne pouvaient plus compter que sur leur vision magique, limitée à une portée de huit toises. Ils ne purent donc identifier avec exactitude la source des cliquettements qui se firent entendre quelques secondes plus tard, quelque part au fond du couloir enténébré…

Tous se préparèrent au combat, crispant la main sur leurs armes ou murmurant les premières syllabes d’un sort en l’attente de ce qui allait suivre. Mathieu et Khalil se rapprochèrent, prenant position non loin du débouché du couloir.

Ainsi, seul Barnabé était suffisamment proche pour assister une dizaine de secondes plus tard, à l’extrême limite de son champ de vision, au jaillissement hors du cratère d’un véritable geyser de scarabées à la carapace aux reflets métalliques.

- « Gare ! Quelque chose sort du trou ! », cria Barnabé avant de s’enfuir vers la sortie de toute la vitesse de ses petites jambes de hobniz.
-
L’essaim de scarabées sembla percevoir sa présence, et se dirigea droit vers les compagnons, laissant derrière lui des traînées fumantes d’un liquide leur dégoulinant des mandibules. Ce faisant, ils entrèrent dans le champ de vision de Mathieu et de Khalil. Ce dernier, n’écoutant que son bon sens face à un adversaire hors du commun, manifestement insensible aux arts martiaux, fit retraite en direction de la sortie. Mathieu, de façon plus originale, sauta d’un bond sur le sarcophage dans l’espoir hélas déçu de déclencher le piège de feu censé s’y trouver. Kalen resta sur place et entama une incantation. Aloïs grimpa l’escalier d’accès quatre à quatre, s’arrêtant en haut des marches pour poser au sol son sac à dos, et commençant fébrilement à le fouiller. Hélebrank utilisa son pouvoir de lévitation pour décoller du sol d’un mètre, pensant ainsi se mettre à l’abri, et projeta par les yeux un cône de lumière vive, illuminant une partie de la salle et aveuglant le pauvre Barnabé, qui clignait des yeux tel un lapin pris dans le faisceau d’une lanterne à réflecteur.

Un étrange cliquètement se fit entendre, se rapprochant rapidement depuis le cratère, évoquant un peu le bruit que ferait une demi-douzaine de pics-verts névrosés picorant ensemble le sol de pierre. Une sorte de hululement aigu se fit soudain entendre, et Kalen poussa un cri d’horreur inarticulé.

- « GAAAAAAAHHHHH ! Au secours ! Il a un gros œil et il me regarde ! »

Mathieu sauta aussitôt au bas du sarcophage pour se porter au secours de son compagnon, suivant en cela les préceptes de sa foi. Il put ainsi voir, débouchant du couloir « vert », une créature arachnoïde hideuse de la taille d’un sanglier. Ses six pattes chitineuses frappant en rythme le sol de pierre se terminaient en pointes effilées, dotées d’orifices tubulaires à l’utilité probablement sinistre. Elles encadraient un corps globuleux se résumant presque à un unique œil rouge à la pupille fendue, dans lequel pouvait se lire une faim impie. Nullement impressionné, Mathieu se porta aux côtés de Kalen, s’interposant vaillamment entre lui, cette créature monstrueuse, et l’essaim de scarabées. A sa grande surprise, presque à la même seconde, Kalen se mit hors d’atteinte en s’élevant de plusieurs toises dans les airs par la grâce du sort de « Lévitation » précédemment lancé, le laissant bien seul face à l’adversité… Etait pris celui qui croyait secourir !

Fort heureusement, derrière lui, les renforts se mettaient en branle. Khalil accourait au petit trot, bâton ferré à la main. Barnabé, désormais à bonne distance, préparait sa fronde. Hélebrank interrompit sa concentration, se laissant retomber au sol, puis se rapprocha, s’arrêtant net à la vue de la créature.

- « Quelqu’un a une idée de ce qui marche le mieux pour tuer des insectes ? », demanda t’il à la cantonade.
- « Du feu ! Il faut du feu ! », lui répondit Aloïs depuis le haut des escaliers, à l’instant même où il parvenait à retirer de son sac à dos l’étui à parchemin contenant, soigneusement enveloppée, la très volatile et onéreuse fiole de feu grégeois que lui avait offert « Oncle Merris » dans l’éventualité d’une mauvaise rencontre avec un troll.

Poussant un nouveau hululement strident, la chose araignée brisa le bref moment de solitude de Mathieu en le chargeant deux pattes en avant, tentant de le transpercer. Le paladin n’eut que le temps de repousser cet assaut d’un revers de bouclier avant d’être submergé par la masse grouillante et cliquetante de l’essaim de scarabées. En un instant, il fut recouvert des pieds à la tête de petits insectes mordeurs, semblant bien décidés à le bouffer jusqu’à l’os, profitant du moindre interstice pour s’attaquer à sa chair. Sa brigandine lui procurait une protection relativement efficace contre leurs morsures, mais il sentait déjà leurs secrétions acides lui brûler la peau.

L’arrivée de Khalil qui, se portant à son côté, tenta sans succès de frapper la très agile créature arachnoïde de son bâton ferré, lui mit du baume au cœur. En bon professionnel de la bataille, il était conscient de ce que l’adversaire le plus dangereux était cet étrange œil sur pattes, et non les scarabées qui certes lui causaient une douleur considérable, mais mettraient fort longtemps à le terrasser. Dans un suprême effort de volonté, il parvint à faire abstraction des bestioles qui lui couraient sur la peau et, plutôt que de courir pour leur échapper, trancha net d’un magistral coup de hache l’une des pattes effilées de la chose araignée. Cette dernière accusa le coup, titubant en arrière. Kalen profita de cette opportunité pour lui transpercer une deuxième patte de part en part à l’aide d’un carreau d’arbalète, projeté à grande vélocité par son sort de « Projectile Télékinétique » ; flottant à deux toises de haut, il bénéficiait d’un angle de tir imprenable.

Le coup de grâce fut porté par Khalil un instant plus tard, par un coup de bâton ferré brisant net une troisième patte, telle une pince de crabe dans le casse-noix du gourmet. Cette fois mortellement blessée, la chose araignée se recroquevilla dans un dernier cri aigu, repliant sous elle ses trois pattes rescapées.

Hélebrank arriva juste à cet instant, après avoir traversé en courant la grande salle dans toute sa largeur. S’arrêtant à côté de Mathieu, il lui posa une très étrange question.

- « Chaud ou froid ? »
- « Euh… Chaud ? », répondit distraitement Mathieu, très occupé qu’il était à tenter, sans grand succès, de retirer un à un tous les insectes qui galopaient sous son armure, tout en sautillant sur place pour essayer de se mettre hors d’atteinte.

Sans signes avant-coureurs, une onde d’énergie incandescente jaillit d’Hélebrank dans toutes les directions avec un grand bruit de combustion. Cette « bulle » de flammes en expansion atteignit sept toises de diamètre avant d’éclater et de s’éteindre, laissant apparaître en son centre un Hélebrank content de lui et absolument indemne.

L’effet produit sur l’essaim fut spectaculaire ; les insectes qui le composaient furent littéralement décimés, les rares survivants étant ceux qui avaient pu bénéficier de l’abri relatif procuré par les corps calcinés de leurs congénères.

Ils ne furent toutefois pas les seuls à être affectés. Si Mathieu serra les dents et fut protégé du plus gros des dommages par son armure, Khalil, pris au dépourvu, n’eût pas même le temps d’esquisser un mouvement de défense et encaissa de plein fouet le souffle brûlant du sort d’Hélebrank. Ses habits fumants et la couleur rouge vif du côté droit de son visage et de son torse, contrastant avec son côté gauche indemne, n’étaient pas sans rappeler l’aspect d’un poisson gras cuit à l’unilatérale sur un lit de braises, peau craquelée et charbonneuse comprise. Aveuglé par la douleur, en état de choc, il ne tenait encore debout que par la force de sa volonté.

Quant à Kalen, étant beaucoup plus loin d’Hélebrank et donc de l’épicentre de l’explosion, il ne fut qu’effleuré par la sphère de flammes et, grâce à son sortilège d’ « Armure de Mage », n’en ressentit aucunement les effets. Il préféra néanmoins prendre du champ et s’élever encore plus haut.

Bien lui en prit, car quelques secondes plus tard, après être passé de l’autre côté de Mathieu pour mettre la plus grande distance possible entre lui et Khalil, Hélebrank déclencha une seconde explosion de flammes, achevant les derniers scarabées survivants.

Ce récit ne serait pas complet s’il ne précisait pas que de son côté Barnabé, la fronde tournoyante, avait préféré attendre avec sagesse une ouverture qui n’était jamais venue, craignant sinon d’atteindre ses compagnons par un tir mal ajusté. Quant à Aloïs, le temps qu’il ouvre son étui à parchemin, extraie la précieuse fiole des multiples couches de chiffons dans lesquelles elle était emmitouflée, puis redescende les escaliers, le combat était achevé…

Une fois débarrassé des scarabées, Mathieu se versa sur la tête l’outre d’eau que lui tendit gentiment Barnabé pour rincer leur salive acide et calmer la douleur, puis fit appel aux pouvoirs divins d’Heironéous pour soigner les blessures de Khalil, puis les siennes.

Barnabé contemplait, l’air songeur, la carcasse de la chose araignée se désagréger, se décomposant à vitesse accélérée en une gelée noire et puante, qui elle-même se sublima à vue d’œil en fumerolles noires avant de disparaître complètement, ne laissant derrière elle qu’une trace grasse sur le sol.

- « Vous avez vu ça ? Quelqu’un a une idée de ce que pouvait être cette créature ? », demanda t’il, ne s’adressant à personne en particulier.
- « Non, aucune. Pourquoi ? », lui répondit Mathieu du tac au tac.
- « Oh, simple curiosité », admit Barnabé. « Cela ne te frustre pas un peu, toi, d’occire une créature étrange sans connaître son nom ? »
- « Pas vraiment, non », rétorqua sèchement Mathieu. « Je ne sais pas si tu as bien vu de là où tu étais, planqué derrière le sarcophage, mais elle ne m’a pas vraiment laissé le temps des présentations. Elle était agressive, je lui ai claqué le beignet sans me poser de questions, ça me suffit. »
- « Pas la peine d’être désagréable ! » se défendit Barnabé. « moi ce que j’en dis, sans vouloir dénigrer la puissance des sorts d’Hélebrank, c’est qu’il est tout de même bizarre que cette créature disparaisse comme ça. Il n’en reste pas même un petit éclat de carapace ! »


Une fois remis de leurs émotions, et pour certains, sur pieds, les compagnons s’approchèrent avec la prudence requise du large cratère dont étaient sortis les scarabées et la chose araignée.

Au centre de celui-ci s’ouvrait un conduit autrefois circulaire, mais dont les parois étaient parsemées de cratères et de fissures, travail de sape résultant manifestement de l’action prolongée des secrétions acides des scarabées. Six toises plus bas, ce conduit débouchait dans le plafond d’une salle dont le sol n’était pas visible, car situé au-delà de la portée de leur vision magique.

Une ou deux flaques d’huile lampante qui achevaient de se consumer, seuls vestiges de leur lanterne, leur permirent toutefois d’estimer que le sol ne devait pas être beaucoup plus éloigné. Aloïs s’en assura en lâchant dans le conduit une torche allumée : le sol, jonché de gravats, était à neuf toises en contrebas, trois toises en dessous du plafond.

Comme de coutume, Aloïs se porta volontaire pour partir en éclaireur. Grâce au pouvoir de lévitation d’Hélébrank, il descendit lentement le long du conduit avec le dégagement désormais habituel d’odeurs florales, avant de s’arrêter au niveau du plafond de la pièce sous-jacente.

Celle-ci était rectangulaire, de trois toises de long sur deux toises de large. Le conduit débouchait dans une alcôve hémisphérique d’une toise de diamètre creusée au milieu du mur sud, long de trois toises. Le sol était jonché de débris provenant de l’éboulement partiel du dit conduit. Un cylindre métallique cabossé semblable à ceux des couloirs « jaune » et « indigo » gisait au sol, couché sur le flanc. Les murs de cette pièce étaient couverts de bas-reliefs, figurant des douzaines de personnages sveltes similaires au gisant du sarcophage. Dans une posture de réprobation, les bras croisés et le sourcil foncé, une expression sévère sur le visage, ils semblaient foudroyer du regard le spectateur. Certains de ces bas-reliefs étaient sérieusement endommagés : têtes manquantes, gros éclats ou bien aspect curieusement fondu. Deux personnages sur le mur est attirèrent particulièrement l’attention d’Aloïs : ils paraissaient tenir entre eux un coffret saillant du mur, partiellement éventré. Au milieu du sol, un grand glyphe ressemblant à une flèche stylisée pointait vers un couloir de deux toises de large s’ouvrant au milieu du mur nord ; non loin, une intersection était visible. Aucun bruit n’était perceptible.

Aloïs remonta silencieusement faire son rapport à ses camarades. Hélebrank entreprit de les faire descendre un à un : d’abord Aloïs et Mathieu, puis Barnabé. Kalen préféra se débrouiller par ses propres moyens, son sort de « Lévitation » étant toujours actif.

Au moment où Hélebrank s’apprêtait à reporter sa concentration sur Khalil, celui-ci s’élança sans attendre vers le cratère.

- « Hé, attends ! », lui cria Hélebrank. « Je n’ai pas eu le temps de… »

Mais déjà Khalil franchissait le rebord du conduit, fonçant tout droit comme s’il voulait descendre en courant sur les murs. Peut-être était-il désireux de faire la démonstration de l’une des techniques mystiques enseignées par ses maîtres ? Nul ne le saura jamais, car il trébucha presque immédiatement sur l’une des très nombreuses aspérités des parois, avant de tomber cul par-dessus tête et de s’écraser neuf toises plus bas sur les gravats, perdant connaissance sous le choc. A sa décharge, il convient de signaler qu’il ne poussa pas le moindre cri durant sa chute, faisant montre d’une remarquable maîtrise de soi.

Mathieu accourut aussitôt et invoqua la puissance de sa divinité tutélaire pour soigner les plus graves de ses blessures, qui fort heureusement restaient encore relativement bénignes.

Lorsqu’il retrouva ses esprits, Khalil ne donna aucune explication à son geste, se contentant de se relever avec un sourire un peu forcé. L’accumulation des contusions issues de deux chutes de grande hauteur et des brûlures subies du fait d’Hélebrank commençait à se faire sentir. Avec ses ecchymoses et ses vêtements roussis, le moine ressemblait de plus en plus à un petit animal aplati sous la roue d’une charrette…

Dès l’arrivée d’Hélebrank, Barnabé lança un sort de « Détection de la Magie » qui lui révéla après quelques instants de concentration la présence d’une aura de faible puissance au niveau du coffret mural, aura dont il ne put déterminer la nature exacte.

Après avoir lancé le même sort, Kalen put lui indiquer qu’il s’agissait de magie de l’Ecole d’Invocation, grâce à ses solides connaissances sur la théorie magique acquises au cours de sa formation au sein de l’Université des Arts Magiques de Greyhawk.

Barnabé se lança ensuite dans un examen approfondi de la pièce, à la lueur de la torche récupérée au sol par Aloïs. Au pied du mur est, à proximité du coffret mural éventré, il trouva parmi les débris une étrange plaquette hexagonale en terre cuite rouge, brisée en deux. Les rapprochant, il put constater que l’une de ses faces portait en relief un motif rond central duquel partaient six lignes rejoignant les six sommets de l’hexagone. Reportant son attention sur le coffret de pierre, et plus précisément sur l’aspect des cassures, il détermina que celles-ci étaient très récentes ; compte tenu de la disposition des lieux, la cause en était très probablement la chute du cylindre de métal. Enfin, se rapprochant au plus près, il trouva dans le coffret mural une seconde plaquette hexagonale de terre cuite rouge, portant les mêmes dessins que la première mais intacte ; concluant qu’il s’agissait probablement de la source de l’aura magique et craignant de deviner ses effets, il l’enveloppa soigneusement dans plusieurs couches de chiffons avant de l’enfouir dans son sac à dos en vue d’un examen ultérieur.

Avant de pousser plus loin leur exploration, Barnabé expliqua à ses compagnons qu’il souhaitait les faire bénéficier d’un autre de ses sortilèges, du nom de « Nyctalopie », qui leur permettrait de voir comme en plein jour et en couleurs, à condition de disposer d’une faible source de lumière. La torche portée par Aloïs ferait fort bien l’affaire. Ses effets viendraient donc compléter ceux du sort de « Vision Sombre collective » dont ils jouissaient déjà.

Ayant recueilli leur approbation unanime, il alluma une petite chandelle et commença à lancer le dit sort sur tous les membres du groupe, chacun à son tour. A sa grande surprise, le sort se disloqua immédiatement et inexplicablement lorsqu’il fut lancé sur Hélebrank, ceci bien que sa trame ait été correctement tissée. Toutefois, à la seconde tentative, tout se déroula normalement…

Ces préparatifs achevés, Mathieu et Aloïs prenant la tête, ils empruntèrent le couloir se dirigeant vers le nord, atteignant non loin de là une intersection.

En face, le couloir se poursuivait sur quatre toises jusqu'à un escalier descendant, manifestement inondé, passant devant deux alcôves carrées peu profondes.

A gauche, un couloir d’accès de deux toises de large comme de long débouchait sur une longue salle dans laquelle huit stèles de pierre étaient disposés en deux rangées de quatre, de part et d’autre d’une travée centrale menant jusqu’à une grande statue au fond de la pièce. Les compagnons n’eurent guère le temps d’examiner plus avant cette pièce, un chœur de cliquetis furieux en provenance de l’embranchement de droite captant toute leur attention.

Un couloir d’accès aux dimensions identiques à celui de gauche débouchait sur une pièce de cinq toises de long sur trois toises de large dont les murs nord et sud présentaient un léger dévers (autrement dit, elle était légèrement plus large au niveau du sol qu’au niveau du plafond). A l’opposé de l’entrée, dans une niche du mur est, était situé un bassin ovale de marbre blanc appuyé contre un muret d’un peu moins d’une toise de haut, au large sommet plat. Une pâte orange et grumeleuse, dont l’aspect n’était pas sans rappeler celle de vomissures, débordait par-dessus le rebord du bassin, haut de deux pieds, recouvrant la quasi totalité du muret ainsi qu’une bonne partie du sol de l’extrémité est de la pièce. Des milliers de petits scarabées à la carapace d’un bleu brillant y grouillaient, découpant de leurs mandibules cette substance crayeuse. Une énorme masse organique ayant l’aspect du papier mâché, probablement un nid, bouchait complètement le coin sud-ouest de la pièce. Les bruits insectiles furieux provenaient d’un flot compact de scarabées qui, ayant perçu une présence étrangère, s’en déversait.

- « Reculez et mettez-vous à l’abri ! J’en fais mon affaire », ordonna Hélebrank en s’avançant dans le couloir d’accès, très sûr de lui, comptant rééditer son exploit et incinérer l’essaim avec son pouvoir d’ « Eruption d’Energie » comme il l’avait fait dans la salle du sarcophage.

Hélas, jetant un dernier coup d’œil en arrière pour s’assurer que tous s’étaient reculés à bonne distance, il mésestima le temps nécessaire à l’essaim pour se rassembler, et parvint tout juste à mettre en place en catastrophe une « Armure Inertielle » invisible avant d’être englouti par celui-ci… Malheureusement, si ce pouvoir lui offrait une protection relativement efficace contre les morsures, il n’était d’aucune utilité contre les secrétions acides qui lui rongeaient la peau. Souffrant le martyre, Hélebrank ne put maintenir longtemps sa concentration, laissant s’abaisser ses défenses.

Entendant ses cris, Aloïs tourna le coin du couloir et se porta immédiatement à son secours, tentant de brûler autant de scarabées que possible avec sa torche. Mathieu chercha une torche dans son sac à dos. Khalil rejoignit Hélebrank, et entreprit de retirer à la main les insectes voraces un à un, sans effets notables. Barnabé, lui, conscient de ne disposer d’aucun moyen d’action efficace, choisit de se positionner dans le couloir de gauche et de préparer sa fronde afin de parer à une éventuelle mauvaise surprise.

- « Kalen, fais quelque chose ! Il va se faire bouffer ! », cria Aloïs, constatant que la méthode qu’il employait était efficace mais ne permettrait pas de dégager Hélebrank à temps pour le sauver.
- « Euh… Mais quoi ? J’ai pas de sorts de Feu, moi ! », lui répondit Kalen, hésitant sur la conduite à tenir.
- « On s’en fout ! Improvise, mais fais quelque chose ! »

Dans l’affolement, Kalen lança le premier sort qui lui passa par la tête, à savoir celui de « Décharge Statique ». Une étincelle de couleur bleutée jaillit de sa main pour venir frapper le dos d’Hélebrank, grillant au passage une malheureuse demi-douzaine de scarabées. L’effet fut toutefois décisif : Hélebrank, déjà à deux doigts de perdre connaissance, s’écroula comme une masse, assommé. Les scarabées, aucunement troublés, poursuivirent leur repas.

- « Oups… Mauvaise pioche », commenta piteusement Kalen.

A cet instant, surgit du nid la reine de la colonie, un scarabée géant d’une demi-toise au garrot. Se positionnant face au couloir d’accès, elle projeta un nuage de gouttelettes d’acide depuis son orifice buccal. Hélebrank et Khalil furent copieusement aspergés, tandis qu’Aloïs parvenait par pure chance à passer entre les gouttes.

Khalil riposta de suite d’un coup de son bâton ferré, mais sans doute aveuglé par l’acide ne parvint pas à toucher cette cible pourtant facile. Mathieu, conscient que la situation d’Hélebrank était désespérée, ignora pour l’instant ce nouvel adversaire, tentant sans succès d’allumer sa torche avec un briquet à amadou pour se joindre à Aloïs, qui lui-même redoubla d’efforts, tentant désespérément de sauver un Hélebrank inconscient. Barnabé, faute de ligne de tir dégagée, se borna à poursuivre sa surveillance des arrières.

- « J’ai trouvé ! » cria soudainement Kalen sur un ton victorieux. « Aloïs, je vais te jeter un sort. Surtout tu ne résistes pas à ses effets, tu m’as bien compris ? »

Puis, sans attendre véritablement de réponse, il entreprit de lancer celui des sorts de son répertoire qu’il estimait être le plus adapté à la situation, à savoir celui de « Transposition Bénigne ». Deux rayons bleutés nimbés d’étincelles jaillirent de sa main vers Aloïs et Hélebrank qui, dans un flash de lumière bleutée et un bruit de tintement, échangèrent leur position et leur posture.

Hélebrank, encore fumant et inconscient, plus mort que vif, se retrouva debout à la place d’Aloïs avant de s’écrouler au sol. A l’inverse, Aloïs se retrouva par terre à la place encore occupée un instant plus tôt par Hélebrank, recouvert par l’essaim de scarabées. Après un court instant de panique, il constata que grâce au sort d’ « Armure de Mage » de Kalen dont il bénéficiait depuis l’entrée dans le cairn, il ne ressentait ni les effets de leurs morsures ni celui de leurs secrétions acides. Il put donc se redresser en position assise et continuer posément à les brûler à l’aide de sa torche, tandis que Kalen s’affairait à rincer les plaies d’Hélebrank à l’eau claire.

L’échange de coups entre Khalil et le scarabée géant se poursuivit, au léger avantage du moine qui parvint à toucher son adversaire sans être coupé en deux par ses mandibules claquantes.

Constatant qu’Hélebrank était temporairement hors de danger, et très heureux de pouvoir enfin se mesurer à un adversaire palpable, Mathieu abandonna sac à dos et torche pour venir lui aussi au contact du scarabée géant, bouclier en avant et hache levée.

Il fut accueilli par un nouveau jet d’acide, qui constitua le « baroud d’honneur » de la reine des scarabées. Un instant plus tard, le thorax fracturé par un coup de bâton bien placé, elle succombait au premier coup de hache.

Ne resta plus à Mathieu qu’à allumer sa torche à celle d’Aloïs. Leurs efforts conjoints étant rapidement venus à bout des derniers scarabées, il put se porter au chevet d’un Hélebrank mourant et invoquer un miracle de « Soins des Blessures » pour redonner à sa pauvre carcasse écorchée un peu de peau toute neuve, d’un joli rose. Ses blessures, d’une gravité extrême, étaient toutefois encore loin d’être guéries. Vint ensuite le tour de Khalil, qui lui aussi avait été durement touché par les projections acides. Enfin, toutes actions urgentes accomplies, il prit le temps d’une action de grâce, mettant genou à terre pour remercier Heironéous d’avoir guidé sa hache durant ce combat.

Par prudence, avant de pénétrer dans la pièce, les compagnons convinrent de mettre le feu au nid des scarabées, qui prit feu sans difficultés, mettant cinq longues minutes à se consumer entièrement en dégageant une épaisse et âcre fumée noire. Fort heureusement, grâce aux plafonds hauts de trois toises et à l’appel d’air créé par le conduit d’accès ouvrant sur la salle aux sarcophages, les compagnons qui s’étaient réfugiés dans la salle au coffret n’en furent pas trop incommodés.

Une fois la fumée dissipée, Barnabé se posta au seuil de la pièce pour une « Détection de la Magie » en règle. Il fut récompensé par une impressionnante moisson de six auras magiques, qu’il put identifier avec l’aide de Kalen : une aura faible d’Enchantement au niveau du bassin, une aura faible d’Air au niveau des décombres fumants du nid, et quatre auras faibles dans le coin sud-est de la pièce, dont trois de Nécromancie et une de Thaumaturgie.

Suivant ses indications, Aloïs et Barnabé entreprirent de fouiller la pièce de fond en combles. Ils ne furent pas longs à trouver dans les cendres du nid le squelette calciné d’une main humaine, portant au doigt un anneau d’argent orné sur son pourtour d’une frise de plumes stylisées.

Dans le coin sud-est de la pièce, entièrement recouvert de pâte orange durcie, trois bosses suspectes de forme oblongue retinrent leur attention. A l’aide de sa fidèle perche d’une toise et demie, Aloïs dégagea trois squelettes humains bien « nettoyés » par les scarabées, revêtus d’armures de cuir rouge maculées, arborant chacune une étrange étoile à huit branches sur le sein gauche. Sans qu’il puisse mettre le doigt sur le lien, ce symbole rappela à Aloïs les récits des aventures de jeunesse du célèbre Mage Mordenkainen, et plus particulièrement celles liées à l’exploration de Castel Maure, siège aujourd’hui en ruines d’une Maison Noble suéloise versée dans les arcanes de la magie hermétique.

Une bourse moisie portée par l’un des squelettes se révéla contenir trois fioles emplies d’un liquide rosé phosphorescent, opaque et homogène, ainsi qu’une perle d’aspect ordinaire. Kalen put leur confirmer qu’il s’agissait des sources respectives des auras de Nécromancie et de Thaumaturgie.

Quant à l’aura d’Enchantement, il fut établi qu’elle provenait du bassin ovale lui-même ; sa fonction exacte restait toutefois mystérieuse. Un sort de « Détection des Portes Secrètes » lancé par Barnabé ne révéla rien de plus.

Convaincus d’avoir procédé à une fouille aussi exhaustive que possible de l’endroit, les compagnons décidèrent de porter pour la première fois toute leur attention sur la pièce de gauche, et constatèrent qu’en termes de forme et de dimensions, elle était l’exact reflet de celle de droite : même couloir d’accès de deux toises de long, même murs en dévers, etc. Elle n’en différait que par son aménagement : huit stèles de pierre de la taille d’un homme, s’élevant à trois pieds du sol, étaient disposées en deux rangées le long des murs nord et sud. Sur l’une d’elles, la troisième à droite en entrant, gisait de tout son long un cadavre trop ancien pour puer encore, apparemment humain. L’état de son crâne, éclaté comme une pastèque trop mûre, rendait difficile toute identification. Son armure de cuir rouge était la seule note de couleur dans la pièce, sinon plutôt terne. Au bout de la travée centrale, contre le mur ouest, une petite estrade de pierre occupait tout le fond de la pièce, sur laquelle était érigée une statue d’argile rouge représentant un fier et puissant guerrier maniant un grand gourdin à tête cylindrique. Bien campé sur ses jambes, il semblait surveiller la pièce.

Barnabé lança une nouvelle « Détection de la Magie », constatant la présence de huit faibles auras magiques d’un type qu’il ne put identifier au niveau de chacune des stèles de pierre. Appelé à la rescousse, Kalen ne put faire mieux.

- « Je ne sais pas pour vous », commença Aloïs, « mais j’ai le même pressentiment que dans le couloir au visage. Ca sent l’attrape-benêt à pleins naseaux. »
- « Pareil pour moi », opina Barnabé, « cette statue ne me dit rien qui vaille. A mon avis, le crime est signé : ce cadavre porte la trace de son gros gourdin. Et pourtant, elle n’a pas d’aura magique. »
- « Peut-être », intervint Kalen, « mais ça ne me rassurerait que si je parvenais à me rappeler si un golem est censé avoir une aura magique… La Magie d’Enchantement n’est pas ma tasse de thé. »
- « Bon, on entre ou non ? » demanda Aloïs.
- « On entre », trancha Mathieu. « Et si elle bouge, on tape. »

C’est donc avec la plus grande circonspection que les compagnons pénétrèrent dans la pièce. Bien qu’ayant les yeux rivés sur la statue, ils ne furent pas pour autant pris au dépourvu lorsque Aloïs tomba nez à rostre sur un second scarabée géant qui, apparemment assoupi derrière la première stèle de droite, se redressa péniblement sur ses pattes et sortit de son abri en claquant maladroitement des mandibules, comme résigné à connaître un sort funeste. Les compagnons profitèrent de son apparente léthargie pour l’abattre sans coup férir en quelques secondes.

Durant le combat, alors qu’il tentait de contourner le scarabée pour frapper le scarabée géant de son épée courte tout en laissant du champ à Mathieu et Khalil, Aloïs eut le malheur d’effleurer l’une des stèles, et ressentit aussitôt une immense fatigue s’abattre lourdement sur ses épaules, comme une chape de plomb. Informés de la chose après coup, ses compagnons en tirèrent la conclusion que les stèles devaient inciter quiconque les touchait à s’allonger pour un petit somme, que la statue devait ensuite rendre éternel à grands coups de gourdin. A compter de cet instant, iIs prirent garde à rester à bonne distance des stèles.

Un examen plus attentif du cadavre confirma qu’il était fort ancien, comme momifié, et que son crâne avait été littéralement pulvérisé par un ou plusieurs coups portés de bas en haut, en plein visage. Il portait une armure de cuir rouge orné de l’étoile à huit branches comme les trois squelettes de la pièce voisine, mais en bien meilleur état. Sur l’annulaire de sa main gauche, il portait une lourde bague en argent, prestement récupérée, sans autres marques distinctives que deux poinçons, celui du Duché d’Urnst certifiant du bon aloi de l’alliage utilisé, et celui d’un orfèvre inconnu.

Durant tout cet examen, Mathieu ne quitta pas de l’œil la statue, hache et bouclier prêts au combat. Au grand soulagement des compagnons, elle resta de marbre, ou plutôt de terre cuite.

Sortant avec précipitation de la pièce, ils suivirent le couloir central jusqu’à la paire d’alcôves symétriques aperçue précédemment, constatant qu’elles étaient de dimensions identiques : larges d’une toise, hautes d’une toise et demie et profondes d’une demi-toise, avec un mur du fond creusé de douze casiers cubiques d’environ un pied de côté, disposés en quatre rangées de trois. Tous étaient vides, leur contenu devant avoir été pillé de très longue date. Une toise plus loin le long du couloir, un escalier assez raide descendait vers une vaste salle inondée, l’eau arrivant au niveau de la troisième marche, moins d’une demi-toise en dessous du plafond.

Les compagnons décidèrent de souffler un peu avant de reprendre leurs explorations, dédaignant le confort apparent du dortoir à la statue pour s’installer au niveau des alcôves.


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BAIGNADE EN EAU DURE
(séance du 11 septembre 2009)

1er Jour de l’Eau du Mois des Semailles
de l’Année Commune 595 (fin de matinée)
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D’un naturel impatient, Aloïs ne fut pas long à aller s’accroupir sur la dernière marche à pied sec de l’escalier pour jeter un petit coup d’œil dans la salle immergée, avant de revenir faire son rapport à ses camarades.

- « On dirait qu’il y a un grand pilier couleur sable de deux toises de côté juste en face de l’escalier, à deux toises et demi de l’entrée de la salle. Je n’ai rien pu voir d’autre, à cause des murs de l’escalier qui me bouchent la vue. »
- « C’est profond ? », lui demanda Barnabé.
- « Je n’en sais rien », avoua Aloïs. « L’eau est assez claire, mais pas au point de me permettre de voir le fond, même avec ta vision magique. Mais si l’escalier descend sur toute sa longueur avec la même pente et sur la même distance que le plafond, le sol de la salle est très précisément à trois toises en dessous de nous. C’est cohérent avec la hauteur des plafonds des autres salles du complexe, qui sont également de trois toises : regardez, le plafond de la salle immergée est pile poil au niveau du sol du couloir où nous nous trouvons. »
- « Tu peux dire ça rien qu’en regardant le plafond ? », intervint Hélebrank, un rien interloqué.
- « Ben oui. Mon papa m’a toujours dit que j’avais le compas dans l’œil et que j’étais né pour être cartographe. C’est juste que ça m’ennuie, comme travail, moi je préfère l’aventure… »
- « Très bien, merci Aloïs. Abordons le problème de façon rationnelle et organisée », le coupa Barnabé. « Que ceux d’entre vous qui savent nager lèvent la main ! »

Aloïs, Kalen et Khalil s’exécutèrent aussitôt.

- « Moi, je ne sais pas », commença Hélebrank, en levant timidement le doigt à son tour.
- « Et bien, ne lève pas la main, alors ! »
- « Non, tu ne comprends pas », insista Hélebrank. « Je ne sais pas si je sais nager. Je n’en ai aucun souvenir. Mais d’un autre côté, lorsque j’ai repris connaissance au bord du lac, j’étais trempé de la tête aux pieds. Alors peut-être que je sais nager et que je l’ai traversé. »
- « Je vois… », soupira Barnabé. « On va considérer que tu ne sais pas nager, c’est plus prudent. Bon, fort heureusement, je dispose d’un sort de ‘Respiration Subaquatique’ qui devrait nous permettre d’explorer la salle à loisir, sans crainte de la noyade. »
- « Super ! », commenta Aloïs. « On peut y aller alors, ceux qui ne savent pas nager n’auront qu’à marcher au fond. Ca devrait être facile pour toi Mathieu, avec le poids de ton armure. »
- « Pas si vite, jeune homme », le rabroua Barnabé. « Nous n’allons nulle part pour l’instant. Hélebrank et Khalil sont trop gravement blessés pour aller ne serait-ce qu’une toise plus loin; ils vont avoir besoin de temps pour récupérer. »

Se tournant vers les deux éclopés en question, il poursuivit sur sa lancée.

- « D’ailleurs, puisqu’on en parle, ce serait bien que la prochaine fois vous vous protégiez un petit peu plus. Vous êtes les seuls à avoir refusé de bénéficier de la protection du sort de Kalen, et on voit le résultat. »
- « Ce n’est rien. Je préfère continuer comme cela », objecta Khalil, s’efforçant de parler sans trop bouger la mâchoire pour ne pas éclater la peau craquelée recouvrant toute la partie droite de son visage. « Prendre des coups fait partie de mon apprentissage. »
- « La civière aussi, elle fait partie de l’apprentissage ? », persifla Barnabé.
- « Tout à fait. Abrupt et cahoteux est le chemin qui mène à l’Excellence. »
- « C’est ton enterrement, mon gars », lui répondit Mathieu. « Moi en tous cas, je ne peux plus rien faire pour tes blessures avant demain. Je vote pour quelques jours de repos. »
- « Alors là c’est complètement impossible ! », protesta Aloïs. « Je vous rappelle que Khellek va revenir d’un jour à l’autre, et qu’il ne sera pas trop content de nous voir… On doit absolument avoir tout exploré avant son retour ! »
- « Tout à fait d’accord. Il est hautement improbable que nous ayons de sitôt une aussi belle opportunité de quitter cette ville pourrie la tête haute et les poches pleines » opina Kalen.
- « Quelques petites heures de repos au moins, alors ? » glissa Hélebrank, conciliant. « Je pense que je pourrai faire quelque chose pour mes blessures d’ici cet après-midi. »
- « Très bien ! » conclut Barnabé. « Je suggère que nous mettions à profit ces quelques heures de pause forcée pour planifier à l’avance l’exploration de cette salle immergée, au lieu d’improviser au fur et à mesure. Cela nous changerait. »
- « Oh oui ! Comme pour préparer une expédition en terre inconnue ! » approuva Aloïs, se prenant au jeu. « Je vois deux problèmes à régler : le premier, c’est la respiration, mais tu t’en charges ; le second c’est la lumière. »
- « Il y en a un troisième : nous allons devoir laisser certaines de nos affaires dernière nous », enchaîna Barnabé. « L’eau, c’est pas bon pour le papier. »
- « Hein ! Dans ces conditions, je refuse d’y aller ! » protesta Kalen. « Il est hors de question que je laisse mon grimoire ici, à la merci du premier venu ! »
- « Ah ? Tu as besoin de ton grimoire pour lancer tes sorts ? » lui demanda Aloïs.
- « Euh, non », répondit Kalen, « mais je ne le quitte jamais. C’est trop précieux, je dors même avec. »
- « Je vois ce que c’est… », le coupa Barnabé. « Bon, quitte à se reposer, pourquoi ne pas carrément ressortir et aller mettre les objets qui craignent l’eau à l’abri, bien cachés dans le bâtiment minier ? »
- « Qu’on les laisse ici ou là-bas, quelle différence ? » s’interrogea Aloïs.
- « Ici n’importe qui peut entrer ! C’est ouvert ! » rétorqua Barnabé.
- « Y’a quand même pas foule, comme visiteurs », tempéra Mathieu.
- « M’en fous ! C’est mon grimoire, merde ! Il suffit d’un voleur pour qu’il disparaisse…. Je vous préviens, il est hors de question que je m’en sépare ! » explosa Kalen, apparemment fermé à toute discussion rationnelle sur le sujet.
- « Il y a des mécanismes partout, dans ce cairn. Peut-être qu’il y en a un pour faire baisser le niveau de l’eau ? », hasarda Hélebrank, tentant de faire dévier la conversation vers un sujet plus consensuel.
- « Ah oui, bonne idée », renchérit Aloïs. « Il suffit de trouver la bonde. Mais va falloir quand même aller dans l’eau, parce que le plus souvent elle est au fond. »
- « On va être obligés d’envoyer des éclaireurs, puisque Kalen ne veut pas y aller », reprit Barnabé, anéantissant en une phrase les trésors de diplomatie déployés par ses camarades.
- « J’ai une idée ! », dit Aloïs, s’adressant à Barnabé. « Et si tu jetais ton sort sur Hélebrank et qu’il descendait dans l’eau avec ses yeux qui jettent de la lumière ? Et non on nagerait au dessus. Comme ça on verrait bien le fond de la salle, et en plus ce serait super joli ! »
- « Même pas besoin de son sort », renchérit Hélebrank, heureux de faire valoir ses capacités. « Je peux faire comme dans la mine. Vu qu’il y a beaucoup de poussière, et que la location des masques de protection coûte vraiment trop cher, et bien maintenant j’arrête de respirer pendant le travail pour ne pas tousser. »
- « Ah oui, ça c’est une trouvaille. On se demande bien pourquoi tout le monde ne fait pas pareil », ironisa Kalen, redevenu lui-même. « Votre plan est bien beau, mais il a pour défaut majeur d’impliquer la séparation de notre groupe, ce qui n’est que rarement une bonne chose ! »
- « Tu es bien gentil, mais tu commences à nous les briser menu : tu ne veux pas aller de l’avant, tu ne veux pas qu’on te laisse en arrière… Il n’est pas question de se séparer, mais d’envoyer des éclaireurs reconnaître le terrain, nuance ! », intervint Mathieu, très à l’aise sur ces questions de tactique.
- « Exactement. Ce qui nous permettra de savoir où aller tous ensemble d’ici quelques heures, une fois bien reposés », renchérit Barnabé en appuyant distinctement sur certains mots.

La discussion étant close sans qu’aucune majorité ne se soit clairement dessinée, les compagnons s’installèrent de plus ou moins bonne grâce dans le couloir. Mais très vite, les partisans d’une reprise immédiate de l’exploration, Khalil en tête, ne purent rester en place et entreprirent de retourner dans la salle de l’essaim pour soumettre à un nouvel examen le bassin empli d’une pâte grumeleuse et orange. Kalen leur confirma qu’une faible aura de magie d’Enchantement en émanait.

Grattant du bout de sa perche la pâte séchée qui en recouvrait le bord, Aloïs constata que le bassin était creusé dans un unique bloc de marbre blanc d’une toise de large sur une toise et demie de long et deux pieds de haut, solidement scellé dans le sol. Puis, plongeant sa perche dans le gruau frais, il estima la profondeur du bassin lui-même à moins d’un pied.

Khalil renifla le résidu gluant et grumeleux resté collé sur la perche d’Aloïs, et ne lui trouva qu’une très légère odeur piquante. Il n’osa toutefois pas pousser l’expérience jusqu’à le goûter.

Puis Aloïs retourna chercher une pierre de forme à peu près plate dans la pièce d’accès, et l’utilisa pour écoper le contenu du bassin, répandant sur le sol quelques bolées de bon gruau. A la satisfaction des trois compères, le bassin se remplit à nouveau jusqu’à ras bord quelques instants plus tard, confirmant l’une de leurs hypothèses quant à sa fonction.

Estimant avoir fait le tour de la question, et peu désireux de poursuivre leurs investigations dans la salle à la statue de peur d’en provoquer l’animation, ils rejoignirent leurs compagnons au sommet de l’escalier.

Là, Aloïs demanda à Barnabé de lui faire bénéficier de son sort de ’Respiration Subaquatique’ « juste pour jeter un petit coup d’œil rapide sous l’eau ». Sans doute le hobniz commençait-il lui aussi à ressentir les effets de l’ennui ; aussi accéda t’il à cette demande sans émettre d’objections, malgré ses bonnes résolutions initiales.

Aloïs prit le temps de se défaire de son sac et de la majeure partie de son matériel, ne conservant que sa cuirasse de cuir bouilli et son épée courte, puis se noua solidement autour de la taille sa fidèle corde, dont il tendit l’autre extrémité à Mathieu. Ainsi paré, il descendit l’escalier. L’eau, abritée des rayons du soleil depuis qui sait combien de siècles, était glacée. Aloïs en eut littéralement le souffle coupé, et regretta amèrement que la magie de Barnabé n’ait pas également pour effet de le protéger du froid. Il poursuivit néanmoins sa descente, marche après marche, jusqu’à atteindre le sol de la salle immergée, effectivement situé trois toises en contrebas.

Depuis le seuil de cette salle, il put apercevoir deux autres piliers également carrés, d’une demi toise de côté, disposés de part et d’autre du pilier central dans le prolongement de ses diagonales. Son point de vue limité ne lui permit pas de vérifier si à l’autre bout de la salle deux autres piliers complétaient ce schéma. Par contre, nettement visibles, s’ouvraient dans les murs à droite et à gauche de la salle deux couloirs d’une toise de large sur deux de haut, invisibles depuis le haut de l’escalier car immergés. Enfin, au pied du pilier central, sur chacune de ses faces visibles, était disposé un bassin en demi-lune au rebord peu élevé surplombé à huit pieds de hauteur par deux épaisses tiges métalliques incurvées vers le bas.

Gelé jusqu’à la moelle des os et ne souhaitant pas pousser trop loin sa chance, Aloïs remonta les escaliers aussi silencieusement qu’il les avait descendus pour, dans l’ordre décroissant de ses priorités, se sécher, s’emmitoufler dans une couverture chaude, et faire à ses compagnons, entre deux claquements de dents irrépressibles, un rapport fidèle de ce qu’il avait vu.

Kalen proposa alors ses services pour achever la reconnaissance de la salle, expliquant qu’il disposait d’un sort de Divination lui permettant de « voir à distance », susceptible donc de permettre une exploration confortable de la salle immergée sans avoir à se mouiller, au propre comme au figuré. Enthousiastes, ses compagnons le prièrent de mettre aussitôt son plan à exécution. Kalen avait toutefois omis de les prévenir de ce que le lancement de ce sort nécessiterait vingt longues minutes d’incantations…

Compte tenu de l’échec de sa première tentative, évènement tellement habituel chez lui qu’il ne surprenait plus guère ses camarades, ce n’est donc que quarante minutes plus tard qu’il émergea de sa concentration et commença à scruter intensément une petite bille de verre qu’il tenait au creux de sa main.

- « Par le Bourdon de Boccob ! » s’écria t’il, dépité.
- « Alors, qu’est-ce que tu vois ? », le pressa AloÏs, piaffant d’impatience.
- « Et bien… Rien. Je vois du noir », dut admettre Kalen.
- « Comment ça, rien ? Ton sort ne fonctionne pas ? » insista Hélebrank.
- « Mais si, il fonctionne », se justifia Kalen, « mais, euh, il m’était sorti de l’esprit que la ‘Seconde Vue mineure’ est incompatible avec les sortilèges de vision augmentée, et comme il n’y a pas de source de lumière dans l’eau… Oh ça va, hein ! » dit-il haussant le ton devant les rires incrédules de ses compagnons, « si vous n’êtes pas contents… »

Taraudé par sa curiosité naturelle que quarante minutes de suspense n’avaient guère contribuées à apaiser, Barnabé décida d’aller voir par lui-même ce qu’il y avait de l’autre côté du pilier central. Pour ce faire, il utilisa sur lui son sort de ‘Pas de l’Araignée’, croquant sous la dent l’araignée vivante qui en constituait la principale composante matérielle, puis entreprit de faire le tour de la salle dans le sens inverse des aiguilles d’une horloge, à quatre pattes au plafond. Il put ainsi vérifier qu’il y avait bien là-bas une seconde paire de piliers disposés symétriquement à la première, ainsi qu’une troisième ouverture également immergée dans le mur du fond, à l’exact opposé des escaliers. Il ne parvint toutefois ni à apercevoir ce qui se trouvait au-delà des dites ouvertures, ni à vérifier si la quatrième face du pilier central était elle aussi pourvue d’un bassin, la portée de sa vision magique se révélant très limitée dans l’eau.

Toutefois, alors qu’il achevait le tour de la salle, il s’aperçut de la présence d’un étrange remous à la surface de l’eau, comme si un courant s’était inexplicablement mis à tournoyer dans le même sens que lui. Le cœur battant, il scruta les profondeurs quelques instants sans rien apercevoir de suspect, puis rejoignit aussi vite que possibles ses compagnons et la sécurité relative de l’escalier.

Entamant à son tour le récit détaillé de son exploration, il eut à peine le temps d’évoquer l’étrange courant aperçu que déjà, sans un mot d’avertissement, Khalil s’était jeté à l’eau et s’éloignait vers le pilier d’une nage puissante, prenant de court ses compagnons.

Hélebrank fut le premier à réagir. S’élançant vers le haut de l’escalier, il arriva juste à temps pour voir deux vagues se former de part et d’autre de Khalil, se refermer sur lui et l’entraîner à une vitesse stupéfiante vers les profondeurs de la salle.

- « Aux armes ! » cria t’il, « On attaque Khalil ! »
- « C’est tout de même invraisemblable que ce soient encore les deux éclopés qui se précipitent en avant dans la gueule du loup ! » grommela Barnabé en réponse.


Smarnil le couard wrote:
Author’s note, to frustrated English speakers : do a story written in french have its place on Paizo’s forum ? Well, I think so (until proven wrong by the webmaster, of course), because it’s based on the Age of Worms, which is Paizo’s sweet baby. I am conscious that most of you won’t be able to read it, but I also do know that I couldn’t write something enjoyable in english, even if the life of my favourite character depended on it.

Role-playing is international. Paizo is international. I doubt anyone would say that there is not a place for 'foreign' language posts.

Plus, there's always Google Translate!

Hope your game goes well - I've got a journal for my AOW character too - here. Take a look if you'd like!

Taldor

It had been a while. :)


Moonbeam wrote:
It had been a while. :)

Indeed. We made a break during summer, but have played two times since (on 9/11 and 11/7), so I have got plenty of material.

The PCs just met Alastor's ghost, in fact. They are going to try to recover his bones, which they buried in Diamondlake burial ground... despite the watchful eyes of Wee Jas cultists. Fun and mayhem for all !

I will post again next week.


Matt Devney wrote:

Role-playing is international. Paizo is international. I doubt anyone would say that there is not a place for 'foreign' language posts.

Plus, there's always Google Translate!

Hope your game goes well - I've got a journal for my AOW character too - here. Take a look if you'd like!

Welcome on board! Sure there is Google, but I am afraid the end result will be... weird.

I will gladly take a look at your journal.


Hmm... the results are slightly grammatically incorrect, but it's surprising just how good it is to be honest!

Thanks for the interest in my journal. It's taking a while to get the right tone, but I'll at least update regularly. Hopefully!


Matt Devney wrote:

Hmm... the results are slightly grammatically incorrect, but it's surprising just how good it is to be honest!

Thanks for the interest in my journal. It's taking a while to get the right tone, but I'll at least update regularly. Hopefully!

I am glad that it works so well, because I always intended to translate it in english, one day... A automated translation could be a good starting point.

Speaking about your journal, is "snorter" your GM? The same one as "snorting tip-sniffer"? I think I recognized some plot elements of which we talked together on other threads.

Qadira

J'ai été étonné. Trouvez-vous facile à utiliser Hero Système puis Donjons et Dragons? Ou c'est juste une préférence personnelle. J'ai trouvé certains aspects du Hero System frustrant. Principalement dans le fait que personne ne peut s'entendre sur le même niveau de pouvoir de concevoir les personnages. Je n'ai pourtant jamais utilisé auparavant pour la fantaisie et en tant que tel, je ne suis pas sûr comment il est possible à cet effet. S'il vous plaît excuser mon français, il n'est pas toujours très bon.


Smarnil le couard wrote:
Speaking about your journal, is "snorter" your GM? The same one as "snorting tip-sniffer"? I think I recognized some plot elements of which we talked together on other threads.

He is! Yes, the same one as the tip-sniffer. My profile has the link to his page, and he links to mine.

And just so you know, I am honour-bound to avoid any tip-sniffing posts, so I don't 'spoil' my own campaign. :-)


Crimson Jester wrote:
J'ai été étonné. Trouvez-vous facile à utiliser Hero Système puis Donjons et Dragons? Ou c'est juste une préférence personnelle. J'ai trouvé certains aspects du Hero System frustrant. Principalement dans le fait que personne ne peut s'entendre sur le même niveau de pouvoir de concevoir les personnages. Je n'ai pourtant jamais utilisé auparavant pour la fantaisie et en tant que tel, je ne suis pas sûr comment il est possible à cet effet. S'il vous plaît excuser mon français, il n'est pas toujours très bon.

Hi there.

Using the Hero System is, in fact, a matter of preference. Some of my players have a old dislike for D&D and its class system, and prefer more freedom during character creation. In my opinion, this became much less true with the third edition.

I think I didn't understand your point regarding the 'niveau de pouvoir' (power level). What are you speaking about? Character Points allocation? For these, the decision belongs to the DM.

Of course, as a DM, I also had to come up with a magic system including guidelines to tell who can learn which spell, and how. Otherwise, everybody would tend to come up with mega combat spells to the exclusion of everything else.


Matt Devney wrote:
Smarnil le couard wrote:
Speaking about your journal, is "snorter" your GM? The same one as "snorting tip-sniffer"? I think I recognized some plot elements of which we talked together on other threads.

He is! Yes, the same one as the tip-sniffer. My profile has the link to his page, and he links to mine.

And just so you know, I am honour-bound to avoid any tip-sniffing posts, so I don't 'spoil' my own campaign. :-)

Well met. You can safely read my players' antics, because they just completed the first part of the whispering cairn, and because I came up with very different choices regarding some plot elements than Mr Snorter.


Les premières secondes qui s’ensuivirent ne furent que confusion, faux départs et bousculades, chacun réagissant instinctivement et sans concertation à ce combat auquel ils n’étaient pour la plupart guère préparés.

Seul Aloïs faisait exception à cette règle, puisqu’il bénéficiait toujours du sort de Respiration Subaquatique de Barnabé. Prenant juste le temps de renouer sa corde autour de sa taille et d’en confier l’autre extrémité à Kalen, il plongea l’épée courte à la main à la recherche de l’agresseur de Khalil.

Le premier mouvement de Barnabé fut de se précipiter à la rescousse du moine en courant de toute la vitesse de ses quatre pattes sur les murs de la salle, mais il dut presque immédiatement rebrousser chemin à la demande insistante de ses camarades restés à pied sec, qui réclamaient à corps et à cris de pouvoir eux aussi respirer sous l’eau. Contrarié et sous pression, il commit une erreur cruciale dans le tissage de la trame de son sortilège et dut s’y reprendre à deux fois avant de conférer cette capacité essentielle à Mathieu, Kalen et Hélebrank, piaffants d’impatience. Kalen et Mathieu mirent toutefois à profit cette attente, le premier en se lançant un sort de Lévitation mineure, le second en invoquant la grâce d’Heironéous pour enchanter son épieu et son stylet.

Un temps précieux fut ainsi perdu, durant lequel Khalil dut s’efforcer d’échapper par ses propres moyens à l’étreinte mortelle de son adversaire. Il y réussit une première fois, parvenant tout juste à reprendre son souffle à la surface avant d’être à nouveau saisi et entraîné au fond de l’eau par la créature, encore plus loin de ses camarades et du secours qu’ils pouvaient lui apporter.

Aussitôt après avoir reçu de Barnabé le sort attendu, environ quinze secondes après le début du combat, Kalen utilisa son sort de Saut Dimensionnel mineur pour se retrouver lévitant en position accroupie à l’aplomb de Khalil, qui venait pour la seconde fois de fausser compagnie à son adversaire et était remonté aussitôt à la surface d’une puissante impulsion de ses jambes. Kalen fut ainsi le premier à le rejoindre, devançant de peu Aloïs, qui nageait à belle allure entre deux eaux.

Il n’eut toutefois pas le temps de lui porter assistance, la créature l’ayant de nouveau saisi et entraîné vers le fond, de l’autre côté du pilier central. Kalen eut ainsi l’occasion d’apercevoir de très près ce à quoi ils avaient affaire : une sorte de vague crevant la surface, mais une vague qui conserverait cohérence et forme sans jamais déferler, dotée de deux appendices tentaculaires utilisés pour saisir le pauvre moine. Deux petites taches noires au beau milieu de son corps amorphe se braquèrent brièvement sur Kalen, semblant le mettre au défi de lui disputer sa proie.

Pendant ce temps, Barnabé continuait à lancer des sorts et à gober des araignées, octroyant successivement la capacité de marcher sur les murs à Hélebrank, puis à Mathieu, apportant ce faisant une contribution indirecte mais essentielle au combat en cours.

Kalen utilisa de nouveau son sort de Saut Dimensionnel mineur pour rattraper la créature, prenant position au fond de l’eau, dos à l’un des couloirs. Au même instant, Hélebrank arriva en vue du combat, se déplaçant à quatre pattes et tête en bas au plafond.

Alors qu’il contournait à la nage le pilier central, Aloïs aperçut un mouvement dans le couloir juste derrière Kalen, mais préféra ne pas essayer de le prévenir, craignant d’au contraire distraire son attention par des cris et borborygmes inintelligibles sous l’eau. Kalen sortit un carreau d’arbalète du carquois qu’il portait à la ceinture et tenta d’en transpercer la créature élémentaire en usant d’un sort de Projectile Télékinétique. Malheureusement, peu habitué à la résistance de l’eau, il exécuta de travers les passes magiques nécessaires et échoua. Hélebrank, bien au sec au plafond et s’abstenant de toute façon de toutes fioritures inutiles, foudroya la créature d’un rayon glacial bien ajusté, la laissant flotter entre deux eaux, inanimée.

Khalil en profita pour remonter à la surface, et reprendre longuement sa respiration. Aiguillonné par la peur de voir la créature élémentaire se réanimer, Aloïs entreprit de lui asséner une grêle de coups rapides mais peu puissants, encore affaiblis par la résistance de l’eau. Ce n’est que bien plus tard, après que l’élémentaire ait repris connaissance malgré ses efforts futiles, lui ait asséné un coup dévastateur, en ait fait de même pour Khalil, et ne soit de nouveau abattue in extremis par un rayon d’Hélebrank, qu’il reprit ses esprits et pensa à frapper fort plutôt que vite, tuant alors sur le champ son adversaire.

Le résultat en fut qu’il ne put intervenir dans le combat qui débuta un instant plus tard, lorsque la seconde créature entrevue précédemment sortit de son couloir, alléchée par la perspective d’un repas facile, pour se diriger vers le pauvre Kalen d’un pas lent et maladroit révélant qu’elle n’était guère à son aise sous l’eau. Sa forme générale était celle d’un humain, mais sa silhouette efflanquée, la couleur blanchâtre de sa chair gorgée d’eau, ses canines effilées, la longue langue qui en jaillissait par intermittence et la lueur surnaturelle brûlant dans ses yeux trahissaient sa véritable nature, celle d’un mort-vivant avide de chair fraîche.

Hélas pour Kalen, dont l’attention était encore entièrement focalisée sur la créature élémentaire, il ne perçut pas l’approche de la ghoule derrière lui. Son attention fut encore détournée un peu plus de son péril imminent par un nouveau rayon de froid d’Hélebrank destiné à son agresseur, qui sembla le manquer d’un cheveu. Mathieu, qui avait rejoint Hélebrank et avait comme lui perçu l’arrivée de ce nouvel adversaire, choisit de se positionner juste à son aplomb, dans l’intention de se laisser tomber sur lui stylet en avant.

Il n’eut toutefois pas le temps de mettre en œuvre ce nouveau concept de charge verticale. Déjà, la ghoule avait saisi Kalen et l’entraînait avec elle dans le couloir. Mathieu l’y suivit, toujours au plafond, la frappant au bras de son stylet. Kalen en profita pour tenter un Saut Dimensionnel mineur dans une judicieuse tentative de dégagement, profitant du fait que ce sort ne nécessitait pas de gestuelles. Hélas, dans l’affolement, il oublia de tenir compte des contraintes de l’environnement et se trompa dans la prononciation de l’incantation.

Il ne put donc rien faire pour empêcher la ghoule de lui croquer goulûment la nuque. Toutefois, la protection conférée par son Armure de Mage lui permit de survivre à cette blessure potentiellement mortelle. La ghoule le laissa dériver entre deux eaux, paralysé et inconscient, pour tourner ensuite toute son attention vers Mathieu. Quelques instants plus tard, Hélebrank le tirait à l’abri des combats, par une Impulsion Télékinétique bien ajustée.

Les vingt secondes qui suivirent se résumèrent presque à un duel singulier entre Mathieu et la ghoule. L’un au sol et l’autre au plafond, tête bêche, ils s’échangèrent coups de stylet et coups de griffe, ponctués ça et là par l’éclat brillant d’une invocation d’énergie divine et les rayons d’énergie sonique d’Hélebrank, qui prenait alternativement pour cible la ghoule et l’élémentaire. Hélas, pris dans l’excitation du combat, Mathieu oublia complètement l’épieu dûment enchanté qu’il portait en bandoulière. De façon prévisible, cet affrontement se termina lorsque la ghoule parvint à le toucher une fois de trop à la tête, le laissant assommé et sans défenses, pendant du plafond les bras ballants comme un beau fruit mûr. Elle ne put résister à la tentation de lui arracher le visage, que son heaume ne couvrait pas, d’un coup de croc gourmand. Une explosion de rouge teinta l’eau.

Kalen, qui non loin de là avait entre-temps repris connaissance, réussit, à sa troisième tentative, à blesser sérieusement la ghoule d’un Projectile Télékinétique, détournant ainsi son attention du pauvre paladin. Mâchonnant goulûment un bout de cartilage nasal, elle se dirigea droit vers lui, mais fut foudroyée par un énième rayon sonique projeté par Hélebrank avant de pouvoir l’atteindre.

Les rescapés consacrèrent ensuite tous leurs efforts à sortir Mathieu de l’eau et à stopper l’hémorragie avant qu’il ne se vide de son sang. Fort heureusement, l’état du blessé se stabilisa de lui-même avant que les soins bien intentionnés mais navrants d’incompétence de ses compagnons ne l’achèvent.

Débuta alors une discussion animée sur la conduite à tenir, discussion à laquelle Hélebrank ne participa pas, préférant repartir sous l’eau examiner les bassins entourant le pilier central. Il put ainsi constater que les tiges métalliques recourbées disposées par paires sur chacune de ses faces étaient en fait creuses, et méritaient donc plutôt d’être qualifiées de tuyaux En fouillant la couche (étonnamment fine) de sédiments déposée au fond des bassins, il découvrit également que sous chacun de ces tuyaux, le sol de pierre était percé de sept trous de l’épaisseur d’un doigt, disposés en hexagone autour d’un trou central, tous soigneusement obstrués par un amas de cailloux et de débris. Il entreprit d’en dégager un puis, cet effort initial ayant été récompensé par un faible courant, se mit à les dégager un à un avant de revenir à la surface.

Aucun des participants à la discussion n’étant assez qualifié pour dire avec certitude si l’état de Mathieu rendait possible son transport, il fut finalement décidé de prendre le risque de l’évacuer vers Lac-Diamant plutôt que d’attendre qu’il se réveille pour se soigner lui-même. Hélebrank fit léviter Khalil tenant lui-même Mathieu dans ses bras, le poussant devant lui pour éviter autant que possible toute secousse, tandis qu’Aloïs partait en avant chercher du secours.

Il courut comme un lièvre jusqu’à Lac-Diamant, traversa la ville en trombe jusqu’au fortin et fit une irruption remarquée dans la chapelle, où le Glorieux Vélias vaquait à ses occupations habituelles. Haletant comme un soufflet de forge, Aloïs lui expliqua en quelques onomatopées que Mathieu avait grand besoin de ses services, demanda à ce qu’il vienne immédiatement, et fit mine de repartir aussitôt à toutes jambes en sens inverse.

- « Holà, mon garçon », coupa le Glorieux Vélias, « tu ne crois tout de même pas que je vais te courir après sur je ne sais combien de lieues. Ce n’est plus de mon âge ! »
- « Mais il est affreusement blessé, Glorieux ! », protesta Aloïs. « Je ne sais pas s’il va pouvoir tenir le temps de vous l’amener ! »
- « Sers-toi donc de ta tête et non de tes jambes, pour changer », le sermonna affectueusement le vieux prêtre. « Je n’ai pas dit que j’allais attendre ici sur mon séant. J’ai plutôt dans l’idée de le jucher confortablement sur une selle, plutôt que de galoper moi-même. Viens donc avec moi aux écuries. Tu sais toujours monter à cheval, non ? »

C’est donc en cet équipage que le Glorieux Vélias et Aloïs, après avoir de nouveau traversé Lac-Diamant au petit trot, partirent à bride abattue sur la Piste d’Urnst, rejoignant les autres membres du groupe à proximité des bâtiments miniers.

- « Salutations à tous », lança Vélias, sautant de selle comme un jouvenceau qu’il n’était pourtant plus. « Je vois que vous ne m’avez pas dérangé pour rien… Si ce n’était son armure, j’aurais eu du mal à reconnaître Mathieu. Maintenant, jeune homme », poursuivit-il en s’adressant à Khalil, « si vous voulez bien le déposer délicatement au sol, que je l’examine… »
- « Mon nom est Khalil ibn Ahmad. Qu’il en soit selon votre volonté », lui répondit l’intéressé.

Sa demande ayant été prestement satisfaite, le Glorieux Vélias entreprit un examen minutieux des hideuses blessures de Mathieu, remettant en place un lambeau de peau par ci, dégageant les voies respiratoires d’un doigt agile glissé dans le cratère lui tenant lieu de nez par là. Après quelques minutes, il reprit la parole.

- « Voila, il devrait pouvoir retrouver un visage reconnaissable. Dites-moi, il a été attaqué par quoi, exactement ? »
- « Un mort-vivant, Glorieux, un vrai ! » s’empressa de lui répondre Aloïs. « Avec des grosses dents, et une langue toute pointue, même que Kalen a été paralysé, pas vrai Kalen ? »
- « Tout à fait. Elle m’a également mordu. Il s’agissait d’une ghoule je pense », confirma celui-ci.
- « Très bien, la description me semble en effet correspondre », opina le vieux prêtre. « Y’en a-t-il d’autres parmi vous qui aient été blessés par cette créature ? »

Personne d’autre ne s’étant manifesté, le Glorieux Vélias commença à invoquer d’une voix puissante la grâce divine d’Heironéous pour accomplir un miracle de guérison. Puis il posa délicatement sa main droite, nimbée d’une vive lumière argentée, sur le visage de Mathieu. L’aura lumineuse fut comme absorbée, et durant une fraction de seconde Mathieu fut illuminé de l’intérieur par la même lumière, nettement visible par ses yeux et sa bouche. L’effet était identique mais nettement plus intense que celui produit par les pouvoirs divins dont disposait Mathieu. Lorsque la lumière argentée se dissipa, sa blessure n’était pas entièrement guérie, mais il avait retrouvé un nez et la plus grande partie de la chair manquante, et commençait déjà à reprendre connaissance.

- « Et de un », déclara le Glorieux d’un ton satisfait. « Je ne peux rien de plus pour cette blessure aujourd’hui. A ton tour, Kalen. »

Il réitéra donc le même miracle sur Kalen, puis à trois reprises sur Khalil qui, bien que n’ayant pas eu affaire à la ghoule, fit valoir qu’il n’en souffrait pas moins de multiples contusions et brûlures. Il retrouva donc une peau toute neuve, rose et douce comme celle d’un bébé. Seul Hélebrank s’abstint de réclamer assistance, préférant compter sur ses propres capacités.

Mathieu avait entre-temps repris ses esprits, se plaignant de nausées, d’une atroce migraine et de vertiges.

- « Cela me paraît normal pour une blessure à la tête aussi grave », le rassura le Glorieux Vélias. « Bien que tiré d’affaire, tu n’en as pas moins besoin d’un peu de repos avant de pouvoir marcher ; quelques heures devraient suffire. Si cela ne vous fait rien, je m’en vais retourner en ville. Je compte vous voir demain à la chapelle pour un examen de contrôle, et aussi pour la petite obole d’usage. Cela ne fera guère de mal à certains d’entre vous. Je ne crois pas y avoir déjà eu le plaisir de ta visite, Kalen », conclut-il en prenant amicalement ce dernier par les épaules.

Satisfait des dénégations et excuses gênées obtenues en réponse, il reprit le chemin de la ville en tenant la bride du cheval d’Aloïs, laissant les compagnons discuter des suites autour de Mathieu, toujours allongé sur le sol.

_________________

Pour passer le temps, ils entreprirent de faire l’inventaire des trésors découverts depuis le matin, mais s’abstinrent d’en opérer le partage, désignant Aloïs comme gardien provisoire de leurs richesses communes.

Ce n’est que deux bonnes heures plus tard que le sol arrêta de tournoyer sous Mathieu et qu’il se sentit suffisamment d’attaque pour se relever et esquisser quelques pas, d’abord chancelants, puis suffisamment assurés pour que les compagnons estiment possible de repartir au cairn en poursuivre l’exploration. Arrivant au seuil de la salle immergée, ils constatèrent que malgré le temps écoulé depuis leur départ, le niveau de l’eau n’avait baissé que de quelques centimètres. A ce rythme, plusieurs jours seraient sans doute nécessaires pour qu’elle se vide entièrement.

Une attente aussi longue n’étant pas envisageable, Kalen et Barnabé renouvelèrent les sorts de Respiration subaquatique[Ii] et d’[i]Armure de Mage sur qui voulait bien, puis tous descendirent dans l’eau glacée par l’escalier, se dirigeant d’abord vers le côté droit de la salle.

Un couloir d’accès d’une toise de long y débouchait sur une petite pièce en forme d’octogone étiré, de trois toises de long sur deux toises de large, dont les murs de pierre étaient creusés de quatre longs bancs et de quatre niches cubiques d’un pied de côté, semblables à celles déjà rencontrées non loin du sommet de l’escalier. Le sol était jonché d’ossements humains ; étaient également visibles une armure de cuir rouge déchirée, ainsi qu’un sac à dos et une épée courte dans un fourreau.

Un examen plus attentif révéla que la plupart des ossements portaient des traces de dents ; certains étaient brisés et évidés de leur moelle. De même, l’armure de cuir n’avait pas tant été déchirée que lacérée par des griffes qui de toute évidence devaient être celles de la ghoule. Sur le plastron, pouvait encore se deviner la marque d’une étoile à huit branches similaire à celle déjà relevée sur les cadavres retrouvés dans la salle de l’essaim.

Aloïs s’empara prestement du sac à dos et de l’épée, laissant de côté son fourreau au cuir rongé par l’eau. Une rapide Détection de la Magie lancée par Kalen révéla une faible aura d’Enchantement sur l’épée. La joie d’Aloïs à cette nouvelle, exprimée tant bien que mal avec force bulles, ne fut dépassée que par la découverte à l’ouverture du sac à dos de la lanterne rouge, seule pièce manquant encore à leur collection.

Les compagnons reportèrent ensuite leur attention vers l’ouverture située à l’opposé de l’escalier, poursuivant le tour de la salle dans le sens inverse des aiguilles d’une horloge. Ils constatèrent ainsi qu’il ne s’agissait pas d’un autre couloir d’accès, mais d’une petit réduit d’une toise de large sur autant de profondeur, séparé en deux par un écran de pierre nue d’une demi toise de large sur une toise de haut. Derrière cet écran, il n’y avait rien d’autre qu’un trou circulaire d’un demi pied de diamètre au beau milieu du sol, également obstrué par des gravats. Hélebrank tenta de le déboucher, mais renonça lorsqu’il constata que la canalisation se rétrécissait rapidement et faisait un coude. Les compagnons se perdirent un instant en conjectures sur les fonctions organiques des Ducs des Vents pouvant justifier de tels aménagements.

Enfin, ils dirigèrent leurs pas lents et lourds vers la dernière ouverture, celle d’où était sortie la ghoule, petit couloir d’accès donnant sur une salle aux dimensions strictement identiques à la première. Les Détections n’ayant rien donné, ils procédèrent à une fouille en règle et trouvèrent dans l’un des casiers, dissimulée sous des débris de vêtements, une bourse contenant 2 plaques, 38 orbes et 55 nobles en bonne monnaie de Greyhawk.

Ils étaient sur le point de repartir lorsque l’attention de Mathieu fut attirée par un reflet aperçu du coin de l’œil, reflet qui se révéla être celui d’une lourde bague en or portée par la ghoule, dont le chaton était ciselé de la désormais familière étoile à huit branches.

Grelottant, ils repartirent vers l’escalier se sécher et s’accorder sur la suite des opérations. Puis ils remontèrent dans la salle au sarcophage.

Tandis qu’Aloïs et Hélebrank retournaient au bâtiment minier exhumer les six autres lanternes de la cave où elles étaient dissimulées, les autres mirent à profit la perche d’Aloïs et la force herculéenne de Mathieu pour faire pivoter le sarcophage vers le couloir à la lanterne bleue, puis indigo, faisant coulisser hors du sol le cylindre de métal qui s’y trouvait. Ils laissèrent à Kalen le temps de lancer par deux fois son sort de Seconde Vue mineure, dans l’espoir (déçu) de trouver quelque part sous leurs pieds une quelconque cavité illuminée, puis firent de nouveau pivoter le sarcophage, le pointant successivement vers les couloirs violet, rouge, orange, puis jaune.

Le cylindre de métal situé au bout de ce couloir coulissa hors du sol, puis s’ouvrit. Tous purent constater que le crâne qui y avait été précédemment disposé était intact.

Au retour d’Aloïs et d’Hélebrank, ils procédèrent ensuite à la mise en place des sept lanternes dans l’ordre des couleurs de l’arc-en-ciel, plaçant à l’intérieur de chacune une torche allumée aimablement fournie par Aloïs. L’effet produit à l’intérieur de la vaste salle fut saisissant : la lumière colorée projetée par les lanternes se réfléchissait sur les fragments de métal et de verre sertis dans le dôme du plafond, créant dans la vaste salle l’illusion d’un tourbillon de lumières dansantes.

Avant de procéder à toute autre vérification, ou pire, de laisser quiconque pénétrer dans le cylindre de métal, Kalen convainquit ses compagnons de l’impérieuse nécessité de procéder à de nouvelles investigations magiques. Ainsi, il fut décidé de placer la lanterne de Mathieu (allumée) dans le dit cylindre, de faire pivoter le sarcophage pour le faire se rétracter dans le sol, puis de laisser Kalen lancer à nouveau son sortilège de Seconde Vue mineure.

Au bout de trois tentatives infructueuses, au terme desquelles Kalen n’avait pu voir que le noir le plus absolu bien qu’ayant projeté sa vision à trois profondeurs différentes, les torches placées dans les lanternes commencèrent à vaciller, puis à s’éteindre une à une.

- « Hein ? Qu’est ce qui se passe ? », s’inquiéta Aloïs.
- « Rien », le rassura Barnabé. « Et c’est bien le problème, d’ailleurs. Cela fait une heure que Kalen incante en pure perte… »
- « J’aimerais vous y voir, vous », protesta Kalen. « Viser un point précis à l’aveuglette à neuf toises de distance, cela n’a rien d’évident. En plus, nous partons du principe que le conduit est de la même profondeur que celui du couloir vert, mais rien n’est moins sûr. Le cylindre peut s’arrêter bien avant, ou continuer plus loin encore ! »
- « Très bien, très bien. Je ne conteste pas la méthode », lui concéda Barnabé. « Je suis juste écoeuré qu’aucun de nous six n’ait eu l’idée de mettre tout ce temps à profit pour vérifier si allumer les sept lanternes avait produit un effet quelconque ailleurs dans le cairn. Maintenant, c’est trop tard. »
- « Et moi je n’ai plus de torches », renchérit AloÏs. « J’en avais acheté sept hier soir exprès, mais pas une de plus. »
- « Dans ce cas, je ne vois rien d’autre à faire que de continuer mes tentatives, avant que la lanterne de Mathieu ne s’éteigne elle aussi. Bon, puisque le cylindre fait une toise de haut, je vais procéder méthodiquement, demi toise par demi toise. Je vais bien finir par tomber sur quelque chose ! »

Hélas, au bout de deux heures et d’une demi-douzaine de tentatives infructueuses, Kalen dut s’avouer vaincu. Il fut donc décidé d’employer une méthode d’exploration plus directe.

Le temps de faire décrire au sarcophage un tour complet, le cylindre coulissa de nouveau hors du sol, et ses portes s’ouvrirent sur la lanterne de Mathieu, intacte et toujours allumée. Aloïs et Barnabé s’y glissèrent rapidement, le second entre les jambes du premier. A peine une seconde plus tard, la présence de passagers ayant manifestement été détectée, les portes se refermèrent d’elles-mêmes et le cylindre s’enfonça de nouveau dans le sol.

A l’intérieur, le bruit du mécanisme était réduit à un simple vrombissement. Aloïs et Barnabé sentirent un mouvement constant vers le bas, sans aucune vibration, durant environ six secondes, puis le cylindre s’immobilisa et les portes se rouvrirent sur une pièce rectangulaire, de trois toises de long sur deux toises de large, au sol recouvert d’une fine couche de poussière.

Les murs étaient couverts de bas-reliefs représentant une douzaine de personnages similaires au gisant du sarcophage, des humanoïdes sveltes, androgynes et dépourvus de pilosité, figés dans une pose déférente comme s’ils présentaient leurs hommages au spectateur. La plupart avaient les mains tendues devant eux comme en adoration, le visage extasié. Sur certaines des statues, manquaient là une main, là un bras, probablement emportés par des pilleurs de tombe.

Au milieu d’un mur, juste en face de l’alcôve hémisphérique où était venu se loger le cylindre, un gros bloc de pierre de une toise et demie de large sur onze pieds de haut bloquait l’accès à ce qui semblait être un passage fermé par une arche ornée de gravures élaborées, ne laissant apparaître que la partie supérieure de sa voûte triangulaire. Ce bloc était apparemment tombé du plafond, situé à trois toises de hauteur, où béait au-dessus du bloc de pierre une large niche.

Qadira

Smarnil le couard wrote:
Crimson Jester wrote:
J'ai été étonné. Trouvez-vous facile à utiliser Hero Système puis Donjons et Dragons? Ou c'est juste une préférence personnelle. J'ai trouvé certains aspects du Hero System frustrant. Principalement dans le fait que personne ne peut s'entendre sur le même niveau de pouvoir de concevoir les personnages. Je n'ai pourtant jamais utilisé auparavant pour la fantaisie et en tant que tel, je ne suis pas sûr comment il est possible à cet effet. S'il vous plaît excuser mon français, il n'est pas toujours très bon.

Hi there.

Using the Hero System is, in fact, a matter of preference. Some of my players have a old dislike for D&D and its class system, and prefer more freedom during character creation. In my opinion, this became much less true with the third edition.

I think I didn't understand your point regarding the 'niveau de pouvoir' (power level). What are you speaking about? Character Points allocation? For these, the decision belongs to the DM.

Of course, as a DM, I also had to come up with a magic system including guidelines to tell who can learn which spell, and how. Otherwise, everybody would tend to come up with mega combat spells to the exclusion of everything else.

It is a personal beef I have with the hero system. Some players can use the same ruels but come out with characters who are much more powerful then thier peers. Sometimes this is due to concept, for which I have no problem. Othertimes it is due to a "bending" of the rules or the use of what to me is questionable interpration thereof. Maybe it is just my players.


AIR VIF ET HERE MORT
(séance du 7 novembre 2009)

1er Jour de l’Eau du Mois des Semailles
de l’Année Commune 595 (milieu de l’après-midi)
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Après un bref moment d’hésitation, Barnabé lança un sort de Détection de la Magie sans quitter l’abri offert par les jambes d’Aloïs. Il scruta ensuite le sol devant le cylindre avec attention, balayant délicatement la poussière blanche dont il était recouvert. Ce double examen n’ayant révélé aucun péril imminent, il posa un pied poilu et circonspect dans la pièce, retenant son souffle en l’attente d’une catastrophe.

Ce sombre pressentiment ne s’étant pas réalisé, Barnabé put procéder à un examen poussé des lieux, à commencer par le bloc de pierre, constatant que celui-ci était vierge de toute inscription, constitué d’un granit sombre, et épais de seulement deux pieds, ce qui était assez peu au regard de ses autres dimensions. Cette finesse relative lui donnait à peu de choses près l’apparence d’une grosse tartine de brioche posée sur la tranche. Cette pensée donna faim à Barnabé. Sa main se tendit machinalement vers sa sacoche et les en-cas qu’elle contenait.

Se ressaisissant in extremis, il poursuivit son inspection. Le bloc de pierre n’était pas collé à la paroi, laissant tout juste assez d’espace pour glisser les doigts. Derrière le bloc, il y avait bien une arche d’une toise de large, dont les montants gravés d’une frise géométrique similaire à celle du couloir d’entrée s’élevaient verticalement sur un peu plus d’une toise, avant de se rejoindre pour former un triangle équilatéral parfait d’une toise de côté. Ne dépassait au dessus du bloc de pierre que la pointe de ce triangle. Barnabé doutait de parvenir lui-même à s’y glisser ; alors pour ce qui était de ses compagnons humains…

Il scruta ensuite la niche située juste au-dessus, constatant qu’à première vue ses dimensions étaient bien identiques à celles du bloc. Il fut toutefois surpris de n’y apercevoir aucun mécanisme susceptible d’avoir retenu en place un objet aussi lourd.

Se retournant, il demanda à Aloïs de venir lui prêter main forte pour le hisser au sommet du bloc. Celui-ci, resté jusqu’alors en arrière-garde, pénétra à son tour dans la pièce.

Quelques secondes plus tard, les portes du cylindre se refermèrent soudainement avec un bruit métallique, et le cylindre lui-même s’éleva vers le plafond comme porté par une colonne d’air invisible, emportant avec lui la lanterne qui constituait leur unique source de lumière.

Sans affolement, Aloïs et Barnabé le suivirent des yeux avant de reprendre posément leur besogne. Une fois juché au sommet du bloc aux bons soins d’Aloïs, Barnabé s’approcha de la petite ouverture triangulaire, et sentit danser sur son visage un petit courant d’air frais qui s’en échappait. De l’autre côté du bloc et de l’arche, un long couloir de deux toises de large, aux murs régulièrement percés de trois paires d’alcôves, s’étendait aussi loin que portait son sortilège de Vision Sombre. Une vague lueur était visible dans le lointain, sans doute une illumination indirecte provenant d’une source lumineuse située hors de l’axe du couloir.

Après qu’Aloïs l’eut aidé à redescendre de son perchoir, il entreprit d’examiner les bas-reliefs, et ne fut pas long à découvrir que les bouches de certains des personnages étaient pourvues d’un gosier parfaitement sculpté. Rendu méfiant par ce luxe de détails inutiles mais dépourvu du matériel spécialisé adéquat, il demanda à Aloïs de lui prêter sa corde, puis en enfonça une extrémité dans la cavité suspecte, la faisant coulisser pouce par pouce d’une main experte pour en sonder les profondeurs. Il put ainsi constater qu’un obstacle en bloquait la progression au niveau du larynx.

Pendant ce temps, Aloïs s’employait à balayer méthodiquement la poussière blanche qui recouvrait le sol à la recherche de glyphes ou d’autres inscriptions intéressantes. Il s’aperçut que d’une part, il s’agissait en fait d’une fine poussière de pierre, et que d’autre part, le sol était absolument lisse et nu, à l’exception notable d’un triangle équilatéral d’un demi-pied de côté gravé dans la pierre, à l’emplacement laissé libre par le cylindre.

Après en avoir avisé Barnabé, Aloïs toucha délicatement le triangle du bout de sa perche.
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Au dessus, dans la salle au sarcophage, leurs compagnons avaient assisté au retour du cylindre vide avec un certain émoi.

« Le cylindre est revenu tout seul ! » s’écria Hélebrank, affolé. « Ce n’est pas normal, où sont-ils ? Il était convenu qu’ils se borneraient à jeter un œil avant de revenir faire leur rapport ! »

« S’ils ne sont pas dedans, c’est qu’ils sont sortis », lui répondit Khalil avec son habituel bon sens, conféré par un enseignement philosophique de haute volée.

« Je le vois bien, merci beaucoup » rétorqua Hélebrank, agacé. « Maintenant, nous n’avons pas d’autre choix que de partir à leur recherche. Vite, Mathieu, tiens-toi prêt à faire tourner le sarcophage ! »

« Pourquoi faire ? », lui demanda Khalil, avant même que Mathieu n’ait eu le temps de s’exécuter.

« Et bien, pour faire descendre le cylindre pardi. Tu connais un autre moyen de les rejoindre ? »

« A l’évidence, oui. Il suffit de pénétrer à l’intérieur. Nous n’avons rien eu à faire pour les faire descendre, sauf erreur de ma part », rétorqua Khalil, lui clouant le bec.

« Oooh, oui, tiens c’est vrai », admit Hélebrank, penaud. « Cela ne m’avait pas frappé. »

La discussion en était parvenue à ce stade lorsque les portes du cylindre se refermèrent d’elles-mêmes, et qu’il s’enfonça à nouveau dans le sol.

Quelques instants plus tard, il fit sa réapparition avec Aloïs et Barnabé à son bord, tout sourires, qui s’empressèrent de rapporter fidèlement leurs observations.

Il fut ensuite décidé que Kalen serait le prochain à descendre, escorté par Mathieu. L’intérieur du cylindre était tout juste assez grand pour les accueillir tous les deux, à condition que le Mage se serre dans les bras du Paladin, et que celui-ci se voûte au dessus de lui. Une fois arrivés dans la salle aux suppliants, ils eurent les plus grandes difficultés à s’extraire du cylindre.

Kalen lévita pour se porter à la hauteur de l’étroite ouverture laissée libre par le bloc de pierre, puis utilisa une Détection de la Magie qui lui révéla la présence de six auras magiques d’Air de faible intensité dans le couloir, une dans chacune des six alcôves visibles.

Quant à Mathieu, il concentra son attention et ses efforts sur le bloc de pierre, tentant sans succès de le faire glisser sur le côté. Il caressa un instant l’idée de tenter de le faire basculer, histoire d’impressionner la populace avec sa puissance musculaire, mais y renonça lorsqu’il s’aperçut qu’un éventuel succès aurait pour première conséquence d’écraser Kalen comme une crêpe, celui-ci lévitant juste devant.

Il n’eut pas le temps de développer plus avant sa réflexion avant que les autres membres du groupe ne les rejoignent, empruntant deux par deux le cylindre.

Après un examen rapide du bloc de pierre, Hélebrank décréta que compte tenu de sa forme et la répartition subséquente de sa masse, il devait être possible de le faire basculer en exerçant un fort effet de levier à son extrémité supérieure, faisant par là montre de compétences insoupçonnées en matière d’ingénierie civile. Hélebrank et Khalil grimpèrent donc au sommet du bloc puis, agrippant le rebord du bout des doigts, plaquèrent les pieds au mur comme pour arracher du sol une lourde charge.

Après une demi-douzaine de tentatives aussi comiques qu’infructueuses, ils durent se résoudre à prier Mathieu, qui jusqu’alors s’était borné à les observer avec un petit sourire aux lèvres, ses bras musculeux croisés sur la poitrine, de bien vouloir venir leur prêter main forte. Hélébrank lui céda donc sa place, préférant diriger la manœuvre depuis le sol.

La puissante carrure de Mathieu fit de suite une différence, puisque dès la première tentative, il parvint à ébranler le bloc, qui oscilla légèrement sur sa base sans toutefois basculer. Deux autres tentatives suivirent, sans plus de résultat. Les compagnons étaient prêts à abandonner, mais Hélebrank les persuada de faire une toute dernière tentative.

Celle-ci fut la bonne, et le bloc de pierre bascula avant de s’abattre au sol avec grand fracas, libérant l’arche. Khalil tomba lui aussi, se recevant sans trop de dommages sur une sorte de large plaque de pierre qui venait de jaillir du sol à l’emplacement occupé un instant plus tôt par le bloc de granit. Un flot de gaz vert se répandit dans la pièce en sifflant, déversé par les bouches des personnages des bas-reliefs.
Khalil fut assez prompt pour retenir sa respiration avant d’être englouti par l’expansion rapide du nuage de gaz. Quant à Hélebrank, il modifia consciemment son métabolisme de façon à ne plus avoir besoin de respirer, prenant même la précaution de fermer les pores de sa peau pour faire bonne mesure. Les autres inhalèrent tous une quantité plus ou moins grande de gaz, qui se révéla être assez irritant pour les poumons.

« Je savais bien <kof, kof> qu’il y avait <kof, kof> un piège quelque part ! », confirma une voix anonyme, faisant preuve de cette prescience a posteriori qui caractérise le véritable expert.

Pour échapper au gaz, tous se précipitèrent tête baissée dans le couloir qui s’étendait au-delà de l’arche désormais ouverte.
Le premier d’entre eux, car le plus rapide et le mieux placé, fut Khalil. Parti avec l’intention de courir aussi loin que ses jambes pourraient le porter, il passa comme une flèche devant les deux premières alcôves, prêtant à peine attention aux statues qu’elles contenaient. Mais alors qu’il dépassait la deuxième paire d’alcôves, il ne put que remarquer une chute anormale de la température ambiante au fur et à mesure de son avancée le long du couloir ; déjà, il faisait un froid de loup, et de sa bouche jaillissait un panache de buée à chaque expiration. Freinant des quatre fers, il fit volte-face en barrant le passage à ses compagnons par de grands moulinets des bras.

Ceux-ci se regroupèrent donc entre la première et la deuxième paire d’alcôves, où la température restait supportable. Fort heureusement, grâce à la petite brise provenant du couloir, le gaz vert resta confiné dans la pièce d’accès, retombant lentement vers le sol.

Dès qu’il le put, Barnabé se lança un sort d’Immunisation mineure afin d’augmenter sa résistance aux effets toxiques du gaz, effets qu’il commençait à ressentir durement. Il prit d’une main tremblante une petite fiole contenant un liquide clair dans la poche à composantes qu’il portait à la ceinture, et la renversa en prononçant une incantation. Son contenu se vaporisa instantanément en un nuage de fumée noire, violette et verte, qu’il inhala d’une longue inspiration. Puis il s’écroula sous son propre poids, telle une marionnette aux fils coupés, ses jambes affaiblies par le poison n’ayant plus la force de le porter.

Kalen, Aloïs et Mathieu subissaient également les effets du gaz, mais en avaient apparemment inhalé une moindre dose. Bien que faibles et nauséeux, ils conservaient suffisamment de force pour se mouvoir.

« Heureusement que nous sommes parvenus à faire chuter la dalle de pierre », souligna Khalil, toujours prompt à voir le bon côté des choses. « Nous n’aurions pu tous nous réfugier dans l’ascenseur. »

« Ah oui, ca valait le coup », ironisa Aloïs. « Sauf qu’avant que la dalle ne tombe, il n’ y avait pas de gaz, et donc aucun besoin de se réfugier où que ce soit. »

« Rien ne prouve que ces deux évènements soient liés », insista doctement Khalil. « Corrélation ou concomitance n’est pas causalité. »

« Et ça, c’est quoi à ton avis ? », dirent d’une seule voix Kalen, Barnabé et AloÏs, en pointant du doigt la plaque de pierre saillant du sol à l’endroit occupé un instant plus tôt par la dalle de granit.

« Faut tout de même être vicieux pour placer un mécanisme déclencheur sous une roche de plusieurs tonnes », conclut Hélebrank.

L’urgence étant passée, les compagnons purent prendre la mesure du lieu où ils venaient de se précipiter, un couloir de deux toises de large sur trois toises de haut et long de huit toises, dont les murs couverts de curieuses gravures semblant représenter un ciel de tempête sur le point d’éclater étaient creusés à intervalles réguliers de trois paires d’alcôves en demi-cercle larges d’une toise contenant chacune la statue d’un humanoïde androgyne de plus d’une toise de haut, les deux mains jointes en coupe devant lui.

Le couloir semblait déboucher dans une vaste salle dont le centre était occupé par un énorme pilier cubique de trois toises de large, fait d’un seul bloc de pierre gris terne s’étendant du sol au plafond, laissant libre sur son pourtour un passage d’une toise et demie de large. Une vive lumière indirecte provenait de quelque part sur la droite du pilier. Mais en distinguer la source aurait nécessité de s’approcher du bout de couloir, et donc de braver le froid surnaturel qui y régnait, ce à quoi les compagnons se refusaient pour l’instant.

Khalil s’aperçut rapidement que l’étrange brise perceptible dans le couloir provenait de ces statues, et plus particulièrement des paumes de leurs mains, qui pourtant n’étaient percées d’aucune ouverture. Hélebrank fit l’expérience de lâcher sa torche au-dessus des mains de la statue, et eut la satisfaction de constater qu’elle restait en place, flottant dans les airs, donnant l’impression que la statue la présentait à la curiosité d’hypothétiques spectateurs.

Compte tenu de l’état pitoyable des troupes, Kalen proposa de lancer à nouveau son sort de Seconde Vue mineure pour découvrir la provenance de la lumière au bout du couloir sans avoir à s’exposer. Cette proposition fut unanimement acceptée à main levée, ou oralement dans le cas de Barnabé.

Kalen s’agenouilla donc confortablement dans le couloir, au niveau des premières alcôves, et entreprit de lancer son sort. Pendant ce temps, Khalil se chargea de l’évacuation méthodique des victimes du gaz empoisonné vers la salle au sarcophage, les accompagnant un à un jusqu’au cylindre. Barnabé, désireux de préserver ce qui lui restait de dignité, tenta avec vaillance mais sans succès de se relever. Ce fut donc au creux du bras de Mathieu, encore relativement valide, qu’il fut évacué vers la surface. Bientôt, ne restèrent en bas pour veiller sur Kalen, toujours plongé dans une profonde concentration, que Khalil et Hélebrank.

Soudain, alors qu’ils discutaient ensemble dans la salle aux suppliants, Khalil fut frappé par un rayon bleu provenant du couloir, et se sentit soudainement très fatigué, à deux doigts de dormir debout.
Une fois revenu de sa surprise, Hélebrank hurla et attira à lui Khalil, encore titubant, le mettant à l’abri dans un coin de la pièce. Ce faisant, il fut manqué de fort peu par un second rayon bleu. Son cri d’alarme réussit toutefois à percer la profonde transe de Kalen, qui se redressa juste à temps pour être touché par un rayon violet. Une profonde terreur envahit brièvement son esprit ; il parvint néanmoins à la refouler par la force de sa volonté, et ce fut donc de son plein gré qu’il prit ses jambes à son cou pour s’abriter à son tour derrière l’arche, juste à droite du couloir.

Alors qu’il s’apprêtait à se jeter dans le cylindre pour se mettre à l’abri, l’attention de Kalen fut attirée par un mouvement entraperçu du coin de l’œil. Dans le couloir, tout en haut du mur de droite, une étrange créature serpentine avançait dans les airs en ondulant, juste en dessous du plafond. Il changea aussitôt ses plans, traversant d’un bond l’arche pour rejoindre ses camarades de l’autre côté de la pièce et leur faire part de ce qu’il avait vu.

Aussitôt, Khalil prit son élan et se mit en courir, franchissant l’arche puis grimpant à petites foulées le long du mur au mépris de la gravité pour rejoindre la créature. Celle-ci se révéla être une sorte de ligament rouge vif flexible reliant deux yeux inhumains de la taille d’une petite orange, pourvus d’une sclérotique mauve, d’un iris jaune et de pupilles fendues d’aspect ophidien. Elle n’aurait probablement eu que le temps de hausser un sourcil sous l’effet de la surprise si tant est qu’elle en eut, avant que l’une des extrémités du bâton ferré de Khalil ne s’abatte en sifflant sur l’un de ses globes oculaires, l’envoyant s’écraser au sol avec fracas. Puis, alors qu’il commençait à retomber au sol, Khalil frappa du pied et du poing la paroi pour freiner sa chute, atterrissant fermement sur ses deux pieds à proximité de son adversaire terrassé. Il fit tournoyer son bâton, le passant d’une main à l’autre derrière son dos dans une démonstration époustouflante de maîtrise, puis se figea dans une posture martiale en poussant une exclamation de triomphe.

C’est alors que Hélebrank franchit à son tour l’arche, juste à temps pour achever la créature gisant inerte à terre d’un puissant coup de son propre bâton. Hélas pour la réputation de Khalil, son éclatante victoire n’avait eu aucun témoin…

Craignant une nouvelle mauvaise surprise, ils décidèrent de rejoindre les autres sans plus attendre, en emportant avec eux la dépouille de la créature. Khalil accepta d’assurer leurs arrières et fut donc le dernier à remonter. Ils informèrent leurs compagnons de leur mésaventure, puis décidèrent au vu de leur état de santé général de retourner directement à Lac-Diamant en emportant avec eux butin et lanternes.


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Sur le chemin de la ville, les compagnons tombèrent d’accord pour confier à Aloïs les précieuses lanternes, qu’il se faisait fort de mettre à l’abri dans la salle des cartes du Cadastre. Quant à Kalen, il se vit remettre les divers objets enchantés trouvés dans le cairn, ainsi que la dépouille de l’étrange créature volante qui les avait attaqués, à charge pour lui de procéder à leur identification.
Kalen profita de cette occasion pour tenter d’éclaircir certains points avec Hélebrank.

- « Pourrais-tu m’expliquer certaines choses sur ta pratique de la magie, Hélebrank ? » lui demanda t’il bille en tête.

- « Je ne crois pas que ce soit bien le moment… » lui répondit l’intéressé, tentant d’esquiver un interrogatoire qu’il pressentait comme pénible.

- « Au contraire ! », insista Kalen. « La compréhension du fonctionnement de tes pouvoirs pourrait bien être la clé qui te fera retrouver la mémoire. Je t’ai bien observé, et n’ai pas manqué de m’apercevoir que tu as une pratique de la magie pour le moins inhabituelle. »

- « Si tu le dis… C’est toi l’expert », lui concéda Hélebrank.

- « Mais peut-être est-il un grand maître, qui aurait appris à maîtriser ses sortilèges au point de transcender les contraintes habituelles ? », intervint Barnabé.

- « Tut, tut, tut », le coupa doctement Kalen, en agitant un doigt sévère. « La magie est certes un art, avec tout ce que cela implique de zones d’ombre et de mystères, mais elle obéit néanmoins à des règles précises, quantifiées et enseignées. Il y a une différence entre le fait de maîtriser certaines techniques avancées, généralement réservées à des gens d'un niveau largement supérieur au nôtre, et ne respecter strictement aucune des règles établies. Par exemple », poursuivit Kalen en s’adressant de nouveau à Hélebrank, « tu n’as pas de grimoire. Comment fais-tu pour apprendre tes sorts ? Nous autres Mages devons normalement consacrer chaque jour un peu de temps à l’étude de nos sorts pour nous les remémorer. »

- « Ben, je sais pas », bredouilla Hélebrank. « Je sais comment faire, c’est tout. Et des fois, y’en a qui me reviennent, comme l’autre jour quand j’étais blessé. J’étais allongé, j’ai senti une énergie monter en moi, et hop, j’étais guéri. »

Kalen médita quelques instants cette réponse inattendue, avant de reprendre le fil de ses pensées.

- « C’est bizarre, quand même… En plus, tu n’emploies jamais deux fois de suite les mêmes gestuelles ou incantations. Mieux encore, il est arrivé que tu t’en abstiennes carrément. »

- « Je sais », soupira Hélebrank, prenant un air penaud. « Je fais de mon mieux tu sais. Je sais que pour faire de la magie, il faut des incantations et des gestuelles, mais je n’arrive pas à refaire exactement les mêmes d’une fois sur l’autre parce que je n’ai pas ton entraînement. Et des fois, je n’ai pas le temps, ou bien j’oublie. Je te promets de m’appliquer. »

- « Ce n’est pas la question ! », lui répondit sèchement Kalen. « Normalement, le tissage d’une trame magique ne tolère pas la moindre erreur. Un mot ou un geste de travers, et c’est l’échec assuré. »

- « Ben, moi ça marche », constata Hélebrank.

- « C’est bien ce qui me perturbe », admit Kalen. « Je n’ai jamais entendu parler d’un cas semblable lors de mes études à l’Université des Arts Magiques de Greyhawk. Je compte en discuter avec Allustan ; peut-être saura t’il nous en dire plus. »

- « Euh, si cela ne te fait rien, je préfèrerais que tu n’en parles pas à n’importe qui. Je souhaite rester discret sur mes capacités », le pria Hélebrank, mal à l’aise.

- « Allustan n’est n’importe qui, c’est mon mentor », répliqua Kalen, agacé. « Un peu de sérieux ! C’est un homme de confiance ! »

A cet instant, les sabots d’un cheval lancé au petit trot se firent entendre derrière les compagnons sur la piste d’Urnst. Ils furent rapidement rejoints par le Sergent Jamis, le fidèle et très corrompu bras droit du Bailli Cubbin qui, tirant sur les rênes, s’arrêta à leur hauteur.

- « Holà, braves gens », les salua t’il. « Vous voila enfin. J’ai eu bien du mal à vous trouver. Avez-vous des ennuis ? Quelque chose à signaler ? »

- « Ah bon ? Vous nous cherchiez ? Pour quelle raison ? », lui répondit Mathieu, omettant de le saluer.

- « Et bien pardi, j’ai été quelque peu alerté lorsque le Glorieux Vélias et Aloïs ici présent ont traversé la ville au petit trot, tantôt. Nous autres représentants de la loi, nous sommes toujours à l’affût d’un éventuel trouble à l’ordre public », conclut Jamis en lançant un regard appuyé à Mathieu qui, le plastron imbibé de sang, portait sur l’épaule un hobniz trop faible pour se mouvoir par lui-même.

- « Mais il ne s’est rien passé de tel, Maître Jamis », lui répondit Mathieu avec une déférence qu’il était loin de ressentir. « J’ai juste eu un petit accident en m’entraînant au maniement de la hache, voilà tout. Je serai plus prudent à l’avenir. »

- « Ah ? Et lui ? Pourquoi ne marche t’il pas tout seul ? », le questionna le zélé fonctionnaire en désignant Barnabé.

- « Indigestion », lui répondit laconiquement Mathieu, sans le moindre sourire.

- « Très bien, je vois. Il ne me reste qu’à vous souhaiter le bonsoir, alors », conclut Jamis en les détaillant tous des pieds à la tête d’une façon que les natifs de Lac-Diamant ne connaissaient que trop bien, traquant du regard le moindre détail pouvant trahir une quelconque infraction susceptible de justifier amende.

Cette fouille visuelle étant restée infructueuse, l’essentiel du butin étant dissimulé aux regards dans le grand sac qu’Aloïs portait nonchalamment sur l’épaule, Jamis tourna bride et, donnant des talons, rejoignit Lac-Diamant au galop. Les compagnons poussèrent collectivement un soupir de soulagement avant de se séparer pour vaquer à leurs occupations chacun de leur côté.
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Kalen se rendit directement chez son mentor, le très estimé Mage Allustan, afin de recueillir ses conseils avisés. La pimpante maison de ce dernier était située au beau milieu de Lac-Diamant, nichée dans le creux du vallon séparant les deux collines où étaient respectivement érigés le fortin abritant la garnison et le tentaculaire palais du Gouverneur-Maire, le propre frère d’Allustan. Pourtant, dès qu’il eut franchi les limites du petit jardinet propret qui entourait le cottage de bois et de pierre, il eut l’impression d’être à des lieues de la ville, tant la double haie qui le bordait masquait efficacement bruits et vues indésirables.

Il trouva Allustan confortablement installé sous les épaisses frondaisons de son arbre préféré, un chêne plus que centenaire planté face à l’entrée de la maison à la façade chaulée peinte de bleu et de rouge. Il fumait sa pipe un verre à la main, confortablement assis sur une souche d’arbre au bord d’une petite mare bordée de galets ronds, en profitant des derniers rayons du jour.

- « Ah, Kalen », l’accueillit jovialement Allustan, en exhalant une longue bouffée de fumée bleutée, « tu tombes bien j’ai oublié les amandes salées. Va donc me les chercher à la cuisine et profites-en pour te ramener une chaise et un doigt de cet excellent brandy. Tu as certainement beaucoup de choses intéressantes à me raconter. »

Une fois ces tâches méniales accomplies, Kalen commença un récit détaillé des évènements de la journée, racontant par le menu leurs expérimentations avec le sarcophage, l’éboulement et l’attaque par des monstres inconnus, puis l’exploration d’un niveau souterrain partiellement submergé. Allustan l’écoutait en l’encourageant de temps à autre d’un signe de tête, demandant quelques précisions complémentaires ou confirmant les suppositions de Kalen quant à l’identification de certaines des créatures rencontrées.

- « A mon sens, ce devait bien être un élémentaire d’eau », conclut Allustan. « Par contre, je ne vois vraiment pas ce que pouvait être cette chose arachnoïde à six pattes. Dommage qu’elle se soit volatilisée, j’en aurais volontiers examiné la carcasse. »

- « Oui Maître. Mais j’ai pris soin de ramener la dépouille de l’étrange créature volante qui nous a attaqué ce matin même », rétorqua Kalen, triomphant, en la tirant de son sac à dos. « Avez-vous une idée de ce que c’est ? »

- « Certes oui… C’est un Strangulateur Furtif », lui répondit Allustan sans hésitation aucune. « Une créature artificielle animée par un Mage Transmutateur à partir d’organes prélevés sur un Spectateur en usant d’un procédé voisin de celui permettant la genèse d’un homoncule. Cela explique les rayons oculaires. Elle est généralisée utilisée comme espion, ou comme assassin : une fois sa victime endormie, elle s’enroule autour de son cou et la strangule jusqu’à ce que mort s’ensuive, d’où son nom. Tu sais ce que cela signifie, bien sûr ? »

- « Euh… non », dut admettre Kalen.

- « Cette créature n’a pas de volonté propre. Si elle était dans le cairn, c’est que quelqu’un l’y a envoyée, puisqu’elle ne fait rien sans instructions ; ce n’est pas le genre de créature qui erre sans but. Donc, il y a un Mage inconnu qui s’intéresse à notre cairn », conclut Allustan, justifiant par là même son sobriquet de ‘’citoyen le plus futé de Lac-Diamant’’.

- « Très bien, nous ouvrirons l’œil », acquiesça Kalen en faisant involontairement de l’humour. « Il y avait aussi tous ces cadavres dont l’armure portait le symbole d’une étoile à huit branches. Tenez Maître, j’en ai fait copie sur ce parchemin. »

- « Peste Foutre ! », s’emporta le vieux Mage. « C’est le symbole de la Confrérie des Chercheurs que tu me montres là. Une sale engeance avec qui j’ai eu quelques heurts dans ma jeunesse. Ils se prétendent à la recherche du savoir et écument les Flanaesses à la recherche d’artefacts et d’écrits anciens, mais en réalité, la plupart d’entre eux ne sont que des pilleurs de tombes avides de pouvoir et de trésors. Le genre à arracher sans précautions stèles, bas-reliefs et autres trésors archéologiques pour tout revendre au plus offrant. Des barbares ! Des iconoclastes ! »

- « Ah, ce n’est pas une bonne nouvelle alors… »

- « Si, puisqu’ils sont morts », rétorqua Allustan, baissant d’un ton. « Mais vivants, ce ne sont pas des enfants de chœur. Certains ne rechignent pas à arracher aux défunts leurs trésors, même si pour cela ils doivent d’abord les tuer eux-mêmes, si tu vois ce que je veux dire. La Citadelle des Huit a eu maille à partir avec eux lors de l’exploration du Château de Greyhawk, et plus encore lors de celle de Castel Maure ; l’expédition des Chercheurs y était menée par un Mage démoniste particulièrement dépravé dont le nom m’échappe. Elias Toma… Tomo… quelque chose. »

- « Maître, il y a aussi le cas de cet Hélebrank, qui m’intrigue au plus haut point », reprit Kalen. « Il semble disposer d’une maîtrise étonnante, presque surnaturelle, des Arcanes. Depuis que je le côtoie, je ne l’ai pas vu une seule fois compulser un grimoire. Pour autant que je sache, il n’en a pas. »

- « Intéressant, en effet », l’approuva Allustan. « Toutefois, je te rappelle qu’il est possible en usant d’un rituel spécifique de s’imprégner de la matrice d’un sort au point de ne plus avoir à se la remémorer aussi fréquemment. Sans compter que, comme tu es bien placé pour le savoir, certains d’entre nous ont une mémoire si bien exercée qu’une consultation hebdomadaire du grimoire suffit. »

- « Oui Maître. Mais je l’ai bien observé, et suis également parvenu à la conclusion qu’il n’a pas besoin d’accomplir de gestuelles ou d’incantations pour tisser la trame de ses sorts ; il fait juste semblant pour donner le change. Il l’a même plus ou moins admis. »

- « Certes, c’est étrange », lui concéda Allustan. « Toutefois, je te rappelle également que tout sort peut être modifié de façon à supprimer ces composantes. Cela en rend le contrôle plus difficile, et en réserve donc l’usage à des Mages chevronnés, ou peu soucieux de leur sécurité. »

- « Je l’ai déjà vu échouer à lancer un sort, mais il n’a donné aucun signe d’en subir un quelconque contrecoup », insista Kalen.

- « Alors il est possible dans l’absolu que nous ayons affaire à un Mage puissant mais amnésique. Mais je t’accorde que ce n’est qu’une hypothèse et sans doute pas la plus probable. »

- « Ah ? », répondit Kalen, un peu perdu.

- « Il peut s’agir de capacités innées », poursuivit Allustan, « comme celles dont disposent certaines créatures outreplanaires. As-tu remarqué des phénomènes étranges lors de l’utilisation de ses pouvoirs, comme une odeur de soufre par exemple ? »

- « Euh, non, pas vraiment, plutôt l’inverse même. Quand il utilise son pouvoir de lévitation, il se dégage une odeur de fleurs. Et quand il fait usage de sa télékinésie, ses yeux brillent d’un feu argenté. »

- « Je ne m’y connais guère en matière de créatures outreplanaires, ni en Invocations d’ailleurs, mais cela me ferait plutôt penser à une créature des Plans Supérieurs, du genre deva, ange ou archon. C’est une hypothèse somme toute plus rassurante que celle selon laquelle vous auriez affaire à une quelconque créature démoniaque. Garde un œil sur lui et tiens-moi informé. »

- « Je n’y manquerais pas, Maître », acquiesça Kalen. « En attendant, euh, je dois passer demain matin à la chapelle d’Heironéous, et je crois qu’il a été question de verser une obole pour les soins magiques reçus, suite à la morsure de la ghoule. Est-ce qu’il serait possible d’envisager le versement d’une avance sur mes émoluments ? »

- « Très bien », soupira Allustan. « je suppose que l’on peut considérer cela comme des frais liés à l’exploration du cairn. Tu pourras dire au Glorieux Vélias de mettre cela sur mon compte. Ce sera tout ? »

- « Encore une toute petite chose, Maître », poursuivit Kalen. « Nous avons trouvé divers objets enchantés dans le cairn, et souhaiterions savoir si vous pourriez les identifier pour nous… »

- « Holà, jeune homme », le sermonna son mentor, « je crois me souvenir que lors de ton arrivée en ces lieux tu m’avais vanté tes talents en matière de Divination. Tu es parfaitement capable de te charger toi-même de cette besogne. Par contre, je veux bien laisser à ta disposition les quelques perles en ma possession, contre juste compensation bien sûr. »

- « Que diriez-vous de cette plaquette de terre cuite, Maître ? » lui proposa Kalen en lui tendant l’objet trouvé le matin même dans le coffret mural au pied du conduit éboulé. « Elle dégage une aura d’Invocation. De plus, pour autant que je sache, c’est un authentique artefact des Ducs des Vents. »

- « Ca devrait aller… », acquiesça Allustan, en caressant amoureusement du doigt les reliefs à la surface du dit objet, les yeux brillants d’émotion. « Pour être équitable, je le ferai évaluer par la Guilde des Mages. Leur bourse d’échange a établi des cotations pour toutes sortes d’objets enchantés. Mais tu peux d’ores et déjà utiliser autant de mes perles que tu voudras, nous ferons nos comptes plus tard. Et je veux avoir priorité sur tous les artefacts anciens du même acabit que vos pourriez trouver dans le cairn. »

- « Fort bien, Maître, nous n’y manquerons pas. Serait-ce trop vous demander de me donner une idée générale de la valeur des objets que nous avons trouvés ? Il y a un anneau, une perle, des potions, une épée courte… »

- « On ne vous apprend donc plus rien, à l’Académie des Arts Magiques, sur les objets magiques courants ? Je t’ai déjà parlé de mon ancienne apprentie, Marzena ? Ce n’est pas elle qui m’aurait posé ce genre de questions ! », grommela Allustan, avant de reprendre sur un ton plus posé. « Bon, j’imagine que tu n’as jamais eu l’occasion d’aborder les enchantements, ou que tu as dormi ce jour-là en classe. La valeur d’un objet dépend bien évidemment de la puissance et surtout de la nature de son enchantement ; il m’est donc impossible de répondre avec une quelconque précision. Tout ce que je peux te dire, c’est que ton anneau vaut au moins mille orbes, puisque je ne connais aucun objet de ce type avec une cotation inférieure. Maintenant, donne-moi tes potions, ouvre bien grands tes yeux et tes oreilles et instruis-toi. »

Kalen s’exécuta sur le champ, tirant de son sac à dos les trois fioles emplies d’un liquide opaque, rose phosphorescent, trouvées sur un cadavre dans la salle de l’essaim de scarabées. Allustan se saisit de l’une des fioles, l’examinant dans la lumière du soir en la faisant osciller lentement. Puis il la déboucha, en huma longuement le contenu, puis le goûta du bout de la langue.

- « Et voila comment on identifie les potions à l’ancienne, gamin ! », lâcha Allustan en claquant la langue, satisfait. « Liquide fluide et opaque à l’aspect brillant, consistance homogène, robe rosée, nez soutenu de soufre, légère pointe salée en bouche. C’est une potion de Cicatrisation des Blessures Légères, concoctée selon la formule la plus courante qui plus est ; sa valeur n’excède pas 50 orbes. Tu viens d’en économiser 100, et d’apprendre quelque chose par-dessus le marché. Qu’est ce qu’on dit ? »

- « Merci Maître… », concéda Kalen, mettant un point final à la conversation.
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Les compagnons se retrouvèrent le soir autour d’une chope, comme à leur habitude, pour comparer leurs expériences et décider de leurs prochaines actions.

Malgré l’imminence du retour tant du père d’Aloïs que du Mage Khellek, dont il était difficile de dire lequel serait le plus courroucé des excursions menées derrière leur dos, ils étaient nerveusement épuisés par deux journées des plus mouvementées et finirent par renoncer à retourner au cairn le lendemain en faveur d’une journée de repos qu’ils estimaient bien méritée.

En outre, ils résolurent de ne pas chercher à se renseigner sur le retour du trio d’aventuriers, que ce soit auprès du vieux Durskin ou en ville, de peur d’attirer l’attention sur eux.


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1er Jour de la Terre du Mois des Semailles
de l’Année Commune 595 (aube)
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Le lendemain matin, Kalen se réveilla brûlant de fièvre dans un lit inondé de sueur. Tremblant comme une feuille et l’estomac au bord des lèvres, il s’habilla aussi vite que ses jambes en coton le lui permirent avant de se rendre en hâte à la chapelle d’Heironéous.

Le Glorieux Vélias l’y attendait, et commença à l’ausculter sans même prendre le temps de procéder aux salutations d’usage.

« Je m’y attendais un peu… » dit-il après avoir examiné successivement le blanc de l’oeil du Mage, senti son haleine fétide et tâté les ganglions douloureux qui lui étaient poussés sous les bras durant la nuit. « Tu as un beau cas de Fièvre des Ghoules, mon garçon. »

« Ah ? C’est grave ? » s’ensuit Kalen sur le ton plaintif de l’hypocondriaque voyant ses pires craintes se réaliser.

« Oui, on peut le dire. L’issue peut être mortelle. Mais je te rassure, il y a des cas de guérison spontanée. Avec des soins attentifs, et compte tenu des effets cumulés de l’empoisonnement, d’ici quelques semaines tu devrais être sur pieds. »

« Je vois. Je ne suis pas sûr d’en réchapper, et au mieux je serais cloué au lit pour une durée indéterminée. Et si l’on envisageait des soins magiques ? »

« C’est que tu dois déjà au temple la somme de 40 orbes, pour la guérison de ta blessure à la tête hier… C’est un tarif unique imposé par la Cité de Greyhawk à tous les cultes autorisés » s’empressa d’ajouter le Glorieux Vélias devant les yeux exorbités de Kalen. « Nous payons une taxe dessus, et le solde est consacré à nos œuvres. »

« L’argent n’est pas un problème », lui répondit Kalen une fois remis du choc. « Vous n’aurez qu’à envoyer la note à mon Maître Allustan », conclut-il, grand seigneur en ponctuant cette déclaration d’un geste dédaigneux de la main qui se voulait témoigner d’un profond mépris pour d’aussi basses considérations matérielles. En son for intérieur, il était loin de ressentir une telle assurance, et s’inquiétait de la réaction qu’aurait son Maître en recevant la dite note, qui s’annonçait bien plus salée que prévu.

« En ce cas… Une Guérison des Maladies et trois Restaurations mineures devraient dissiper entièrement les effets de la fièvre et de l’empoisonnement. Assieds-toi là, cela ne sera pas long. »

Effectivement, une petite minute plus tard, Kalen avait recouvré toutes ses forces, et grevé son patrimoine d’une petite ardoise de 720 orbes.
Mathieu, Aloïs, puis Barnabé vinrent ensuite tour à tour rendre visite au Glorieux Vélias. Si le premier d’entre eux put bénéficier gratuitement de soins en sa qualité de membre combattant du culte d’Heironéous, il en alla autrement pour ses deux compères qui, sans égaler Kalen, devinrent tous deux redevables auprès du culte d’Heironéous d’une dette de 320 orbes.

Comme prévu, les compagnons vaquèrent ensuite chacun de leur côté à leurs occupations, ou prirent du repos.

En particulier, Kalen passa sa journée à identifier la nature de deux des objets magiques récupérés la veille sur l’un des squelettes de la salle aux scarabées, qui se révélèrent être respectivement un Anneau de Chute de Plume et une Perle de Pouvoir. Consulté, Allustan lui apprit que le premier de ces objets était côté à 2.200 orbes à la bourse d’échange de la Guilde des Mages de Greyhawk, et promit de se renseigner pour le second.

Le soir venu, c’est à, l’unanimité que les compagnons décidèrent de confier l’anneau à Khalil. Au vu de sa propension marquée à faire de longues chutes, il était évident qu’il était le plus à même d’en tirer le meilleur profit.

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1er Jour-Libre du Mois des Semailles
de l’Année Commune 595 (aube)
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Alors que les premières lueurs du soleil commençaient à éclaircir le ciel nocturne par delà les collines, les compagnons reprirent pour la troisième fois le chemin du cairn, sortant de la ville séparément avant de se retrouver sur la Piste d’Urnst. Ils progressèrent d’autant plus rapidement sur ce chemin qui leur était désormais familier qu’ils n’eurent pas cette fois-ci à faire halte au niveau du bâtiment minier en ruines, coupant directement vers leur objectif.

Kalen et Barnabé accomplirent leur tache habituelle, lançant sur leurs compagnons les sorts de Vision Sombre collective, de Nyctalopie et d’Armure de Mage nécessaires au bon déroulement de leur exploration. Cette fois, personne ne fit le difficile ; même Mathieu avait pris la précaution de se procurer la veille une armure plus légère, dépourvue de pièces métalliques, afin de pouvoir lui aussi bénéficier d’une protection magique.

Il fit également savoir à ses camarades qu’après une journée consacrée à la méditation et au recueillement, Heironéous avait consenti à accéder à ses prières en lui octroyant un nouveau pouvoir du nom d’Acclimatation, qui lui permettrait de protéger toute personne de son choix contre les effets néfastes d’une température extrême durant une journée entière. Ce pouvoir leur serait donc très utile pour explorer la zone de froid intense rencontrée l’avant-veille.

Après une rapide discussion, il fut décidé que Mathieu en ferait immédiatement bénéficier tout le monde, malgré la ferme opposition de Barnabé qui par principe aurait préféré attendre le dernier moment pour cela, mais dut se rendre à l’avis de la majorité.

Une fois de retour dans la grande salle du sarcophage, certains des compagnons estimèrent dommage de ne pas en profiter pour allumer de nouveau les lanternes et s’assurer de l’effet produit. Ainsi fut fait. Un tourbillon de lumières colorées dansa bientôt sous le vaste dôme de la salle.

Aloïs insista pour faire, avec l’aide des pouvoirs d’Hélebrank, l’ascension jusqu’au couloir du visage, et eut l’immense joie de constater que la bouche de ce dernier était démesurément étirée, s’ouvrant sur une nouvelle salle sombre. Il annonça immédiatement la nouvelle à ses compagnons, avec force cris et beuglements de joie.
Hélas, contre toutes attentes, cette découverte n’eut pas l’heur de plaire à tout le monde.

« Ca y est, j’en étais sûr ! », explosa Barnabé. « C’est toujours la même chose avec vous ! Je vous l’avais bien dit que c’était une ânerie que Mathieu nous protège si tôt contre le froid ! Mais non, jamais personne ne m’écoute ! Maintenant, au lieu de descendre explorer le couloir glacial comme prévu, on va monter faire les marioles là-haut, et le temps qu’on redescende, on aura tout gâché ! J’en ai assez qu’on tienne mon avis pour quantité négligeable ! »

Le hobniz aurait continué à fulminer et à pérorer de la sorte si ses compagnons, abasourdis par cette éruption de colère aussi violente qu’inattendue, ne l’avaient immédiatement assuré que bien sûr, ils avaient tous la ferme intention de continuer l’exploration conformément au plan initial et de remettre l’examen de la nouvelle salle à plus tard.

Aloïs redescendit donc prestement de son perchoir, non sans lancer un dernier regard douloureux vers sa chère trouvaille.

Par acquit de conscience, avant de procéder plus loin, les compagnons firent pointer le sarcophage vers toutes les directions possibles alors que les lanternes étaient encore allumées, mais ne constatèrent aucun effet perceptible, du moins à l’endroit où ils se trouvaient. Aloïs descendit dans le cylindre du couloir jaune, sans plus de succès : la salle était en tous points telle qu’ils l’avaient laissée. Puis ils éteignirent et emportèrent avec eux toutes les lanternes, avant d’emprunter ce même cylindre pour poursuivre l’exploration du cairn dans une direction qui ne heurterait pas la sensibilité du bouillant hobniz.

Arrivés au bout du couloir, ils eurent la surprise de constater que malgré le pouvoir d’Acclimatation de Mathieu, doublé de l’Armure de Mage de Kalen, le froid intense qui y régnait restait nettement perceptible. Sur leur droite, le mur de la salle était percé d’une arche identique à celle de la salle d’accès : une toise de large sur deux toises de haut, avec une arche géométrique en forme de triangle équilatéral. Cette arche donnait accès à une grande pièce baignée d’une très vive lumière. L’accès en était toutefois barré par une sorte de tapis pelucheux recouvrant le sol de pierre et une partie des murs, constitué par une sorte de moisissure d’un joli brun. Le froid semblait irradier depuis cette partie du couloir.

Prudemment, les compagnons décidèrent de porter d’abord leurs pas vers la gauche, à l’opposé de cet étrange phénomène.

Ils purent ainsi constater qu’ils se trouvaient dans une salle carrée de six toises de côté, et que le pilier central était également carré, faisant trois toises de côté. Une seconde arche identique à la première s’ouvrait au milieu du mur de gauche. Juste en face, le pilier central présentait une légère dépression rectangulaire d’une toise de large sur deux toises de haut à deux pieds au-dessus du sol. Piliers comme murs extérieurs étaient gravés à hauteur de la taille d’une frise géométrique identique à celle du couloir d’accès au cairn.

Franchissant l’arche, les compagnons pénétrèrent dans une vaste pièce de quatre toises sur trois qui avait manifestement dû servir de chambre à un éminent personnage, tant ses murs et aménagements étaient ornés de frises géométriques d’une extrême finesse. Une grande dalle de pierre dont la forme suggérait celle d’un lit était appuyée contre le mur de gauche, sous un énorme bas-relief représentant un robuste humanoïde chauve au long nez, les mains tendues. Ce personnage portait une robe aux replis battus par le vent, admirablement bien sculptée, lui donnant l’allure d’un dieu triomphant. Un glyphe ressemblant un peu à une flèche stylisée, identique à celui déjà aperçu dans le complexe des scarabées, était gravé sur une amulette qu’il porte au cou. Diverses garde-robes et coffres de rangement creusés dans la pierre du mur de droite ont apparemment été pillés de longue date.
Kalen lança un sort de Compréhension des Langues sur le glyphe de la statue, formalité dont il avait omis de s’acquitter jusqu’à présent, et reçut la confirmation qu’il correspondait au nom d’un individu, un certain « Nadroc ».

Kalen et Barnabé procédèrent ensuite à leurs examens magiques habituels. Si la Détection de la Magie du premier ne révéla qu’une faible aura d’Air et de Sorcellerie sur le lit-dalle, la Détection des Portes Secrètes du second décela que le renfoncement du pilier central était susceptible de s’ouvrir, ainsi que la présence d’un mécanisme de commande sous la forme d’un bouton triangulaire d’un pouce de côté dissimulé dans la frise géométrique du pilier.

La perche d’Aloïs fut de nouveau mise à contribution pour faire pression sur ce bouton, et une dalle de pierre d’une toise de large sur deux de haut et presque une demie toise d’épaisseur s’escamota silencieusement dans le plafond, révélant une niche de mêmes dimensions dont le mur du fond était creusé de neuf casiers cubiques d’un pied de côté, contenant pour certaines des objets. Au sol, ce qui semblait être un squelette humanoïde portant cotte de mailles était aplati comme une crêpe. Curieusement, la tache sombre incrustée dans la pierre du sol s’arrêtait net au rebord de la niche, comme si quelque chose ou quelqu’un en avait nettoyé toute trace extérieure.

Kalen lança un nouveau sort de Détection de la Magie qui révéla la présence de cinq auras magiques, deux sur le squelette et trois dans les casiers. Toutes étaient de faible intensité, à l’exception d’une aura moyenne de Thaumaturgie au sol.

Les compagnons choisirent prudemment de vider les casiers de leur contenu sans pénétrer dans la niche. Hélebrank se chargea de cette besogne en usant de ses pouvoirs. Ses yeux brûlaient d’un feu argenté tandis que les objets s’envolaient un à un jusque dans sa main tendue. Le premier fut une courte et épaisse baguette de verre d’environ six pouces de long, enchâssée d’un cristal de roche taillé en fibule à chacune de ses extrémités. Le deuxième était une baguette de métal lisse et argenté d’environ huit pouces de long, dont l’une des extrémités était évasée en forme de cornet. Le troisième se révéla être une paire de lorgnons aux épais verres de cristal. Kalen confirma que ces trois objets étaient bien source des auras magiques de faible intensité détectées, mais ne put en déterminer la nature exacte malgré un examen attentif.

Aloïs entreprit ensuite de racler du bout de sa perche les débris de verre, bouts de métal, ossements et autres restes humains agglutinés au sol. Après quelques minutes d’efforts sous la supervision de Kalen, il en tira un haubert en cottes de mailles étonnamment bien conservé et un sac de jute d’aspect banal, qui pourtant se révéla être la source de l’aura de Thaumaturgie d’intensité moyenne, ce qui en faisait un objet enchanté de puissance respectable.

Kalen rassembla tous ces objets dans son sac à dos en vue d’une identification ultérieure, à l’exception de la trop lourde cotte de mailles dont Mathieu, avec une certaine gourmandise dans le regard, accepta de s’occuper.

Poursuivant leur tour autour du pilier central, les compagnons constatèrent qu’à l’opposé du couloir d’accès, il était flanqué d’un bassin en demi-cercle au rebord peu élevé. Comme dans la salle immergée, il était surplombé à huit pieds de hauteur d’un tuyau recourbé et le sol en était percé de sept petits trous d’évacuation.
Face à ce bassin, s’ouvrait une petite pièce carrée d’une toise de côté aux murs entièrement lisses dont le seul aménagement était un écran de pierre nue d’une demi-toise de large sur une toise de haut derrière lequel était dissimulé un trou d’un demi-pied de côté au milieu du sol.
Ayant complété le tour de la pièce, et ne pouvant aller plus loin sans se frotter à la moisissure brune et au froid surnaturel qui s’en dégageait, les compagnons rebroussèrent chemin pour revenir se réfugier dans le couloir d’accès, au niveau de la deuxième paire d’alcôves.

Après un bref conciliabule, Hélebrank se positionna de façon à pouvoir apercevoir la moisissure sans avoir trop à souffrir de ses effets réfrigérants et, usant de ses pouvoirs télékinétiques pour manipuler à distance une torche enflammée, tenta de dégager le passage vers la pièce illuminée. Le résultat fut spectaculaire, mais à l’exact opposé de celui escompté : dès que la flamme nue de la torche entra en contact avec la moisissure, celle-ci connut une croissance exponentielle, avançant d’une bonne toise dans le couloir.

Hélebrank battit précipitamment en retraite, éloignant au plus vite la torche nourricière de la moisissure avide de chaleur. Changeant son arbalète d’épaule, il frappa la moisissure d’un rayon glacial. Autour du point d’impact, une surface considérable de l’infestation noircit et tomba en poussière instantanément. La détruire méthodiquement toise par toise et pied par pied ne fut ensuite plus qu’une question de temps, libérant l’accès vers l’arche menant à la salle illuminée.

Face à elle, le pilier central était creusé d’une haute et profonde niche d’une toise de large sur une demie toise de profondeur et deux toises de haut, partiellement occupée par un bloc de marbre blanc dont le sommet, situé à quatre pieds de haut, était creusé d’un bassin ovale empli à ras bord d’une pâte grumeleuse de couleur orange, strictement identique à celui déjà rencontré dans la salle de l’essaim.

Les compagnons reportèrent leur attention vers la salle illuminée, qui se révéla avoir les mêmes dimensions que la chambre visitée précédemment. Son plafond brillait tout entier d’un éclat semblable à celui de la lumière naturelle du soleil, éclairant vivement un ensemble d’établis, d’étaux, de rouets et de blocs de marbre non taillés permettant d’identifier cette salle comme étant l’atelier d’un sculpteur. Une énorme statue inachevée d’un guerrier imposant, le torse nu et brandissant de la main gauche une sorte de bâton ou de sceptre dominait le mur du fond. Il s’agissait encore d’un humanoïde imberbe similaire au gisant du sarcophage, mais dont les traits étaient clairement ceux d’un individu différent. Sur un petit piédestal de métal rouge disposé le long du mur à main droite était posé ce qui semblait être un œuf de pierre d’un noir de jais, de la taille d’un petit rocher, sur lequel était gravé un glyphe doré ressemblant à un triangle équilatéral dont chacun des côtés portait de courtes hachures biscornues.

Kalen lança de suite une Détection de la Magie, qui ne décela dans la pièce qu’une aura magique de Feu d’intensité moyenne au plafond, correspondant très vraisemblablement à l’éclairage de la pièce, et une aura de faible Enchantement sur le bassin de marbre dans le couloir. L’œuf ne dégageait quant à lui aucune aura magique.

Aloïs s’approcha pour examiner de plus près le court bâton tenu par la statue, alléché par les multiples allusions au Sceptre aux Sept Morceaux trouvées précédemment dans le cairn. Il faillit avoir des palpitations en constatant que le bâton ne faisait pas partie intégrante de la statue mais pouvait être retiré de ses mains, et qu’il portait six rainures peu profondes, le divisant en sept parties de longueur croissante. Mais son excitation retomba d’un coup lorsqu’un examen plus attentif révéla que le bâton était sculpté d’une seule pièce dans un bois si ancien qu’il en était pétrifié, et n’était donc qu’une représentation grossière de la célèbre relique majeure. Kalen ne l’en prit pas moins dans l’intention de le montrer à son mentor.

Désormais rodé, Kalen détermina grâce à un sort de Compréhension des Langues que le glyphe de l’œuf avait pour signification ‘’Serviteur d’Ogrémoch’’. Aloïs fit de suite le lien avec les récits héroïques qu’il avait entendus sur l’ascension et la chute du Temple du Mal Elémentaire, Ogrémoch étant le nom d’un Prince du Mal Elémentaire, plus précisément celui lié à la Terre. Quant à Mathieu, il confirma que l’œuf dégageait une aura de Mal.

Prudemment, les compagnons s’abstinrent d’y toucher, se contentant d’un examen visuel aussi distant que possible. Il semblait reposer en équilibre, sans aucun support apparent. Aucun d’entre eux ne fut en mesure de déterminer la nature du métal rouge dont était constitué son piédestal.

Barnabé prit le temps de fouiller l’établi de fond en comble, sans rien y trouver. Manifestement, soit le propriétaire des lieux avait fait le ménage, soit d’autres avaient pillé la pièce avant lui.

Les compagnons remontèrent donc dans la salle au sarcophage, disposant et garnissant de nouveau les lanternes avec des torches allumées. Puis avec l’aide d’Hélebrank ils montèrent tous sans encombres vers le couloir au visage, au-dessus de la lanterne bleue, constatant qu’effectivement sa bouche était désormais démesurément béante, ouvrant un large passage.

Au-delà s’étirait une pièce sombre, que seule sa longueur de huit toises faisait paraître étroite malgré ses trois toises de largeur. Pour seul plancher, une poutre de bois pétrifié de deux pieds de large traversait la pièce sur toute sa longueur, jusqu’à atteindre ce qui semblait être une porte métallique lisse, dépourvue de tout ornement. En contrebas, environ une à deux toises au-dessous de la poutre, d’innombrables sphères de céramique blanche de la taille d’un pamplemousse étaient entassées, constituant une surface aussi irrégulière que probablement instable. Les murs de part et d’autre de la poutre, séparés d’elle par un vide de plus d’une toise de large, étaient gravés sur toute leur surface d’un dense réseau de figures géométriques. Le plafond de pierre lisse était situé à deux toises au dessus de la poutre.

« J’ai un mauvais pressentiment… », commença Barnabé, traduisant ainsi le sentiment majoritaire.

Il ne s’en porta pas moins volontaire pour tenter une traversée en solitaire, après avoir pris la précaution de se faire encorder et s’être lancé un sort de Pas de l’Araignée. Tout se passa bien jusqu’à ce qu’il atteigne le milieu de la salle. C’est alors que jaillit du mur de droite une sphère de céramique qui, projetée à la vitesse d’un boulet de catapulte, le frappa en pleine poitrine, l’assommant net sous le choc. Mathieu, qui tenait l’autre bout de la corde, le décolla de la poutre d’un coup sec du poignet et le hâla vers lui aussi vite qu’il put ; pas assez rapidement toutefois pour lui épargner l’impact d’un second boulet venant cette fois de la gauche, qui le frappa au bras. Fort heureusement, son Armure de Mage l’avait préservé de toute blessure sérieuse.

Une fois le hobniz ranimé, les compagnons tombèrent d’accord pour laisser Kalen faire une nouvelle tentative, toujours encordé, mais cette fois en lévitant au plafond sur le côté de la pièce. Le résultat fut hélas le même : dès que Kalen eut atteint le milieu de la pièce, il fut frappé dans une partie sensible de l’anatomie masculine par un boulet venu du mur de droite, qui le laissa plié en deux de douleur.

Cette fois, ceux des compagnons qui observaient la pièce purent s’apercevoir que d’une part les projectiles jaillissaient de trous dissimulés dans les figures géométriques ornant les murs, et que d’autre part les sphères entassées au fond de la pièce connaissaient de légers mouvements de tassement à chaque tir, laissant supposer qu’elles alimentaient le piège en munitions. En termes de reconnaissance du terrain, l’on pouvait donc dire que la sortie de Kalen avait été un succès.

Ce dernier n’eut toutefois pas le temps de s’en féliciter. Alors qu’il était tracté vers la sortie par Mathieu, il fut frappé à nouveau au même endroit par un second boulet, qui le précipita dans une profonde et douillette inconscience.

« Oh ben couillon, ça doué fair’mal, pour sûr ! », commenta une voix inconnue, provenant de l’intérieur de la pièce.

« Hein ? Qui a dit cela ? Qui est là ? », sursauta Barnabé.

Aucune réponse ne lui parvint ; tout était redevenu silencieux.
Après quelques minutes tendues, durant lesquelles les compagnons restèrent l’oreille dressée pour tenter de localiser la provenance de la voix mystérieuse, Barnabé se porta volontaire pour une seconde tentative, en empruntant cette fois la face inférieure de la poutre.
Cette idée ingénieuse eut toutefois au final le même résultat ; une sphère jaillit du mur de droite dès qu’il fut bien avancé dans la pièce. Mais cette fois, en hobniz averti qu’il était, Barnabé parvint à esquiver le projectile et à poursuivre le long de la poutre jusqu’à attteindre son autre extrémité. Là, il eut à peine le temps de constater qu’effectivement, la porte métallique ne présentait au regard aucune poignée, anneau, serrure ou autre moyen d’ouverture, avant d’être de nouveau envoyé dans les pommes par une sphère de céramique bien ajustée.

Fort de sa désormais considérable pratique dans la pêche au gros, Mathieu le décolla d’un coup sec avant de le ramener à lui toise par toise, toujours lévitant grâce aux bons offices d’Hélebrank, sous une grèle de projectiles.

Une fois le hobniz revenu à lui, Kalen proposa alors de lancer son sort de Seconde Vue mineure afin de découvrir ce qui pouvait bien être dissimulé derrière cette porte. Faute de mieux, ses compagnons acceptèrent de patienter les vingt minutes nécessaires, après lui avoir toutefois rappelé que la durée de vie des torches placées dans les lanternes, limitée à une heure, ne lui laisserait pas le loisir de procéder à de multiples tentatives.

Hélebrank occupa son temps en faisant léviter une à une des sphères de céramique hors de la pièce, qu’Aloïs faisait ensuite rouler jusque dans le puits d’accès, mais renonça au bout d’une douzaine devant l’ampleur de la tâche. Néanmoins, il parvint ainsi à mettre à jour ce qui semblait être les vestiges rouillés d’une épée longue, souvenir du passage en ces lieux d’un lointain prédécesseur.

Malgré la pression amicale exercée par ses camarades, Kalen réussit sans coup férir à tisser correctement la trame de son sort. Pour la première fois, il eut la satisfaction de pouvoir démontrer son utilité. Son senseur magique était situé jute de l’autre côté de la porte métallique, au seuil d’une immense salle ronde à l’architecture complexe. Sur son pourtour, une large corniche dépourvue de parapet entourait un gouffre. A l’origine, ce dernier devait être surplombé par quatre passerelles de pierre rejoignant et soutenant un anneau de pierre lisse central, mais deux de ces passerelles s’étaient effondrées. Une vive lumière, dont l’intensité et la couleur étaient celles d’un jour d’été, provenait du plafond en dôme culminant six toises plus haut. Quatre larges alvéoles étaient creusées dans la périphérie de la pièce, dont le fond était sculpté de vastes scènes en bas-relief.

Il n’eut toutefois pas le temps de poursuivre son examen. Soudain, une face lumineuse grimaçante surgit juste en face de sa vision virtuelle. Surpris, Kalen poussa un cri et perdit sa concentration, rompant le sort. Sa vision se troubla un instant, avant de revenir lui montrer les visages inquiets de ses compagnons.

« Qu’est ce qu’il y a ? Pourquoi tu beugles comme ça ? » l’interrogea Mathieu.

« Il y avait quelqu’un, là-bas ! » lui répondit Kalen, encore secoué.


Il n’eut pas le temps de donner plus de détails avant que n’apparaisse, surgissant de nulle part, la forme lumineuse d’un jeune adolescent humain vêtu de haillons grossiers. Son cou brisé reposait avec un angle impossible sur son épaule, indiquant clairement qu’il n’était plus de ce monde. Des griffes noires d’une longueur démesurée et un regard digne d’un maniaque homicide achevaient de lui donner un aspect inquiétant.

- « Désolé d’vous avouère fait de l’émotion, avions point pu résister », dit l’apparition en grimaçant ce qui se voulait un sourire, s’adressant à Kalen.

- « Heu… Bonjour… Qui êtes-vous, au juste ? », hasarda Mathieu.

- « Mon nom, c’est Alastor. Alastor Land », lui répondit le fantôme. « C’étions mes os que vous avez ramassé là-bas, l’aut’ foué. Pour les enterrer, même. C’étions gentil de vot’ part, pour sûr. »

- « Qu’est que vous fichiez dans ce cairn ? Ce n’est pas un endroit pour un garçon de ferme ! », lui demanda Barnabé.

- « Ah non, pour sûr, la preuve vu qu’j’en étions mouru. C’t’une longue histouére. J’étions jeune, mon père Anders étions passé d’une mauvaise toux tantôt, et ne restait que moué et mon grand frère Coldaran pour faire tourner la ferme. Mais moué, j’voulions point d’venir fermier et mourir fermier comme mon père, j’avions toujours voulu faire l’aventure. Alors j’suis parti avec sa dague. »

- « Ca me rappelle quelqu’un… », commenta Aloïs.

- « Sauf que j’avions point d’chance », poursuivit Alastor. « M’étions abrité pour la nuit icitte, et j’avions voulu z’y fureter, et j’m’suis rompu le col en tombant comme un couillon après qu’la face s’étions mise à buffer. »

- « C’est ballot en effet », l’approuva Aloïs, « mais comment aviez-vous vu qu’il y avait un couloir dissimulé ici, en hauteur ? »

- « Ben, comm’vous à c’t’heure… Avec mes yeux. J’avions de bons yeux. J’les avions toujours mêm’, en plus rouges », conclut il avec un ricanement sinistre. « Ca vous ferions rien de dire quelle année étions, à c’t’heure ? Avions plus guère vu le jour depuis qu’j’avions mouru. »

- « Nous sommes en 595 AC », lui répondit Mathieu. « Votre dépouille a été confiée aux prêtres d’Heironéous, qui ont pu nous dire que vous étiez mort en 565 AC, il y a de cela tout juste trente ans. »

- « Aah pour sûr », approuva le fantôme avec un long soupir. « ç’avions été drôlement long. Avions eu le temps de cogiter, sûr. En plus de mieux, vu qu’étions mort, avions une aut’ façon de vouère les choses. Même que maint’nant, regrettions drôlement d’êt’ parti, qu’c’étions drôlement égo-isse d’not’part d’avoir laissé la famille dans la mouise, com’ça. »

- « Ah ben oui, surtout qu’ils sont tous morts depuis », renchérit Aloïs avec tact.

- « Ouais », opina le fantôme. « J’savions point trop l’esspliquer, mais l’avions su, que z’étaient passés, sûr et certain. Comme si étions venus m’le murmurer à l’oreille avant d’partir, voyez. Ca m’avions fait encore plus mal d’êt’parti d’la ferme. Savions point quand ni comment qu’c’est arrivé, mais si ça se trouv’, y seraient point mourus si j’avions resté à la ferme. J’avions du gros r’mords. Gertia avions l’air d’avouère dev’nu une grande fille. Gertia, étions ma p’tite sœur. Maint’nant, savions c’que me ferions du plaisir ? »

- « Euh, non… »

- « Ce s’rait d’êt’enterré dans l’mêm’ endroué que ma famille, voyez, com’ça p’têt qu’pourrions se r’trouver dans une aut’ vie. Si faisions ça pour moué, moué j’vous ouvrions la porte là bas. Sinon, pourrions point passer vu qu’ça s’ouv’ que d’l’aut’ côté, voyez. Donnant donnant. Derrière y’a un genre de tombe, avec plein de finasseries sur les murs. J’étions v’nu icitte par curiosité, et avions ben eu le temps d’tout voir. »

- « Ca me semble équitable », acquiesca Mathieu. « Il n’y a pas quête plus noble que celle consistant à guider une âme perdue vers son juste repos. Si ce n’est pas indiscret, ils sont enterrés où, vos parents ? »

- « Oh, savions point trop, vu qu’étions point là pou’l’vouère, mais avions un tertre funar… Funé… Où c’qu’on met les mourus, derrière la ferme. »

- « Vous ne pourriez pas l’ouvrir dès maintenant, cette porte ? Parce que si l’on vous enterre avec votre famille et que vous partez aussitôt vers un repos éternel en laissant la porte fermée, nous ne serions pas plus avancés… », objecta judicieusement Kalen.

- « Oh qu’non. Si j’vous ouv’ la porte, j’étions moins sûr d’avouère c’que j’voulions. Ch’uis p’têt’ un pésan, mais point une courge. Vous passions point avant », s’emporta le fantôme en haussant la voix tandis que sa silhouette lumineuse s’assombrissait et que ses yeux s’enflammaient d’une intense lueur rouge.

- « C’est entendu ! On va faire comme vous avez dit, je vous en donne ma parole ! », coupa court Mathieu, soucieux de désamorcer la situation avant que cela ne tourne au vinaigre.

- « A la bonne heure », approuva Alastor en reprenant un aspect plus paisible. « Désolé pour la gueulante. Faut pas vous mouronner, prendrions ben le temps d’ouvrir avant que’d’partir. Mais faut m’comprendre, trouvions le temps ben long. Et y’avions guère de passage, icitte. A part vous, avions vu qu’un groupe de gensses, et avions point pris l’temps de m’écouter, ces trouilleux. »

- « Ah ? Quel genre de gens ? Il y a longtemps ? Ils ont fait quoi ? », le pressa de questions Aloïs.

- « Ben le genre aventurier, comme vous autres. J’m’étions montré en bas, dans le couloir à la lanterne. Pouvions guère aller plus loin, pour sûr. Et y s’étions mis à crier et à courir et à m’lancer des trucs. Alors j’étions parti, tout en restant pour les zieuter, j’savions point trop vous esspliquer, c’t’un truc de fantôme. Et pis y’en a un qu’est mouru dans le tube en métal, çui qu’est un genre de pressoir à raisin. Et pis les autres y’z’ont pris l’aut’tube, çui qu’est cassé à c’t’heure, et étions jamais rev’nus. »

Alastor fit une pause, puis regarda attentivement chacun des compagnons comme pour les jauger.

- « Dites vouère », dit-il, reprenant la parole, « y’en a t’y un parmi vous aut’ qui s’rait assez aimab’ pour m’laisser, euh, lui entrer d’dans, histouère qu’j’me rappellions l’effet qu’ça fait d’avouère un corps à moué, voyez ? Juste queq’minutes ? »

- « Non, sans façon, je veux dire, pas question », le coupa Mathieu sur un ton ferme et définitif. « De toute façon, il faut qu’on parte maintenant, on a beaucoup de choses à régler pour votre inhumation, pas vrai les amis ? », conclut-il en lançant un regard appuyé à ses compagnons pour les dissuader de le contredire.

- « Pour sûr, comprenions bien… » répondit Alastor tristement. « Mais y’a point d’mal à d’mander, à c’t’heure. Si avions point l’temps de tailler la bavette. J’comptions sur vous aut’, faisez vite ! »

Sur ces bonnes paroles, les compagnons se hâtèrent de redescendre vers la salle au sarcophage avant que le fantôme ne change d’avis, et convinrent de revenir à Lac-Diamant sans plus attendre, en emportant de nouveau avec eux butin et lanternes.

Taldor

C'est trop cool comment il parle. ;)

Smarnil le couard wrote:

dès que Kalen eut atteint le milieu de la pièce, il fut frappé dans une partie sensible de l’anatomie masculine par un boulet venu du mur de droite, qui le laissa plié en deux de douleur.

Degat critique? ;)


Moonbeam wrote:
C'est trop cool comment il parle. ;)

Et oui... J'avais pris mon plus bel accent du terroir pour le jouer, en partant du principe que les joueurs seraient moins enclins à dégainer trop vite face à un fantome avec une diction comique (mais à retranscrire, c'est l'enfer! Cette partie a été en grande partie repiquée sur un dictaphone puis condensée).

Moonbeam wrote:
Smarnil le couard wrote:

dès que Kalen eut atteint le milieu de la pièce, il fut frappé dans une partie sensible de l’anatomie masculine par un boulet venu du mur de droite, qui le laissa plié en deux de douleur.

Degat critique? ;)

En quelque sorte... Dans le système HERO, les dommages sont localisés, et il a effectivement été touché deux fois de suite au bas du ventre avec les effets que tu devines... Pas de bol!


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INTERLUDE
(échanges de courriels entre sessions)

1er Jour Libre du Mois des Semailles
de l’Année Commune 595 (fin de matinée)
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Kalen quitta ses camarades peu avant l’arrivée à Lac-Diamant, se hâtant de rejoindre son Maître, la tête et le sac à dos respectivement bourrés à craquer de questions et d’objets à soumettre à sa proverbiale sagacité.

Comme l’avant-veille, Allustan prenait le frais sous son arbre favori et, s’avisant de l’arrivée de son apprenti tant préféré qu’unique, mit de côté le saucisson sec auquel il s’apprêtait à faire connaître un sort funeste, couteau et chope de petite bière à la main.

« Décidément, tu arrives toujours juste à temps pour l’apéritif… » lança Allustan sur un ton badin. « Tiens, assieds-toi là et raconte-moi tes dernières découvertes, ça m’ouvrira l’appétit. »

Prenant place sur le rondin faisant office de banc que lui désignait son Maître, Kalen entreprit de lui narrer par le menu ses activités de la matinée : comment avec ses compagnons il était retourné au Cairn, pour y découvrir que l’allumage de toutes les lanternes provoquait l’ouverture de la bouche du visage en bas-relief ; comment ils étaient redescendus dans le couloir glacial et l’avaient cette fois exploré, y trouvant une chambre d’habitation et un atelier, ainsi que certains artefacts d’intérêt : nouveaux glyphes, baguettes, bésicles, sac de jute, un bâton représentant le Sceptre aux Sept Morceaux et un mystérieux gros œuf noir ; comment ils étaient ensuite remontés pour franchir la bouche et pénétrer dans une étrange salle emplie de boulets de céramique, puis y avaient rencontré le fantôme d’un précédent explorateur malchanceux, désireux qu’une sépulture soit donnée à ses ossements selon ses souhaits. Au fur et à mesure de son récit, Kalen tirait de son paquetage les objets découverts, ou remettait à son maître la retranscription sur parchemin des nouveaux glyphes rencontrés. Allustan l’écouta attentivement de bout en bout sans l’interrompre autrement que pour lui proposer une nouvelle rondelle de saucisson.

« Félicitations », lâcha Allustan une fois ce long récit achevé en poussant du revers de la main peaux de saucisson et miettes de pain encombrant la table. « Voila ce que j’appelle une matinée bien employée. Comme convenu, tu auras 10 orbes de récompense pour ces deux nouveaux glyphes, bien que ton « Ogrémoch » ne soit effectivement pas un Duc des Vents. Mais bon, une promesse est une promesse… Ne fais pas cette tête, il y a quand même un lien : lors du grand conflit primordial dont je t’ai déjà parlé, les forces de la Reine du Chaos avaient des alliés, dont précisément cet Ogrémoch, Prince Elémentaire du Mal et Archomental de Terre, entre autres titres. Et je te confirme qu’il s’agit bien du même qui a été mêlé à cette sinistre affaire dans le Verbobonc, il y a de cela une quinzaine d’années. Je pense que vous avez bien fait de ne pas trop toucher à cet œuf. »

S’ensuivit ensuite une discussion un peu technique sur les auras magiques manifestées par certains des objets trouvés dans le cairn, Allustan cherchant à obtenir de Kalen le plus de précisions possibles pour en déterminer la nature.

« A première vue, les deux baguettes et les bésicles semblent être très anciens ; vu l’endroit où vous les avez trouvés, ils remontent probablement à l’époque de la construction du Cairn par les Ducs des Vents », conclut Allustan. « Ces objets ont donc une grande signification historique. Je suis prêt à vous les racheter un bon prix. Par contre, le bâton n’est qu’une simple curiosité, même s’il est probablement tout aussi ancien ; je veux bien t’en débarrasser, mais c’est tout. Quant à la cotte de mailles et au sac, ils sont de facture moderne et n’ont donc que peu d’intérêt pour moi. »

« Merci Maître », répondit humblement Kalen. « Je ne peux hélas prendre de décision sans avoir identifié ces objets et consulté mes camarades. Je pense que nous serons tous d’accord pour vous céder les lorgnons, mais je doute que cela soit envisageable pour les baguettes tant que leur fonction n’aura pas été déterminée. Une fois que cela sera chose faite, nous saurons si nous en aurions ou non l’usage, et pourrons vous fixer un prix en fonction des cotations de la Guilde des Mages de Greyhawk. »

« Bien évidemment », lui répondit Allustan agacé. « Je ne t’ai jamais proposé de les acquérir AVANT indentification de leurs propriétés, pour qui me prends-tu ? Un margoulin ? Je me suis borné à te faire une offre de principe, compte tenu de la valeur historique de ces objets. Nous discuterons du prix plus tard. Maintenant, vas donc me chercher une couverture et les coussins du sofa, je vais de nouveau devoir faire ton instruction, jeune paltoquet. »

Interloqué par cette injonction inattendue, Kalen ne s’exécuta pas moins, et ramena à Allustan les objets réclamés. Ce dernier disposa les coussins sur le sol, puis jeta par-dessus la couverture. Enfin, saisissant le sac de jute laissé sur la table, entreprit de faire l’article à son jeune étudiant.

« Tu es bien d’accord pour constater avec moi que ce sac est vide, n’est-ce pas ? », demanda t’il à Kalen en dénouant les lacets qui le maintenaient fermé et en lui en montrant l’intérieur, effectivement dénué de tout contenu. « Et pourtant, son poids semble légèrement plus élevé qu’il ne devrait être. Puisque dans le fil de tes courtes études, tu n’as pas eu la bonne idée de te pencher sur les Enchantements en général, et les objets magiques en particulier, tu ne sais probablement pas qu’un Sac de Contenance est un objet permettant de conserver dans une poche extraplanaire une quantité phénoménale de choses. Normalement, il suffit de mettre la main dans le sac et de penser à un objet qui y a été préalablement placé pour le récupérer aussitôt. Mais comme nous n’avons aucune idée de ce que pourrait contenir le présent sac, il existe une autre méthode quelque peu plus… rustique, mais très efficace. »

Et joignant le geste à la parole, Allustan renversa le sac au dessus des coussins disposés sur le sol. S’en déversa aussitôt un flot d’objets divers : rouleau de corde effilochée, rations de piste moisies, pitons mangés par la rouille, deux fioles d’huile lampante et, tels des joyaux noyés au milieu de ce torrent d’ordures, ce qui semblait être trois maquettes de bâtiments d’environ un pied de haut, représentant pour la première un grand palais flanqué de deux ailes courbes, pour la deuxième un ensemble architectural composé d’une fine tour centrale entourée de huit autres tours de tailles différentes, toutes interconnectées par d’élégants ponts aériens, et pour la troisième un grand stade aux dimensions monumentales.

Les yeux brillants, Allustan dégagea avec d’exquises précautions les trois maquettes de l’amas de détritus et les posa sur la table, les couvant du regard avec une tendresse presque paternelle. Kalen s’empressa de lancer un sort de Détection de la Magie, qui lui permet d’informer Allustan de ce que ces intéressants artefacts n’étaient pas enchantés.

« Il n’en s’agit pas moins de véritables trésors archéologiques, remontant probablement eux aussi à l’âge d’or des Ducs des Vents », lui rétorqua Allustan. « Ils m’intéressent également. Je t’en offre 200 orbes pièce, comptant. »

« Euh, certes Maître », répondit Kalen, quelque peu gêné aux entournures. « Si cela ne tenait qu’à moi, je vous les cèderais sur le champ, mais je préfère obtenir l'accord de mes camarades. Nous sommes un groupe, et si chacun commence à prendre des décisions à tort et à travers sans consultation, cela va vite dégénérer en chaos. C’est juste une question de principe, vous comprenez. »

« Je comprends », acquiesça Allustan en bougonnant. « Tes scrupules t’honorent. Mais entendons-nous bien : j’entends avoir la primeur sur vos trouvailles d’intérêt historique, et prendrais fort mal que vous les cédiez à quiconque sans m’en aviser au préalable. Me suis-je bien fait comprendre ? »

« Oui, Maître », opina Kalen, branlant du chef. « A merveille, Maître. Je vous ferai part de la réponse aussi rapidement que possible. Je pense que vous l’aurez dans la journée. »

« Très bien, je vais attendre », approuva Allustan, se détendant visiblement. « Je vous conseille de conserver le Sac de Contenance. Ce genre d’objet est merveilleusement pratique pour un groupe d’aventuriers. J’en avais un tout pareil dans ma jeunesse. »

« Je ferais de mon mieux pour que la réponse soit positive, Maître », l’assura Kalen. « Cela ne devrait guère être difficile : 600 orbes, c’est une somme, et vu la dette considérable accumulée par certains membres du groupe en frais de guérison auprès du Temple d’Heironéous… »

« Effectivement. J’ai d’ailleurs cru comprendre que tu as toi-même contracté une dette considérable pour ce même motif. J’ai reçu un message du Temple me demandant de confirmer que je m’en portais bien le garant. Rassure-toi », poursuivit-il en voyant une lueur de panique traverser le regard de Kalen, « j’ai répondu par l’affirmative, mais il va falloir que nous discutions de la façon dont tu vas rembourser. Avant-hier, je ne t’ai donné mon aval que pour les soins déjà reçus le jour même ; il n’a jamais été question de t’ouvrir une ligne de crédit illimitée. »

« Aaaahhaaah ? », parvint à répondre Kalen, par un long gémissement inarticulé. « Mmm… Merci, Maître. Nous en discuterons dès que possible, c’est promis. J’avais aussi d’autres questions, si cela ne vous dérange pas », poursuivit-il, changeant aussi habilement que précipitamment de sujet.

« Bien sûr. Je t’écoute. »

« C’est au sujet d’Hélebrank. J’ai pu rassembler de nouveaux éléments, qui peut-être nous éclaireront sur la nature de ses pouvoirs. Par exemple, il n’utilise jamais de composantes matérielles pour ces sorts. C’est étrange, non ? »

« Ce qui est étrange, c’est ta question. Est-ce que tu as besoin de composantes matérielles pour tous tes sorts ? », répondit lentement Allustan en se pinçant le haut du nez.

« Euh… non. Pas pour tous en effet », admit Kalen, penaud.

« Voila, tu as ta réponse. Autre chose ? »

« Et bien… il y a ces scarifications pointillistes qu’il porte sur le visage. Ah oui, j’avais oublié », ajouta Kalen, triomphant, « et aussi le fait qu’il a un pouvoir permettant de guérir ses propres blessures ! »

« Ce n’est guère concluant », lui rétorqua Allustan, dubitatif. « Ces scarifications peuvent ou non avoir une signification, et il existe des sorts de Nécromancie permettant d’obtenir un tel résultat. Quoique ils impliquent généralement un transfert d’énergie vitale d’une créature à une autre, pour autant que je sache. Mais pourquoi pas. »

« Il y a mieux », reprit Kalen sans se décourager. « Hélebrank est parfois résistant à la magie. Je veux dire par là que parfois un sort qui lui est lancé ne fonctionne tout simplement pas. Le cas s’est présenté avec un sort lancé collectivement sur nous tous : bien que correctement tissé, il n'a pas pris effet sur Hélebrank, et sur lui seul. Il semble que ce soit involontaire de sa part. En tous cas, il avait l’air aussi surpris que nous. »

« Voila un fait qui me semble effectivement être plus significatif », approuva Allustan. « Il existe des créatures naturellement résistantes à la magie. Elles peuvent généralement abaisser volontairement leurs défenses pour bénéficier des effets d'un sort "ami", mais s’il possède une capacité de ce genre, peut-être cet Hélebrank a t’il oublié jusqu’à son existence du fait de son amnésie. Cela rendrait encore moins probable qu'il soit un simple Mage, même puissant. Le fait qu'il ait admis ne pas avoir besoin de gestuelles ou d'incantations appelle d'autres questions ; il est dommage que tu n'aies pu pousser plus loin l'interrogatoire. »

« Je compte justement creuser la question cet après-midi. Je vous en tiendrai informé, Maître. Autre chose, concernant ce Mage du nom de Khellek dont je vous ai déjà entretenu. Aloïs Cicaeda a admis devant moi l’avoir sciemment induit en erreur lorsque celui-ci lui a rendu visite au Cadastre pour rechercher l’emplacement du Cairn aux Murmures. Par ses indications trompeuses, il l’a envoyé visiter le Cairn aux Stirges, de l’autre côté du lac. »

« Alors comme cela, ce petit gredin d’Aloïs a réussi à gruger un aventurier chevronné ? Ah, la jeunesse… », gloussa Allustan.

« Certes… » poursuivit Kalen. « Ce Khellek aurait en sa possession un carnet de notes détaillé sur le Cairn aux Murmures, dont l’origine reste inconnue. Il était accompagné d’un colosse blond du nom d’Auric portant autour de la taille une ceinture de Champion des Jeux de Greyhawk, et d’une olve du nom de Tirra. Ces noms vous sont-ils connus, Maître ? »

« Non, pas plus que celui de Khellek, comme je te l’ai déjà dit ce dernier Jour des Dieux. Et je n’ai pas encore reçu de réponse à ce sujet de mon contact à Greyhawk », répondit Allustan, avant de prendre un ton plus inquiet. « Par contre, tu avais omis de me dire qu’il y avait un lien entre ce Khellek et mon Cairn. Je n’aime guère l’idée que des aventuriers dont la moralité est sujette à caution puissent rôder autour. »

« Nous ferons de notre mieux pour en terminer l’exploration avant qu’ils ne puissent interférer », l’assura Kalen. « Justement, à ce sujet, concernant la requête du fantôme, auriez vous un conseil à nous donner ? Devons-nous accéder à sa requête et exhumer ses restes ? Cela peut-il comporter un danger ? »

« Comment veux-tu que je le sache ? », lui répondit Allustan, impatient. « Ceci dit, à partir du moment où c’est le défunt lui-même qui vous demande de déplacer sa dépouille, je ne vois pas très bien ce qui vous empêcherait de le faire. »

Ayant obtenu de son mentor tous les renseignements désirés, Kalen partagea avec lui une rapide collation avant de partir en ville, bien décidé à percer le double mystère des pouvoirs et des origines d’Hélebrank tout en joignant l’utile à l’agréable.


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Après que Kalen les eût quitté à l’entrée de la ville pour vaquer à ses affaires, Mathieu, Aloïs et Barnabé tombèrent d’accord pour se rendre tous trois de concert au Temple d’Heironéous demander conseil aux prêtres au sujet d’Alastor. N’ayant rien de mieux à faire, Hélebrank et Khalil leur emboîtèrent le pas.

Une fois franchies les portes du fortin, ils dirigèrent leurs pas vers la chapelle proprement dite, où ils trouvèrent le toujours disponible Glorieux Vélias en pleine discussion avec la Paladine Dame Mélinde. Les interrompant, Mathieu leur fit un récit détaillé de la rencontre avec feu Alastor et de sa singulière requête, récit qu’il termina en demandant confirmation de l’inhumation de sa dépouille.

« Pour ce qui est d’être enterré, il l’a bien été », lui répondit le Glorieux Vélias. « Avant-hier, comme prévu, selon un rite flannae aux bons soins d’un druide de la Loge du Bois de Bronze spécialement convié pour l’occasion. Même si la cérémonie a pris un peu de retard, puisque j’ai du m’absenter à l’improviste pour aller soigner un certain jeune Paladin de ma connaissance. »

« Flûte », commenta Aloïs. « Nous espérions un peu qu’il était encore disponible ! »

« Ce n’est pas le genre de travail qui souffre retard », le chapitra le Glorieux. « Comme si nous avions coutume de laisser des corps en attente de funérailles traîner partout dans la chapelle ! Bon, soyons sérieux les enfants. Cette histoire dépasse mes maigres compétences en matière de mort-vivants. Je préfère en référer au Parangon. Attendez-moi là, je vais le chercher. »

Les compagnons patientèrent quelques instants aux côtés de Dame Mélinde, trop courts au goût d’Aloïs, grisé qu’il était par la proximité de la Paladine, avant que le Glorieux ne revienne avec le Parangon Valkus.

Sur son injonction, Mathieu fit de nouveau le récit de leur rencontre avec Alastor et dut répondre à de multiples questions portant tant sur son aspect que sur les pouvoirs dont il aurait fait usage.

« Hmmm… » conclut le Parangon. « Si j’en crois ta description et les propres déclarations de cet Alastor, vous avez eu affaire à un fantôme, un très puissant mort-vivant qui est parfois créé spontanément lorsqu’une personne décède dans des circonstances particulièrement traumatisantes, en proie à une angoisse extrême l’amenant à rejeter le repos éternel. »

« De quel genre ? », demanda Barnabé, toujours prompt à assouvir sa curiosité.

« A ma connaissance, les cas les plus fréquents sont ceux de personnes assassinées, souvent par un proche en qui ils avaient toute confiance, qui cherchent à se venger de leur meurtrier par delà la mort. C’est d’autant plus fréquent lorsque les circonstances de la mort sont atroces, lorsqu’elles été emmurées vivantes par exemple » lui répondit le Parangon avec un luxe de détails morbides dont ses auditeurs se seraient bien passés.

« Cela ne colle pas vraiment au cas qui nous intéresse », commenta Barnabé. « Nous savons qu’Alastor est mort accidentellement, tout seul, d’une chute banale. »

« Effectivement », lui concéda le Parangon. « Mais ce qui retient une âme sur Taerre peut aussi être un sentiment positif, comme dans le cas d’un amoureux cherchant à rejoindre sa belle pour la sauver d’un péril imminent dont il était seul à avoir connaissance au moment de sa mort, ou celui d’un chevalier déterminé à accomplir malgré son décès la quête cruciale qui lui avait été confiée par son Seigneur. »

« Et dans le cas d’Alastor, ce serait quoi ? », insista Aloïs.

« Selon ses propres dires tels que vous me les avez rapportés, ce serait le remords d’avoir quitté sa famille en la laissant dans le besoin. C’est un motif qui peut sembler un peu faible, mais bon, ces choses là doivent être appréciées subjectivement. A âmes simples, simples soucis. »

« Merci pour ces précisions, Parangon », intervint Mathieu avant que ses compagnons n’accablent son supérieur de questions oiseuses, « mais comment devons-nous procéder maintenant pour récupérer les ossements d’Alastor et les enterrer aux côtés de ses proches, comme il nous l’a demandé ? »

« Et bien, comme vous le savez, le cimetière de Lac-Diamant est de fait sous la garde des cultistes de la Dame en Vert, une secte dérivée du culte de Wee Jas. »

« Ah oui ! » acquiesça Aloïs. « Ce sont les gens bizarres qui occupent le Cairn de la Dame en Vert de l’autre côté du lac, c’est çà ? Ils font la traversée avec leur bateau tous les jours, et le Gouverneur-Maire les laisse faire ce qu’ils veulent dans le cimetière parce que cela lui coûte moins cher que de prendre lui-même en charge son entretien. »

« En deux mots, oui », lui répondit le Grand Prêtre sans se formaliser de l’interruption. « Je me suis intéressé aux agissements de cette secte… Simple curiosité professionnelle, bien sûr… Mais il s’agit vraiment d’une toute petite secte, sans autre implantation connue, et je n’ai donc pu apprendre grand chose quant à leurs croyances spécifiques, si ce n’est qu’ils vénèrent la Dame en Vert comme une sainte, une représentante sur Taerre de Wee Jas, la divinité suéloise de la Magie et de la Mort. »

« Hou là ! Ca a l’air sinistre ! » s’exclama Aloïs.

« Pas vraiment, jeune homme », le corrigea le Parangon Valkus. « Désolé de te décevoir, mais il s’agit en vérité d’une divinité de la Loi, dont le culte était très influent dans l’antique Empire Suel, qui aborde les questions liées à la mort plutôt sous l’angle de la protection de l’âme des défunts. Rien à voir avec un culte maléfique d’assassins. En fait, sous l’un de ses aspects mineurs, Wee Jas est également une divinité de l’amour et des mariages. »

« Merci encore, Parangon », conclut Mathieu. « Puisqu’ils ont à cœur de protéger les défunts, comment croyez-vous qu’ils vont réagir si nous leur demandons d’exhumer Alastor pour que son âme trouve le repos ? »

« Hélas, je n’en sais rien », soupira le Parangon. « S’il s’agissait d’adorateurs de Wee Jas ordinaires, nul doute qu’ils répondraient favorablement à une telle requête, d’autant plus qu’elle est formulée par le défunt lui-même. Mais j’ignore si ces cultistes là privilégient plutôt le respect de la sépulture ou le repos éternel de l’âme… Le mieux serait sans doute d’aller leur poser la question. »

C’est sur ce sage conseil que les compagnons mirent fin à leur entrevue avec les représentants locaux du clergé d’Heironéous et sortirent de la chapelle.


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OURS-HIBOU ET SIX BOUTS D’OS
(séance du 18 décembre 2009)

1er Jour Libre du Mois des Semailles
de l’Année Commune 595 (début d’après-midi)
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Les compagnons tinrent conseil sur le parvis de la chapelle. Mathieu était initialement d’avis de se rendre directement au Cairn de la Dame en Vert de l’autre côté du lac pour traiter directement avec les dirigeants du culte éponyme, mais Barnabé suggéra de contacter d’abord les cultistes en faction au cimetière, qui avaient l’avantage d’être d’un accès plus facile, proposition qui reçut finalement une approbation unanime.

Après une rapide collation aux bons soins de Dame Yolande, la cantinière du fort, les compagnons dirigèrent donc leurs pas vers le cimetière. Autodésigné comme porte-parole pour toutes questions de nature religieuse, Mathieu profita du temps de trajet pour peaufiner mentalement le discours d’une éloquence imparable qu’il comptait adresser aux cultistes pour les convaincre du bien-fondé de leur requête.

Le cimetière, entièrement ceint de murs, était situé à la sortie de Lac-Diamant sur une petite élévation, non loin de la résidence Pierrerude et de la mine du même nom, lieu de travail habituel d’Hélebrank. Une baraque en bois brut avait été érigée à l’intérieur de l’enceinte non loin de l’entrée. Lorsque les compagnons arrivèrent sur les lieux, deux cultistes discutaient sur le perron de cette baraque, tandis que trois autres étaient disséminés dans le cimetière, occupés à entretenir les tombes et les allées. Tous étaient vêtus des robes caractéristiques du culte, d’un vert sombre avec une capuche noire. Le résultat de leur travail était manifeste : entre les allées de gravier bordées de massifs fleuris, s’étendait un beau gazon vert percé de rangées régulières de pierres tombales bien blanches, excoriées de toute trace de mousse par un brossage méticuleux. Paradoxalement, le cimetière offrait une vision d’ensemble autrement plus agréable et vivante que le reste de la ville…

- « Bonjour », les interpella l’un des cultistes depuis le perron de la cabane. « Je suis Fenlik de Wee Jas. En quoi puis-je vous être utile ? Vous venez pour des obsèques ? »

- « Ce serait plutôt l’inverse », répliqua Mathieu, avant de débiter d’un trait l’argumentaire minutieusement préparé. « Un dénommé Alastor Land a été inhumé ici même ce Jour de l’Eau. Or nous avons depuis lors rencontré son fantôme, qui souhaite être enterré auprès de ses proches pour enfin trouver le repos éternel. Je pense que vous serez d’accord avec moi pour dire que permettre à une âme errante de rejoindre enfin l’au-delà est une noble cause, n’est ce pas ? »

- « Certes, mais… », commença Fenlik.

- « Je sais que sa sépulture est actuellement sous votre garde », le coupa Mathieu, « toutefois cet argument ne peut sérieusement nous être opposé, puisqu’il a été enterré par un Druide d’Obad-Haï selon un rite flannae. Soyez assurés que nous n’hésiterions pas à demander à ce dernier d’appuyer notre requête. Croyez-vous vraiment qu’il soit vraiment nécessaire d’en arriver là ? »

- « Non, je voulais dire… », tenta Fenlik.

- « A la bonne heure ! », continua Mathieu sans marquer de pause. « Bien évidemment, nous serions disposés à ce qu’un observateur de votre culte vienne en notre compagnie vérifier que le défunt lui-même, enfin son fantôme devrais-je dire, appelle de tous ses vœux l’exhumation de sa dépouille mortelle. Il pourra vous confirmer qu’il en va du salut de son âme. J’en appelle à votre miséricorde : vous ne voudriez tout de même pas le condamner à une éternité de tourments ? Ne serait-ce pas manquer à tous vos devoirs envers un défunt, hmmm ? »

- « D’accord ! », glissa Fenlik, profitant d’un bref répit, le temps pour Mathieu de reprendre une inspiration.

- « Est-ce vraiment ce que souhaiterait votre divinité ? La protection de l’âme n’est-elle pas…», poursuivit Mathieu sur sa lancée, avant de s’interrompre brusquement, une fois assimilée la réponse de Fenlik. « Comment ça, d’accord ? Vous accepteriez de nous laisser déterrer le corps ? »

- « Oui, du moins sur le principe », lui précisa Fenlik, heureux de pouvoir enfin placer une phrase entière. « Toutefois, sans mettre en doute ni votre bonne foi, ni le bien-fondé de votre requête, je n’ai pas autorité pour décider seul de la réponse à lui donner. Je dois en référer à notre chef, la Haute Magus Amariss. »

- « Ah… », soupira Mathieu, un peu déçu de ne pouvoir jouer de la pelle et de la pioche sur le champ comme il l’avait espéré. « Et je suppose qu’elle n’est pas ici ? »

- « Non, effectivement », lui répondit Fenlik, confirmant ses craintes. « Elle réside au Cairn de la Dame en Vert, sépulture sacrée de notre sainte patronne. Mais il lui sera fait part de votre requête dès ce soir, sitôt que nous aurons été relevés de notre garde au crépuscule, le temps de traverser le lac sur notre bateau le Héraut de l’Inéluctable. Sa réponse pourra ainsi vous parvenir dès demain matin. »

- « C’est que nous étions un peu pressés… », insista Mathieu.

- « A moins d’y aller vous-même, je ne vois pas comment vous pourriez obtenir plus vite une réponse. En outre, je dois vous prévenir qu’une exhumation ne s’improvise pas sur le pouce. Il nous faudra procéder selon les rites et la tradition, et notamment communier au préalable avec la Sorcière Ecarlate pour nous assurer de son approbation », lui répondit Fenlik, anéantissant tout espoir d’une exhumation dans la journée.

- « C’est qui ça, la Sorcière Ecarlate ? » intervint Aloïs, toujours prompt à se focaliser sur les détails sans importance.

- « C’est l’un des nombreux noms portés par notre déesse Wee Jas », lui répondit aimablement Fenlik.

- « Verriez-vous une objection à transmettre notre demande à votre supérieure par écrit ? », intervint Khalil, prenant pour la première fois la parole.

- « Si vous y tenez, bien que je sois parfaitement à même de lui en faire part oralement de la plus fidèle des façons », répliqua Fenlik quelque peu piqué au vif, « mais en ce cas vous devrez veiller à me remettre votre message avant le crépuscule. Je ne vous attendrai pas. »

- « Merci, nous ferons le nécessaire », conclut Mathieu en reprenant à son compte la suggestion de Khalil.

A peine sortis du cimetière, ce dernier leur fit part de ses plus grandes réserves quant aux cultistes de la Dame en Vert. Toutefois, il ne parvint pas à donner une explication rationnelle à sa méfiance, que ses compagnons mirent donc sur le compte de l’antipathie séculaire entre son culte, d’origine baklunienne, et celui de Wee Jas, de tradition suéloise, ces deux antiques civilisations s’étant mutuellement anéanties dans un holocauste magique au terme d’une interminable guerre il y avait de cela un bon millénaire.

Sur une note plus positive, Barnabé s’avisa soudain de ce que l’exhumation d’Alastor n’était en définitive pas indispensable, puisque « enterrer Alastor auprès de sa famille » pouvait aussi bien se faire en inhumant ses proches avec lui, que l’inverse. A condition bien sûr de trouver leur sépulture…

Particulièrement enthousiasmé par cette nouvelle piste, Aloïs se rendit de suite au cadastre à la recherche de renseignements. Il y consulta un registre traitant des concessions et enterrements, qui hélas ne traitait que du seul cimetière de Lac-Diamant. Il put toutefois vérifier que le nom des Land n’y apparaissait pas en 578 AC, année de clôture de leur succession. Il consulta les années précédentes par acquit de conscience, avec le même résultat, et en tira la conclusion qu’ils avaient du être enterrés dans une sépulture non répertoriée, sans tambours ni trompettes.

Pas plus avancés, les compagnons prirent la décision de se rendre à la ferme Land, dont l’emplacement était déjà connu d’Aloïs, dans l’espoir d’y trouver des indications sur la dernière demeure des membres de la famille.

Egalement, ils tombèrent d’accord pour proposer à Kalen de les y accompagner, au cas où ses capacités se révèleraient utiles. Restait à savoir où le contacter, Kalen n’ayant donné aucune indication quant à ses projets pour la journée.

De peur d’indisposer Allustan en se présentant en nombre sur le pas de sa porte, les compagnons désignèrent Aloïs comme émissaire, en partant du principe que le vieux Mage serait moins enclin à transformer un fils de notable de Lac-Diamant en triton.


Is it over ?

C'est tout ?

I'm considering a way to make the module in the jungle a bit shorter to keep the "tension" of the Campaign... I'm restarting only in a few months (we are rotating the DM role) but looking for ideas...


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C’est ainsi que quelques minutes plus tard, Aloïs se retrouva seul devant la porte close de la petite chaumière d’Allustan, avec la désagréable impression d’être l’agneau que ses camarades de troupeau envoient en avant discuter le bout de gras avec le loup. N’apercevant personne, il fit jouer par trois fois le lourd heurtoir.

- « Voila, voila, je ne suis pas sourd… », bougonna Allustan en ouvrant la porte. Puis, ayant reconnu son interlocuteur, il se fendit d’un large sourire avant de poursuivre. « A la bonne heure ! Bien le bonjour, Aloïs. C’est d’accord pour les maquettes, alors ? »

- « Euh… oui… » acquiesça imprudemment Aloïs, sans chercher à comprendre. « Je voulais surtout parler à Kalen, en fait. »

- « Il n’est pas ici, mon garçon, je le croyais en votre compagnie », répondit Allustan, l’air déçu. « Il est parti après le déjeuner, mais si je comprends bien il ne vous a pas rejoints… »

- « Non, nous ne l’avons pas vu depuis ce matin », lui confirma Aloïs. « Attendez un peu, quelles sont ces maquettes dont vous parliez à l’instant ? »

- « Il s’agit de représentations de bâtisses antiques, exquisément détaillées. Elles étaient contenues dans le sac de jute que vous avez ramené du cairn, qui s’est révélé être magique. Je m’en suis porté acquéreur pour un bon prix ; Kalen devait vous faire part de cette offre et me transmettre incessamment votre réponse, dont j’ai espéré un instant que tu étais porteur… », conclut Allustan, désappointé.

- « Ah ? Et qui les a fabriquées, ces maquettes ? », demanda Aloïs.

- « Et bien, quelle question », s’emporta Allustan, déçu de ne pas encore avoir sa réponse et peu enclin à endurer les questions idiotes, « les bâtisseurs du cairn pardi. A ton avis, de qui s’agissait-il ? De dwurs ? »

- « Ah bon ? C’est des maquettes dwures ? » rétorqua Aloïs, complètement imperméable à l’ironie de son interlocuteur. « Quel rapport avec les Ducs des Vents ? »

Après avoir vivement reculé d’un pas pour préserver son nez d’un contact violent avec la porte refermée à la volée par un Allustan excédé, il ne resta plus à Aloïs qu’à rejoindre ses camarades pour leur faire part du résultat décevant de sa mission.

Ils décidèrent ensuite d’élargir leurs recherches au Bazar, leur point de rencontre habituel. Barnabé eut l’idée d’interroger Gaspard, le portier de l’établissement. Stimulé par le noble d’argent glissé au creux de sa main par Aloïs, il n’eut aucun mal à se souvenir que Kalen était bel et bien entré quelques heures plus tôt. Une fois le droit d’entrée de trois communs par tête versé au pot, les compagnons empruntèrent le long vestibule qui, au rez-de-chaussée, débouchait sur la buvette de la Galerie des Sciences où ils avaient leurs habitudes. Hélas, ils n’y trouvèrent pas leur ami Mage.

- « Dis moi, Gaspard », demanda Barnabé à ce dernier après être revenu sur ses pas, « tu nous l’aurais dit si tu avais également vu sortir Kalen, hein ? C’est compris dans le prix ? »

- « Bien sûr ! » le rassura le portier moustachu. « Pour qui me prends-tu ? Et puisque tu es un ancien collègue, je vais te faire une fleur, sans supplément : il est encore présent, mais à l’étage… Hé, tu vas où ? L’accès coûte trois nobles ! » poursuivit-il lorsque Barnabé fit mine d’emprunter l’escalier.

Après avoir payé son écot avec force grommellements et monté les marches, Barnabé se trouva placé devant un quadruple choix. En effet, quatre activités se partageaient les étages supérieurs : le célèbre « Couloir aux Voiles », peuplé de courtisanes peu farouches ; le fumoir, où était notamment proposé à la consommation du kalamanthis, une herbe euphorisante cultivée par les coreligionnaires de Khalil, au Monastère du Crépuscule ; le casino, où les privilégiés de la ville venaient dépenser l’argent durement gagné à la sueur du front des mineurs ; et le cabaret, lieu où se produisaient divers phénomènes de foire tels que Tom Tuile l’homme élastique ou Dina Tête-de-Chien, anciens pensionnaires du cirque ambulant du Dr Montague, co-fondateur du Bazar.

Barnabé élimina d’office le lupanar et le fumoir, préférant écarter de son esprit la perspective d’un Kalen défoncé, ou pire, tout nu. Après réflexion, il opta pour le cabaret. Ariello l’Incombustible, Mage hobniz de réputation mondiale si l’on en croyait les affiches bariolées décorant les murs de la scène, exécutait son numéro habituel de charmeur de feu devant un public clairsemé, dont Kalen ne faisait hélas pas partie.

Barnabé s’approcha de Kurlag, le colossal demi-eiger qui faisait office de videur. Sous un aspect patibulaire et une carrure impressionnante (2m50 au garrot !), tous deux hérités de son père, Kurlag dissimulait un caractère bonhomme. Pour l’avoir un peu côtoyé lorsqu’il était encore employé du Bazar, Barnabé le savait toujours prêt à rendre service à son prochain, tout particulièrement lorsque celui-ci lui arrivait à peine au genou. Ce fut donc bien volontiers que Kurlag, l’ayant reconnu, l’informa dans un murmure à faire pâlir d’envie un crieur public avoir vu Kalen à une table de jeu, qui plus est en train de se faire salement plumer.

Le sang de Barnabé ne fit qu’un tour, et c’est animé d’une rage froide que le hobniz se rua vers le casino. Il y trouva effectivement Kalen à une table de Dragon de Feu, un jeu de cartes aux règles passablement complexe. Manifestement, une levée venait de s’achever ; la croupière (du doux nom de Daria) se préparait à distribuer à nouveau les cartes. Le hobniz ne laissa pas passer cette occasion, et c’est d’un pas décidé qu’il alla se planter juste sous le nez de Kalen, bien campé sur ses deux pieds velus et arborant son regard le plus meurtrier, celui qu’il réservait habituellement aux barbares surpris à jouer avec la nourriture.

- « Fini de jouer », siffla t’il. « Ramasse tes mises, nous avons à faire ».

S’il fut surpris de cette interruption, Kalen n’en laissa rien paraître. C’est avec un calme olympien qu’il adressa à Daria un petit signe de la main pour se retirer du jeu, puis déversa ses piles de pièces dans une bourse portant l’emblème du Bazar, bourse qu’il alla ensuite porter au caissier du casino.

- « Tenez mon brave », lui dit-il en posant sur le comptoir sept autres orbes tirés de sa propre escarcelle. « Gardez tout pour l’instant, je viendrai récupérer mes affaires plus tard. »

Puis il alla rejoindre au rez-de-chaussée le reste de la troupe aux côtés de Barnabé qui, ne décolérant toujours pas, ordonna d’un geste impérieux à ses compagnons de se taire et de le suivre dehors. Ce n’est qu’une fois rendu à mi chemin du fortin, très loin d’éventuelles oreilles indiscrètes, que le hobniz explosa comme une conserve de haricots laissée trop longtemps au feu.

- « Maintenant je crois que tu nous dois des explications », éructa t’il, s’adressant à Kalen. « Car Môssieur jouait aux cartes, pendant que nous nous coltinions le boulot ! » poursuivit-il à l’intention de ses autres compagnons. « Et avec quel argent, on se le demande ! »

- « Et alors ? En quoi cela te regarde ? », s’emporta Kalen, estimant que l’attaque était la meilleure défense en cette occasion. « Je ne vois pas pourquoi je n’aurais pas droit à un peu de détente après avoir fait MA part de travail, avec MON argent ! Que je sache, nous n’avons pas encore procédé au partage ! »

- « Ah là, il marque un point », l’appuya Aloïs. « C’est moi qui ai encore tous les sous trouvés au cairn. »

- « Mouais… », concéda Barnabé de mauvaise grâce, pas le moins du monde convaincu mais à court d’arguments.

- « Maintenant que nous sommes d’accord, laissez-moi vous livrer le fruit de MON travail », poursuivit Kalen, qui n’était pas du genre à avoir la victoire modeste.

Il raconta ensuite par le menu à ses compagnons la découverte des maquettes dans le Sac de Contenance, l’offre faite par Allustan pour les acheter, ainsi que les baguettes et bésicles, et enfin leur détailla le lien établi entre Ogrémoch et les Ducs des Vents.

Après une courte discussion portant sur l’opportunité d’acheter une pelle et de la transporter dans le Sac de Contenance en prévision d’une exhumation immédiate, les compagnons enfin au grand complet prirent le chemin de la ferme Land.


Waldo.be wrote:

Is it over ?

C'est tout ?

No, it's not... But I am posting this journal little bit by little bit. Two posts more and I'm done, 'til our next session on march 13th.

Waldo.be wrote:
I'm considering a way to make the module in the jungle a bit shorter to keep the "tension" of the Campaign... I'm restarting only in a few months (we are rotating the DM role) but looking for ideas...

How did you manage to keep secret the conspiracy plot of the campaign, while rotating the DM role? Do you play dumb as a player? Just curious.


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1er Jour Libre du Mois des Semailles
de l’Année Commune 595 (après-midi)
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Depuis les faubourgs de la ville, le trajet ne leur prit effectivement qu’une petite vingtaine de minutes à pied. Leur destination était située à l’extrémité d’un large promontoire rocheux à la pente assez douce surplombant un profond vallon.

Dès qu’ils furent en vue de la ferme, Hélebrank tint absolument à user de sa lévitation pour disposer d’un meilleur point de vue. Il prit une inspiration et s’efforça de réussir des incantations et passes magiques aussi impressionnantes que possible.

- « C’est étrange, Hélebrank. Les gestuelles que tu viens d’accomplir avec ton approximation coutumière sont plus proches de celles qui te servent habituellement pour ta télékinésie, que de celles de ta lévitation », fit finement observer Kalen, avec une petite pointe de perfidie.

- « Ah oui ? Flûte, j’ai encore du me tromper », admit Hélebrank confus, avant de s’élever dans les airs.

Depuis les airs, il put jouir d’une vue d’ensemble de la ferme et des terres environnantes. Ainsi, il aperçut derrière la ferme un tertre dont la forme était trop régulière pour être naturelle, couronné d’un bosquet de deklos, ces arbres de haute futaie typiques des Flanaesses. Ses compagnons ayant sans l’attendre continué à marcher vers la ferme, il envisagea un instant de leur hurler un compte-rendu mais en fin de comptes préféra attendre de les rejoindre, par souci de discrétion.

Autour de la ferme, un muret de pierres sèches partiellement écroulé délimitait un jardin en friche. La bâtisse en elle-même était une longère en ruines, également divisée entre une grange et une pièce d’habitation surplombée d’un fenil. Son toit de chaume ne tarderait plus guère à s’écrouler, si l’on en jugeait par la flèche prononcée de son faîte.

Les compagnons s’arrêtèrent à une vingtaine de mètres de la ferme, papotant avec insouciance, tandis qu’Aloïs s’avançait seul à la recherche d’éventuelles traces. Arrivé au niveau du muret, Aloïs releva une empreinte qu’il identifia comme étant celle d’un plantigrade de belle taille. Toutefois il n’eut pas le temps d’aviser quiconque de sa trouvaille…

Avec la soudaineté et la violence d’une explosion, un étrange hybride d’ours et de rapace surgit hors de la grange au grand galop, faisant voler sur ses gonds l’un des battants de la porte de la grange. Son cri strident, mi hululement suraigu mi grognement bestial, glaça le sang des compagnons, les paralysant de terreur et de surprise. La folie et l’agressivité qui se lisaient dans ses yeux bordés de rouge animés de mouvements convulsifs ne laissaient aucun doute sur ses intentions meurtrières.

Bien que tétanisé par l’effroi, une partie de l’esprit d’Aloïs restait curieusement détachée et observa que la bête semblait claudiquer légèrement, comme pour ménager l’une de ses pattes, ce qui toutefois n’enlevait presque rien à la vitesse avec laquelle elle lui fonçait dessus… Puis il retrouva in extremis l’usage de ses membres, et tourna les talons, une fraction de seconde avant que ne déferle sur lui près d’une tonne de fureur, de bec et de griffes. Il fut bientôt rejoint dans sa fuite par Barnabé.

Bien qu’eux même sérieusement secoués par cet assaut soudain, Khalil et Mathieu se préparèrent à recevoir la charge, le premier avec le bâton ferré qu’il tenait déjà à la main, le second en sortant sa hache, lui faisant décrire un arc de cercle à hauteur d’épaule. Ils n’eurent pas le loisir d’en faire plus avant que la créature ne se jette sur Khalil. Ce dernier put lui porter un coup au poitrail, hélas sans autres effets notables que de briser légèrement son élan. En retour, une patte griffue lui laboura profondément le bras, projetant dans les airs un triple arc de gouttelettes écarlates.

Un peu en retrait, Kalen entama un sort d’Armure de Mage qu’il destinait généreusement à Mathieu, conscient de la brièveté de son espérance de vie si les guerriers du groupe venaient à succomber.

Il n’eut toutefois pas le temps de le terminer avant qu’Hélebrank, oubliant complètement tout décorum, ne fasse un pas en avant, et que ne jaillisse de son index simplement pointé un rayon incandescent. L’ours-hibou s’abattit comme une masse, un cratère béant de chair carbonisée gros comme une écuelle au niveau de l’encolure, là où le rayon l’avait frappé. Une âcre odeur de plumes et de poils grillés s’éleva dans les airs.

Le silence se fit, seulement ponctué par le bruit sourd d’une hache fendant en deux le crâne de la bête, Mathieu étant du genre à garder les pieds sur terre en toutes circonstances. Tous les regards convergèrent sur Hélebrank.

- « Vous pouvez en penser ce que vous voulez, mais ça, ce n’est pas normal », commenta Kalen, résumant la pensée commune.

- « Ben quoi ? », se défendit Hélebrank. « D’accord, j’ai encore oublié mes incantations, mais c’est de sa faute, il m’a trop fait peur ! »

Le temps pour Mathieu de soigner les plaies de Khalil grâce à un miracle de Guérison des Blessures, les compagnons entamèrent l’exploration de la ferme, à commencer par la grange d’où avait surgi l’ours-hibou.

La créature y avait manifestement établi sa tanière : l’intérieur avait tout de l’abattoir. Le sol était parsemé de flaques de sang séché, de débris de viande et d’étranges agglomérats de débris de la taille d’une citrouille qu’Aloïs identifia comme étant des boulettes de déjection. A main gauche, plusieurs stalles avaient autrefois du accueillir les quelques têtes de bétail ou animaux de trait constituant l’essentiel de la fortune des Land.

Depuis la plus éloignée de ces stalles se fit entendre un piaillement plaintif ponctué d’un claquement de bec. Un bébé ours-hibou, de la taille d’un chien de berger, les observait de ses grands yeux humides en tournant la tête avec de petits mouvements saccadés.

- « Oh regardez », commenta Khalil, « il y a un jeune… Quel est le mot exact en Langue Commune ? Oisillon ou ourson ?»

- « Plutôt un mélange des deux. Oison, ça fait bête… Pourquoi pas oursillon ? » proposa Aloïs.

- « Va pour oursillon », acquiesça Khalil. « Tenez-vous prêt, je vais essayer de l’attirer vers nous. Hou hou… Hululu… Graouf », poursuivit-il, faisant de son mieux pour produire un son aussi proche que possible de ce qu’il imaginait être le cri d’amour d’une mère ours-hibou appelant son petit.

Malgré des efforts aussi méritoires que comiques, il ne parvint pas à ses fins : le petit oursillon ne s’approcha pas d’un pouce, se contentant de regarder avec une vive curiosité cet étrange animal aux cris amusants. Au bout d’une minute, Kalen en eut assez et, décidant de prendre les choses en main, tissa un sort de Projectile Télékinétique.

Malheureusement, le carreau d’arbalète ainsi projeté ne toucha la créature qu’à la patte, lui causant qui plus est une blessure assez superficielle. L’oursillon se réfugia aussitôt au fond de sa stalle en piaillant.

- « Bravo », commenta Aloïs. « Maintenant qu’il est blessé, il va falloir l’achever. Tu t’en charges, Kalen ? »

- « Ah, non, il est hors de question que je me rapproche », protesta Kalen. « Et si cette sale bête me mordait ? »

- « Bon, j’ai compris », coupa Mathieu en se dirigeant vers la stalle où la pauvre bête couinait toujours pitoyablement. « Quand il s’agit de faire le sale boulot, il n’y a plus personne. Restez là, ça va gicler ; faudrait pas que vous vous tachiez… »

Une fois l’euthanasie à la hache effectuée, les compagnons entreprirent de fouiller les lieux. Parmi les restes plus ou moins identifiables jonchant le sol, Aloïs trouva un bras humain portant un tatouage qu'il reconnut de suite comme étant celui arboré par la « bande à Kullen », du nom d’un demi-euroz albinos connu pour sa violence ayant fait de la taverne mal famée du Chien Féroce son quartier général. Il en fit part à ses compagnons en leur expliquant que ce tatouage avait à l’origine été imposé à ses employés par un exploitant de mine de sinistre mémoire, du nom de Maître Garavin. Dans une profession déjà peu connue pour sa compassion et son humanité, il s’était distingué par des méthodes particulièrement brutales, maintenant ses mineurs en état de quasi servage jusqu'à ce qu'en 589 AC, il y avait de cela six ans, une rébellion aussi violente que prolongée de ceux-ci ne le mette sur la paille, le contraignant à prendre la fuite. Sa concession minière de Rivenoire avait été saisie par les autorités, avant d’être réattribuée au plus offrant au terme d’enchères sous pli secret. Elle était actuellement entre les mains de Maître Belabar, dernier arrivé des propriétaires de mine de Lac-Diamant, devenu en quelques années le plus puissant d’entre eux. L’on murmurait qu’il devait son ascension fulgurante à l’emploi de méthodes plus déloyales encore que celles admises avant son arrivée par ses concurrents, mais à ce jour rien n’avait jamais été prouvé contre lui.

Pendant ce temps, peu désireux d’assister au piteux spectacle d’une mise à mort qu’il estimait inutile, Khalil s’était discrètement éclipsé pour se lancer dans une exploration en solitaire du reste du bâtiment, qui se révéla se résumer à une seule et unique pièce d’habitation ne contenant que déchets et débris sans intérêt surmontée d’un fenil empli de paille hors d’âge. C’est alors qu’il faisait le tour de la bâtisse par l’arrière qu’il aperçut non loin de là, à proximité du tertre mentionné précédemment par Hélebrank, quelques tombes ouvertes ainsi que le corps sans vie d’un second ours-hibou, encore plus gros que le premier.

Il alla chercher ses compagnons dans la grange puis retourna en leur compagnie derrière la ferme. Tous purent ainsi constater la présence de trois tombes peu profondes, ouvertes et entourées de tas épars de terre meuble. Une pelle rouillée était abandonnée, appuyée sur l’une des trois « stèles » de bois, en vérité de simples planches gravées au couteau, qui marquaient les sépultures et portaient chacune le nom de l’un des membres de la famille Land ainsi que ses dates de naissance et de décès. Tous étaient morts en 578 AC, dix-sept ans plus tôt.

Chacune des stèles portait également un curieux symbole en forme de fleur à quatre pétales. Mathieu identifia aussitôt cette marque comme étant celle habituellement apposée sur la tombe des victimes de la Mort Rouge, une terrible épidémie qui s’était répandue dans toutes les Flanaesses à compter de l’Année Commune 576. Cette maladie incurable frappait vieillards, enfants et adultes sans distinction de sexe ni d’état de santé, se jouant des précautions et soins déployés pour l’endiguer. Ses effets s’étaient révélés tout aussi imprévisibles : le plus souvent, les ganglions et ulcérations symptomatiques disparaissaient comme ils étaient venus, laissant ou non de graves séquelles ; mais parfois, ils dégénéraient, causant des déformations osseuses aussi horribles à voir que mortelles. Puis, après quatre ans de ravages, l’épidémie s’était éteinte d’elle-même, laissant derrière elle une population éprouvée. Cette explication ayant jeté un froid, les compagnons restèrent à distance prudente des tombes.

Un rapide examen du second ours-hibou leur apprit que d’une part, il s’agissait bien du mâle de la famille, et que d’autre part, il portait de nombreuses blessures causées par des armes tranchantes, dont la nature exacte ne put être déterminée avec certitude.

Les compagnons reportèrent ensuite leur attention sur le tertre. Celui-ci était en fait constitué de quatre niveaux en terrasses, aux formes ovales parfaitement concentriques, entourant le bosquet de deklos central qui lui-même abritait un cercle de pierres dressées. Le niveau inférieur présentait en son flanc une sorte de décrochement, à l’extrémité duquel une petite « case » cubique d’un mètre de côté faites de rondins avait été excavée. L’une de ses parois était défoncée ; la cavité ainsi mise à jour était vide.

- « Ah ça, je connais ! », intervint Mathieu, heureux d’endosser pour une fois le rôle valorisant de l’expert. « C’est un ancien rite funéraire flannae, encore utilisé par certains clans primitifs. Le défunt est installé en position fœtale dans une petite chambre comme celle là, avec quelques objets familiers et des offrandes symboliques, et le tout est ensuite recouvert de terre. Et on continue comme ça en tournant autour du bosquet central. Avec le temps, ça fait une plate-forme assez large pour commencer un second niveau. Les arbres au centre grandissent en même temps que le tertre du clan s’élève. »

- « Et il faut combien de temps à ton avis pour obtenir un tertre à quatre étages, de la taille de celui-là ? », demanda benoîtement Barnabé.

- « Euh, aucune idée. Beaucoup ? », hasarda Mathieu.

- « A vue de nez », intervint Aloïs fort de ses compétences professionnelles de géomètre, « à raison d’à peu près un mètre cube par défunt, il y a plusieurs milliers de sépultures dans ce tertre. Ca fait un sacré paquet de générations », conclut-il avec un certain sens de l’euphémisme.

Pendant cet échange de vues, Hélebrank était resté en arrière pour examiner de plus près les tombes ouvertes. Arrivé juste au bord, il eut la confirmation de ce qu’elles étaient à la fois vides et peu profondes, avant de réaliser un peu trop tard que la terre meuble dont elles étaient entourées recelait des empreintes qu’il était en train de piétiner joyeusement. Il eut la sagesse de reculer en marchant dans ses propres traces avant de faire appel à l’expertise d’Aloïs.

Une fois arrivé sur les lieux, ce dernier n’eut aucun mal à trouver les empreintes de nombreuses bottes cloutées de différentes pointures, ainsi que la trace caractéristique d’une brouette arrivant puis repartant vers la ferme, trace qui se perdait ensuite rapidement sur le sol pierreux. L’aspect et le degré d’humidité de la terre retournée lui permirent également de déterminer que la violation de sépulture devait remonter à une ou deux semaines, plus probablement deux.

Taldor

Je suis decu qu'ils n'aient pas eu pitie du petit ours-hibou... :(

C'est quoi le sort que Helebrank a jete? Ca a l'air assez destructeur.


Moonbeam wrote:
Je suis decu qu'ils n'aient pas eu pitie du petit ours-hibou... :(

Bah oui... J'ai fait ce que j'ai pu pour les attendrir, mais ils ont un coeur de pierre. Sauf le moine. Mais l'oursillon a eu sa revanche posthume lorsqu'ils ont appris le prix qu'ils auraient pu en tirer en le vendant vivant!

C'est pas tous les jours qu'on massacre le trésor, hé hé... :)

Moonbeam wrote:
C'est quoi le sort que Helebrank a jete? Ca a l'air assez destructeur.

Hélebrank est un psion, pas un Mage, comme le subodore Kalen. C'est un bête 'Energy ray', mais en pleine tête avec un critique par dessus le marché. Ils auraient mérité d'en baver un peu plus, car ils étaient allés à la ferme Land les mains dans les poches et s'étaient fait prendre le pantalon sur les chevilles, mais les dés étaient avec eux ce soir là...

Je posterai la suite lundi, et après ce sera relache jusqu'à vendredi prochain, date de la partie suivante.

IL faut aussi que je termine ton Hangman's noose, mais je commenterai sur ton thread.

Ps: félicitations pour cette brillante victoire au hockey...


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1er Jour Libre du Mois des Semailles
de l’Année Commune 595 (fin d’après-midi)
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Estimant avoir fait le tour de la question, les compagnons reprirent le chemin de Lac-Diamant en discutant du meilleur moyen d’exploiter les indices découverts à la ferme. Ils tombèrent d’accord pour se séparer, de façon à suivre simultanément plusieurs pistes, puis de se retrouver comme d’habitude le soir même au Bazar pour comparer leurs notes.

Aloïs, Khalil, Hélebrank et Mathieu se rendirent donc au Chien Féroce, Barnabé refusant catégoriquement d’y mettre le pied, même accompagné… Aloïs, se comportant comme un habitué des lieux, alla de suite au comptoir pour saluer le barman comme une vieille connaissance et l’interroger sur Kullen et sa bande, ainsi que, à la surprise de ses compagnons, sur un certain « Mestal ». Son interlocuteur ne se fit pas prier pour lui confier, sur le ton de la confidence et en veillant à ne pas être entendu des autres clients, que les sbires de Kullen ne feraient leur apparition dans l’établissement que plus tard dans la soirée, comme à leur habitude. Il lui confia en outre qu’ils n’étaient désormais plus que quatre, un certain « Skutch » n’ayant plus été aperçu depuis une bonne dizaine de jours. Quant à Mestal, il lui indiqua que selon la rumeur il serait en « voyage d’affaires » depuis un bon mois voire plus, nouvelle qui parut décevoir Aloïs.

De son côté, après un rapide détour par le Bazar pour récupérer ses affaires, Kalen se rendit chez son mentor Allustan pour lui poser diverses questions sur les rites funéraires flannae. Hélas, ce dernier se montra étonnamment peu disert sur le sujet, se bornant à renvoyer Kalen vers les druides de la Loge du Bois de Bronze pour plus de précisions. Peut-être était-il contrarié d’apprendre qu’aucune décision n’avait encore été prise concernant son offre de rachat des maquettes.

Quant à Barnabé, il retourna au Relais de l’Habile Cocher avec l’intention de prendre un peu de repos. Etaient présents dans la salle commune Maître Rountabount, un irascible propriétaire de mine de Pierrenoire en voyage d’affaires à Lac-Diamant ; les Pied-agile, une famille de touristes hobnizs originaires d’Elmshire d’une naïveté parfaitement insupportable ; et Fester Calin-de-Troll, un trappeur des environs appréciant un peu de confort entre deux expéditions prolongées dans les collines. Mû par une intuition, Barnabé offrit un verre à ce dernier et engagea la conversation, l’interrogeant sur la valeur marchande des fourrures d’ours-hibou. Il apprit que les peaux de cette créature hybride n’avaient strictement aucune valeur, mais que par contre les jeunes spécimens étaient très recherchés. En effet, après un dressage adéquat, ils pouvaient faire de très bons gardiens… Ainsi un jeune ours-hibou pouvait se négocier jusqu’à 3000 orbes auprès d’un acquéreur avisé. Barnabé en eut du mal à déglutir sa bière : le massacre de cet après-midi leur avait coûté une véritable fortune !

Tournant les talons, Barnabé arriva délibérément en avance au Bazar, désireux de recueillir auprès de ses anciens collègues les tous derniers ragots circulant en ville sur le trio d’aventuriers. Il n’apprit rien de nouveau à ce sujet, mais outre des rumeurs persistantes sur une relation aussi torride que secrète entre Dame Perrine et Maître Ganswort, deux des propriétaires de mines de la ville, il eut la surprise d’apprendre qu’un bruit dont le sujet n’était nul autre que son camarade Hélebrank commençait à courir en ville, selon lequel il se ferait passer pour un Mage mais ne serait qu’un vil imposteur…

Bien qu’ayant un horrible soupçon quant à la source de cette dernière rumeur, Barnabé préféra s’abstenir d’en souffler mot à ses camarades lorsque ils le rejoignirent à l’heure dite à la buvette de la Galerie des Sciences du Bazar.

Après un rapide compte-rendu de leurs activités respectives et une première répartition du butin accumulé, ils débattirent du meilleur moyen d’apprendre ce que la bande de Kullen avait bien pu faire des cadavres des membres de la famille Land. Hélas, il n’en sortit aucune proposition constructive, aucun des compagnons n’ayant réellement envie de se frotter à un malfrat tel que Kullen qui, de réputation, était affligé d’un tempérament aussi irascible qu’imprévisible.

Toutefois, ils tombèrent d’accord pour dire que la violation des sépultures n’avait certainement pas été motivée par le pillage. Une famille de paysans aussi pauvre ne devait probablement rien posséder qui ait plus de valeur qu’un jeu incomplet de cuillères en bois. Qu’elle ait eu pour but de fournir de la « matière première » à un Nécromant leur semblait une éventualité plus probable, surtout à la lumière du fait que le cimetière de la ville était à l’abri d’un tel méfait, puisque placé sous la garde attentive des cultistes de Wee Jas.

Ils poussèrent le raisonnement jusqu’à supposer que cet hypothétique Nécromant devait être arrivé dans les parages assez récemment, puisque aucune autre violation de sépulture n’avait été signalée dans les environs par le passé, et qu’il ne circulait pas même une vague rumeur à ce sujet.

De là, Hélebrank échafauda la théorie qu’il pouvait bien s’agir du mystérieux occupant du Vieil Observatoire dont lui avaient parlé ses collègues mineurs. La seule alternative leur paraissant être d’aller demander des comptes à un demi-euroz soupe au lait sur ses activités illégales, les compagnons décidèrent de se rendre sur place pour en avoir le cœur net.

En chemin, ils aperçurent au loin un escadron de soldats de la garnison qui, après une patrouille à cheval d’une semaine dans les Collines aux Cairns, revenait en ville pour un repos mérité. Aloïs pressa le pas, entraînant derrière lui ses compagnons, car il savait que son cartographe de père accompagnait l’escadron. Il n’était guère pressé de le revoir, car son retour signifiait non seulement la fin de sa semaine de relative liberté, mais aussi qu’il allait probablement devoir trouver d’excellentes excuses pour justifier ses absences prolongées, consacrées à l’exploration du cairn…

Ce fut donc à marche forcée que les compagnons arrivèrent en contrebas du Vieil Observatoire, un peu à l’écart de la ville. Celui-ci était érigé au sommet d’une colline escarpée dominant une mine abandonnée, et se composait d’un bâtiment rectangulaire peu élevé flanqué d’une tour coiffée d’un dôme ouvert d’une large fente, d’où un grand télescope devait jadis être braqué sur le firmament. Dans un état de décrépitude avancé, l’ensemble n’était pas sans évoquer un vieillard sinistre levant son regard vers les étoiles.

Depuis la route où ils se tenaient, un chemin grimpait à pic pour rejoindre un escalier étroit taillé à flanc de rocher menant à l’unique porte d’accès visible. Rien ne bougeait, aucun signe d’activité répréhensible n’était apparent. Tout semblait à l’abandon.

Les compagnons s’interrogèrent mutuellement du regard, ne sachant que faire, alors que le soleil disparaissait à l’horizon derrière une colline, les laissant à plus d’un sens du terme dans l’obscurité.

Taldor

Wow, ils ont vite devine pour l'observatoire...

C'est comique la famille Pied-Agile, un de mes premier persos de D&D (halfling thief) avait ce nom de famille. ;) C'est toi qui l'a invente ou c'est une traduction tiree de l'aventure?

Smarnil le couard wrote:
Bah oui... J'ai fait ce que j'ai pu pour les attendrir, mais ils ont un coeur de pierre. Sauf le moine. Mais l'oursillon a eu sa revanche posthume lorsqu'ils ont appris le prix qu'ils auraient pu en tirer en le vendant vivant!

Ouais, hehe, tant pis pour eux... Bande de sans coeurs!

Smarnil le couard wrote:
Hélebrank est un psion, pas un Mage, comme le subodore Kalen. C'est un bête 'Energy ray', mais en pleine tête avec un critique par dessus le marché. Ils auraient mérité d'en baver un peu plus, car ils étaient allés à la ferme Land les mains dans les poches et s'étaient fait prendre le pantalon sur les chevilles, mais les dés étaient avec eux ce soir là...

Ah ok, je croyais que Helebrank etait un Sorcerer, et Kalen un Wizard.

Smarnil le couard wrote:
IL faut aussi que je termine ton Hangman's noose, mais je commenterai sur ton thread.

Ah cool, tu lis ca aussi! As-tu deja lu/joue cette aventure?

Smarnil le couard wrote:
Ps: félicitations pour cette brillante victoire au hockey...

Ah, hehe, merci... :) J'avoue que je ne suis pas tellement le hockey, ni aucun sport vraiment.

Taldor

En passant, est-ce que tes joueurs lisent cette thread? Dois-je faire attention aux spoilers?

Je n'ai jamais lu Age of Worms, mais j'ai joue les 4 premieres aventures. Alors je devrais etre bon pour un bout de temps avant que ca devienne des spoilers pour moi.


Moonbeam wrote:

En passant, est-ce que tes joueurs lisent cette thread? Dois-je faire attention aux spoilers?

Je n'ai jamais lu Age of Worms, mais j'ai joue les 4 premieres aventures. Alors je devrais etre bon pour un bout de temps avant que ca devienne des spoilers pour moi.

Nan, ils ne sont pas présents sur ce forum. Toutes les questions sont donc admissibles (mais si certaines peuvent constituer des spoilers même pour de simples lecteurs...). Et tu as raison: au rythme où nous avançons, tu en as pour quelques années avant que je n'aborde des territoires qui te soient inconnus!

Le nom de Pied-Agile est une traduction littérale tirée du scénario; c'est aussi un nom archi courant dans les divers sourcebooks at autres écrits sur les hobnizs qui ont pu me tomber sous les yeux (genre Lapointe, Lafleur ou Martin, si tu vois ce que je veux dire).

J'ai lu Hangman Noose, mais ne l'ai ni joué ni fait joué. Ecrire une nouvelle à partir d'un scénario m'ayant frappé l'imagination est aussi un de mes vieux dadas, que je n'ai jamais concrétisé jusqu'à présent. Enfin libre d'écrire une belle histoire cohérente sans avoir à s'embarrasser des tatonnements et des idées foireuses des joueurs, quel bonheur! (je blague un peu, bien sur, mais juste un peu...)

Et enfin : c'est donc toi, le québécois qui ne suit pas le hockey? :)

Taldor

Smarnil le couard wrote:
J'ai lu Hangman Noose, mais ne l'ai ni joué ni fait joué. Ecrire une nouvelle à partir d'un scénario m'ayant frappé l'imagination est aussi un de mes vieux dadas, que je n'ai jamais concrétisé jusqu'à présent. Enfin libre d'écrire une belle histoire cohérente sans avoir à s'embarrasser des tatonnements et des idées foireuses des joueurs, quel bonheur! (je blague un peu, bien sur, mais juste un peu...)

Je comprend exactement ce dont tu parles... Des fois c'est un peu emmerdant d'ecrire le log quand certains des joueurs ont fait des actions pas mal stupides ou non-epiques (genre la scene des tomates dans notre derniere game de Savage Tide. Come on! On est niveau 15!!!! Pis vous trouvez encore ca amusant de lancer des tomates sur les gens???)

Donc, c'est ca, j'adore avoir le controle total sur mon histoire c-a-d que tous les PJs sont controles par le DM et prennent des actions qui sont en harmonie avec l'ambiance de l'aventure.

Smarnil le couard wrote:
Et enfin : c'est donc toi, le québécois qui ne suit pas le hockey? :)

Et oui, c'est moi. J'ai pas le temps de suivre le hockey. Je suis trop occupe a manger du sirop d'erable dans mon igloo. ;)


Moonbeam wrote:
Je comprend exactement ce dont tu parles... Des fois c'est un peu emmerdant d'ecrire le log quand certains des joueurs ont fait des actions pas mal stupides ou non-epiques (genre la scene des tomates dans notre derniere game de Savage Tide. Come on! On est niveau 15!!!! Pis vous trouvez encore ca amusant de lancer des tomates sur les gens???)

Oh ça encore ça passait plutôt bien: d'une part, parce que c'est cohérent avec le caractère infantile d'Ulfgar (incapable de se concentrer sur un but à long terme, notamment), et d'autre part parce que comme diversion c'était plutôt réussi...

Moonbeam wrote:
Et oui, c'est moi. J'ai pas le temps de suivre le hockey. Je suis trop occupe a manger du sirop d'erable dans mon igloo. ;)

Hmmm, c'est bon ça, sur des escargots... Je te tire mon béret.


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NEZ CREUX ET NECROMANT
(séance du 19 mars 2010)

1er Jour Libre du Mois des Semailles
de l’Année Commune 595 (crépuscule)
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La lumière crépusculaire eut le mérite de révéler un détail qui avait jusqu’alors échappé à l’attention des compagnons : les fenêtres du deuxième étage de la tour étaient très faiblement éclairées, confirmant la présence d’un occupant.

« Bon que fait-on maintenant ? » demanda Aloïs.

« Moi, je serais d’avis qu’on frappe à la porte. On verra bien qui nous ouvre », proposa Mathieu, toujours enclin à aller vers les solutions les plus simples.

« C’est ça », rétorqua Barnabé, « et si personne ne répond, ou si on nous envoie paître, nous ne serons pas plus avancés. Et si par bonheur quelqu’un nous ouvre, que comptes-tu faire ? Lui demander s’il n’aurait pas des cadavres en trop ? »

« Ben oui », lui confirma Mathieu. « Ca risque de le déstabiliser, non ? Et puis on verra bien : s’il a une tête de nécromant, on lui saute dessus et l’affaire est faite. »

La discussion s’annonçant aussi longue que stérile, Aloïs proposa de partir en reconnaissance. Il emprunta donc le petit raidillon, puis l’escalier creusé à flanc de colline menant au vieil observatoire, constatant qu’il menait à un premier palier, se poursuivait sur quelques mètres, puis décrivait un virage en épingle à cheveux avant de déboucher au pied d’un escalier accolé au bâtiment bas flanquant la tour, menant lui-même jusqu’à un second palier surplombant le premier. Sur chacun de ces deux paliers s’ouvrait une porte ; la première était une simple porte de cabane de jardin aux planches rongées par l’humidité ; la seconde, donnant directement accès à l’observatoire, était une splendide porte de forme ronde, dont le bois sculpté et peint représentait un étrange visage lunaire. Toutes deux étaient dotées d’une serrure. Aucun autre accès au bâtiment n’était apparent.

Une fois Aloïs de retour, Kalen proposa d’utiliser son sort de Seconde Vue pour épier l’occupant de la tour et en apprendre plus sur ses activités. Il assura ses compagnons que le risque de découverte était minime, sauf à supposer que le dit occupant n’utilise une Détection de la Magie ou une Détection des Scrutations Magiques juste au mauvais moment.

Ce plan adopté, Kalen, Aloïs et Barnabé entreprirent de contourner le bâtiment en progressant tant bien que mal le long des flancs broussailleux de la colline, tandis que Mathieu, Khalil et Hélebrank allaient se dissimuler en contrebas de la route pour ne pas attirer l’attention d’éventuels passants.

Les premiers eurent ainsi l’occasion d’examiner l’observatoire sous toutes ses coutures, ce qui leur confirma que le bâtiment bas n’avait aucune autre ouverture que la porte ronde aperçue plus tôt par Aloïs, et que la tour, de forme carrée aux angles arrondis, était percée sur chacune de ses faces de deux rangées de trois doubles fenêtres à pilier central au niveau du premier et du second étage. Seules ces dernières laissaient filtrer une très faible lumière, presque imperceptible.

Une fois arrivés à destination non loin du pied de la tour mais du côté opposé à la ville, Kalen entama la longue transe nécessaire au lancement de son sort, marmonnant tout bas ses incantations. Barnabé eut brièvement la tentation d’en profiter pour partir assouvir sa curiosité. Grâce à son sort de Pas de l’Araignée, il lui aurait été facile d’escalader la tour pour jeter un œil par l’une de ses multiples fenêtres. Il jubila un instant en imaginant la tête que ferait Kalen en découvrant que son interminable sort avait une fois de plus été superflu, puis décida sagement de s’abstenir.

Vingt minutes plus tard, Kalen porta à son œil une petite bille de verre et la scruta longuement en marmonnant de temps à autre. Puis il rompit sa concentration et se releva sans un mot, faisant signe à ses compagnons de le suivre en silence.

Malgré les protestations de Barnabé, ce n’est qu’après avoir rejoint leurs camarades au bas de la colline qu’il consentit à vider son sac :

« Je peux désormais vous confirmer avec le plus haut degré de certitude que l’occupant de cette tour est bel et bien un nécromant », leur expliqua Kalen. « J’ai vu une grande salle sous la coupole de l’observatoire, violemment éclairée, avec d’épaisses tentures noires devant les fenêtres. Au beau milieu, il y a une haute plateforme de pierre entourée de quatre grands cylindres de métal et de verre contenant un épais liquide jaune, strié de traînées rouille. Des silhouettes indistinctes flottaient dedans ; je n’ai pas pu voir de quoi il s’agissait. Sur la plateforme est disposée une table de dissection. Un humanoïde à la peau toute bleue est dessus, le thorax maintenu ouvert par de longues aiguilles ; un homme de haute taille à la barbe noire et au teint blafard était en train de… farfouiller dedans. Il semblait parler, ou chanter : je voyais ses lèvres bouger. La plateforme est flanquée de part et d’autre de hauts rayonnages encombrés d’instruments de dissection et d’autres objets que je n’ai pu identifier en raison de la distance. »

« Ah ? Cela ne pourrait pas être tout simplement un savant anatomiste, ton nécromant ? », objecta Barnabé, un peu vexé de ne pas avoir été mis dans la confidence plus tôt.

« Si tu me laisses terminer, tu pourras en juger par toi-même, gros malin : un squelette armé d’un bouclier et d’un cimeterre le suivait partout. Et je ne connais pas d’autre moyen que la nécromancie pour animer un squelette. »

« Ah ah ! » s’exclama triomphalement Hélebrank. « Je le savais bien ! J’ai eu le nez creux… »

« On dit néCRO-mant », lui précisa obligeamment Aloïs. « Bon, puisque a priori c’est un méchant, je suppose qu’il n’est plus question de frapper, alors ? »

« Si, on frappe, mais pas à la porte », lui répondit Mathieu du tac au tac, avant de l’interroger d’un ton pensif. « On est dans les limites de Lac-Diamant, ici ? Dans celles de la ville, je veux dire ? ».

« Euh, techniquement, oui. Nous sommes un peu à l’écart, mais le Vieil Observatoire fait partie du bourg », lui répondit l’intéressé, en sa qualité de cartographe.

« Oh flûte », s’exclama Mathieu, pensant tout haut. « Cela veut dire que l’on ne peut pas faire appel aux troupes de la garnison. Ce sont pour la plupart des fidèles d’Heironéous, donc je suis sûr qu’ils se seraient fait une joie de mettre aux fers ce nécromant. Mais puisque nous sommes dans la juridiction du Bailli Cubbin, le Capitaine Trask ne voudra sûrement pas s’en mêler. »

« Et il est inutile de penser à faire appel au Bailli lui-même », renchérit Barnabé. « Corrompu comme il est, il donnera raison au plus offrant, et nous n’avons pas assez d’argent pour gagner à ce jeu-là. »

« On pourrait en toucher un mot aux gens de St Cuthbert ? », proposa Aloïs. « A mon avis, ces cinglés se moquent bien de ce genre de détails. Dès qu’ils entendront le mot ‘Nécromant’, ils viendront mettre le feu à la tour et pendre haut et court son occupant à une fenêtre. »

« Et c’est justement la raison pour laquelle nous ne pouvons pas faire appel à eux ! » protesta Barnabé. « Je vous rappelle que nous sommes venus pour récupérer la dépouille des membres de la famille d’Alastor. Nous n’avons pas besoin que des fanatiques viennent pour tout casser et lyncher la seule personne susceptible de nous renseigner. »

« Bon, et bien nous n’avons plus qu’à fracasser la porte nous-même et à le prendre en flagrant délit de magie noire. On dira qu’on passait par hasard et qu’on a vu des choses suspectes. C’est sûrement interdit, ce qu’il fait, non ? », proposa Mathieu.

« A vrai dire, pas vraiment », le corrigea Kalen. « Les lois de la Cité de Greyhawk sont très libérales en la matière. L’influence du grand Zagig Yragerne, sans nul doute. La magie est considérée comme un outil comme un autre ; sa pratique en soi n’est jamais interdite, seul compte l’usage qui en est fait. »

« Quoi ? », l’interrompit Mathieu, surpris. « Tu es en train de me dire que dans ce pays de mécréants un nécromant est en droit de pratiquer des expériences immondes et contre nature sans que personne n’y trouve à redire ? »

« En quelque sorte. Du moment qu’il ne nuit à personne, c’est parfaitement légal. Mais si l’une de ses… créations… vient à s’échapper et à blesser un passant, il est tenu pour responsable comme s’il avait lui-même frappé la victime avec une épée. Pour tout vous dire, Abrazaldin Hosk, l’actuel Maître Principal de l’Académie des Arts Magiques est un nécromant aussi accompli que parfaitement amoral. La pratique de cette discipline est donc tolérée, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit exagérément populaire dans la population, chez les Mages comme chez les « vulgaires », comme dirait Hosk. »

« Autrement dit, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes », conclut Mathieu. « Lorsque nous trouverons les corps de la famille Land, nous pourrons lui mettre sur le dos une violation de sépulture. Allez, on y va. »

Les compagnons discutèrent ensuite du meilleur moyen de donner l’assaut. Khalil proposa de passer par l’ouverture de la coupole, n’ayant apparemment pas compris qu’elle s’ouvrait directement dans la salle de dissection où s’affairait le nécromant, très haut au dessus du sol ; ou peut-être avait-il l’intention de faire une nouvelle fois la démonstration de son art de la chute. La suggestion d’Hélebrank de passer au travers du toit de tuiles du bâtiment bas ne fut pas plus retenue. Etrangement, personne ne proposa d’emprunter la porte. Au final, il fut donc décidé de passer par l’une des fenêtres du premier étage donnant sur la façade opposée à la ville pour plus de discrétion.

Après une longue, pénible mais relativement facile progression au travers des broussailles à flanc de collines, les compagnons arrivèrent en position. Barnabé goba une araignée bien grasse pour bénéficier de son sort de Pas de l’Araignée et escalada rapidement la tour. Arrivé au niveau du premier étage, il eut la déconvenue de constater que malgré sa Vision Nocturne, il n’y voyait goutte au travers du papier huilé tendu sur un cadre de bois obturant les fenêtres. Murmurant aussi bas que possible son incantation, il lança une Détection de la Magie. Son intention première était de s’assurer de l’absence de toute alarme ou chausse-trappe mystique sur les fenêtres elles-mêmes, mais il espérait également avoir un aperçu du contenu de l’étage, une aura magique pouvant aisément se détecter au travers du papier huilé et de tout volet, rideau ou autre obstacle éventuel situé derrière (à moins bien sûr qu’il ne s’agisse d’une feuille de plomb…). Cet examen lui révéla la présence de six auras magiques au niveau du premier étage. Cinq d’entre elles étaient regroupées au même endroit, à peu près au centre de la tour. La sixième était isolée, quelque part sur la gauche. Barnabé parvint miraculeusement, compte tenu des ses connaissances limitées en ce domaine, à l’identifier comme une aura d’Illusion. Il n’eut pas cette chance avec les cinq premières.

Telle une grosse araignée aux pieds poilus, il se déplaça ensuite à quatre pattes vers le second étage pour recommencer l’opération, y décelant huit autres auras magiques, quatre au centre de la tour et quatre sur son pourtour, mais ne parvint à en identifier qu’une, appartenant à son Ecole magique de prédilection, la Transmutation. Puis il resdecendit au sol faire son rapport à ces camarades.

Kalen répéta l’opération grâce à son sort de Lévitation mineure, sans parvenir à plus de résultats.

Ces reconnaissances préalables effectuées, vint le moment de monter à l’assaut. Kalen jeta son sort d’Armure de Mage sur chacun de ses compagnons, désormais unanimement convaincus de son utilité. Barnabé leur fit à son tour bénéficier d’une Vision Nocturne collective, puis d’une Nyctalopie pour faire bonne mesure, avant d’aller se positionner juste au-dessus de la fenêtre centrale, tandis que Kalen et Mathieu s’élevaient dans les airs pour le rejoindre, l’un mu par son propre sort, l’autre par les pouvoirs d’Hélebrank. Khalil choisit d’escalader la façade à la dure et fut plus long à venir, mais finit par atteindre le rebord de la même fenêtre. Pour un hypothétique spectateur perdu dans les collines, la scène n’aurait pas été sans évoquer un groupe de grosses lucioles bleutées agglutinées au flanc de la tour.

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